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EMPLOI

Maintenir le maximum d'emplois, accompagner les départs : à Jtekt Irigny, on sauve ce qui peut l'être

13 avril 2026 | Mise à jour le 13 avril 2026
Par | Photo(s) : Jens Schlueter / AFP
Maintenir le maximum d'emplois, accompagner les départs : à Jtekt Irigny, on sauve ce qui peut l'être

Usine automobile (Photo d'illustration)

Dans le sud de Lyon, les salariés de Jtekt savent qu’il faut maintenant préparer l’après : des montants de clauses correctes et des possibilités de formation. La société japonaise d’équipements automobiles a en effet décidé de vendre ses site à un fonds d’investissement allemand. 

C’est désormais sûr. Jtekt, entreprise japonaise d’équipements automobiles, vend ses usines en Europe, au Maroc et aux États-Unis. En France, les sites de Chevigny-Saint-Sauveur, en Côte-d'Or, et d'Irigny, dans le Rhône, sont concernés. Tous sont rachetés par le fonds d’investissement allemand Leo III. Les deux usines françaises emploient environ 1300 salariés. La reprise devrait être effective d’ici la fin de l’été 2026. Les nouveaux dirigeants se sont déplacés directement à l’usine d’Irigny pour rencontrer les salariés, le 24 mars dernier. « Ils ont essayé de nous rassurer avec des promesses, et ont donné des objectifs clairs », estime Abdel Yousfi, délégué syndical CGT. Les promesses : pas de Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) garanti pendant deux ans (contre 15 dans la loi après un rachat), pas de licenciement pour la partie production, et l’engagement de ne pas se verser de dividende pendant les cinq prochaines années.

Mais en parallèle, les mesures pour parvenir à remplir ces « objectifs clairs » risquent d’être drastique : revenir à l’équilibre avant fin 2027 – alors que le site perd pour l’heure 50 millions d’euros par an – et faire du site « une PME ». Le délégué syndical plante le décor : « On était 3 000 en 2017, on est encore 950, et l’objectif est qu’on passe sous les 300 salariés ». Les syndicats s’inquiètent de l’avenir de la partie recherche et développement : Leo III a annoncé ne pas être intéressé par cette branche et ne comptent plus investir dedans, voulant se concentrer sur la rentabilité directe.

Les licenciements en masse ont déjà commencé par l’entreprise japonaise depuis plusieurs années. « On en est à notre deuxième PSE [toujours en cours, NDLR] », souffle Abdel Yousfi. En interne, la crainte demeure quant à une liquidation administrative d’ici trois ans, ou que le site passe de mains en mains.  Les salariés ne croient en tout cas plus en sa pérennité, « avec ou sans repreneur. On l’a d’ailleurs dit aux Allemands : on ne boit pas vos paroles, vous ne pouvez pas nous la faire à l’envers ! On a du vécu », raconte Yousfi. La moyenne d’âge dépasse les 53 ans à Jtekt Irigny.

« Il y a une vie après Jtekt »

Alors, les syndicats bataillent pour « essayer de conserver le site et un maximum d'emplois. Et pour les autres, que les départs se fassent dans de bonnes conditions. Mais on n’a pas les cartes en mains », continue le syndicaliste. Il confie : « L’ambiance est particulière. On sent qu’il y a une baisse de la motivation. Il n’y a plus vraiment d’espoir, donc on essaie d’avoir les meilleurs mesures possible. Maintenant, on parle de l’après : comment on nous accompagne pour le départ, et avec quel montant. Parce que les salariés savent pertinemment qu’ils n’iront pas jusqu’à la retraite en restant ici. Ils partiront bien avant, de gré ou de force. »

Et d’enchaîner : « Donc maintenant, l’important, c’est l’après. On est sur les mesures d’accompagnement, et les montants. Pour pouvoir faire quelque chose après. Donc on veut des engagements précis [de la part des repreneurs, NDLR] de mesures d’encadrements, de montants précis ». 

Abdel Yousfi est clair : « La bataille pour l’entreprise est perdue. Alors maintenant, on mène celle pour l'emploi personnel. Il y a une vie après Jtekt. Les salariés nous disent qu’il faut travailler pour cela. Certains ne sont pas dans le PSE en cours, mais ils disent clairement qu’ils ne sont plus intéressés, ils veulent partir ». Il illustre : « Ils sont très nombreux à postuler au congé de reclassement ». Ce dernier permet aux salariés de bénéficier d’une formation intégralement financée par l’entreprise, jusqu’à 20 000 euros de budget, ainsi qu’un accompagnement par un organisme pour vous donner un carnet d’adresse, vous aider à vous refaire une CV… « Cela a été beaucoup utilisé, et beaucoup d’entre eux ont été reclassés ailleurs, il y a eu diverses créations d’entreprises et certains sont en formation pour changer de métier ».

Tout cela est possible dans le cadre du PSE en cours. Alors les salariés espèrent pouvoir bénéficier de la même chose avec la prochaine entreprise, voire mieux. Comme si le site allait fermer, alors même que les repreneurs allemands ont promis de garder les emplois pour au moins deux ans. Selon le délégué syndical CGT, « je ne crois pas que les personnes qu’il y avait au début et qu’il y aura à la fin seront les mêmes. Les gens sont trop marqués, ils vont partir entre le rachat et la prochaine revente ». Il conclut : « Bien sûr, on croise les doigts pour se tromper, et que l’avenir de l’entreprise sera bon. Mais sans grand espoir ».