12 avril 2026 | Mise à jour le 12 avril 2026
En dépit de l'accord de sortie de grève signé fin janvier, la situation entre la direction et les salariés du magasin Biocoop de la place des Fêtes demeure tendue. Au point que la grève pourrait être relancée prochainement si d'aventure, le protocole n'était pas suivi et que le nouveau directeur du magasin n'est pas remplacé.
« Il ne s'agit pas réellement d'une grève, mais d'un débrayage ! Le travail reprend ce dimanche ». Ces propos de Pauline (dont le prénom a été modifié), salariée depuis deux ans du Biocoop Les fêtes, dans le XIXe arrondissement de Paris, permettent de clarifier l'action menée par les salariés, ce samedi 11 avril. « Ce qu'on fait, c'est envoyer un signal fort à la direction, à la présidence et à Biocoop France sur le fait qu'on a signé un accord et qu'aujourd'hui, rien n'a changé » ajoute-t-elle, en référence à l'accord signé à l'issue de la grève durant le mois de janvier, prévoyant une augmentation des salaires de 4,5% et une réorganisation de la direction.
Retour en arrière
Rien n'a changé ? Au mois de février pourtant, un manager « de transition » est arrivé. « On s'est tout de suite bien entendu avec lui. On en était plutôt contents », explique auprès de NVO.fr Franck, salarié depuis huit ans de Biocoop dont quatre dans le magasin de la Place des Fêtes. Il précise que tous les salariés étaient désireux que ce directeur soit maintenu à son poste sur la durée. Toutefois, la dirigeante de la société affiliée à Biocoop et détentrice du magasin de la place des Fêtes a brusquement viré ce dirigeant pour le remplacer par un autre, en provenance de la grande distribution, début mars, qui suscite au contraire la défiance des salariés. Et ce, en raison de ses méthodes de management considérées comme « très autoritaires, très violentes ». « C'est quelqu'un qui parle très mal. C'est quelqu'un qui est incompétent sur tout un tas de sujets. On lui a annoncé plusieurs fois que ce n'était pas possible sa manière de parler aux gens, d'être dans l'humiliation en permanence », détaille Franck.
« Ça fait trois semaines qu'on est tous sous tension, que l'équipe est à bout », indique Clarisse, salariée depuis plus de quatre ans au magasin, estimant que les risques psycho-sociaux relevés au moment de l'accord de fin de grève n'ont pas été pris en compte. À titre d'exemple, Pauline nous confie qu'elle a eu un arrêt maladie « pour une santé anxio-dépressive liée à [ses] conditions de travail. »
Ce retour en arrière est défendu par la sociétaire, venue faire face aux salariés durant ce débrayage, arguant que le prédécesseur au poste demandait « 800 euros de plus par mois » sur son salaire. Sur place, son intervention mène à des échanges pour le moins animés au sujet du management « toxique » de l'actuel manager de la boutique, du sous-effectif constant dans le magasin ou du refus de la direction de renouveler une coopération avec le restaurant associatif La cantine des Pyrénées qui récupérait les invendus du magasin, en raison du soutien affiché auprès des grévistes en janvier dernier. Par ailleurs, la présidente de la société affiliée à Biocoop affirme auprès du public présent en soutien des salariés que rien n’a été refusé aux salariés, osant même lancer : « C’est open bar sur tout».
Une charte sociale demandée
Toujours est-il qu'une relance de la grève de janvier est dans les esprits, avec au centre des revendications, le départ de l'actuel directeur du magasin. Néanmoins, les salariés profitent de cette opération de débrayage pour informer que les Prud'hommes ont été saisis. Les employés espèrent notamment qu'il y ait un alignement des salaires sur la convention collective car ils s'estiment sous-payés par la direction comparativement à leur fiche de poste.
Cette journée de débrayage était également une occasion de mesurer le soutien apporté par les clients, les riverains, auprès des salariés. Ceux-ci sentent cette solidarité à leur égard. « J'ai eu plusieurs clients qui sont venus me voir et ils m'ont dit: « On a eu peur pour vous. On espère que vous allez bien. On se rend bien compte que le magasin, ça ne va pas. » On a beaucoup de clients qui disent ne plus vouloir fréquenter le magasin du fait d'une ambiance « morne », qui est le fait du nouveau directeur et de son management » confie Pauline.
En cas de nouvelle grève, le soutien de la clientèle pourrait bien être précieux. Mais également celui des salariés d'autres Biocoop en France comme à Tours, Le Mans, Bordeaux, Marseille, ou encore Nantes, d’où parviennent des témoignages similaires sur les conditions de travail et les politiques de management selon Pauline. De quoi inciter à formuler une demande de charte « sociale » dans la structure Biocoop, comme il existe une charte pour les produits, rappellent les salariés, afin de mieux correspondre aux valeurs éthiques défendues par la coopérative et que les sociétaires soient formés par la suite. Soit « un changement structurel massif et radical » selon Pauline.
Jonathan Baudoin