17 avril 2026 | Mise à jour le 17 avril 2026
En France, toujours plus de jeunes sont exclus du marché du travail, comme l'a montré la publication de l'Insee en date du 10 février 2026, L'Essentiel sur le chômage. Vingt ans après la victoire contre le CPE, la seule réponse du Medef pour résorber ce chômage structurel est la proposition de réinventer un sous-contrat réservé aux moins de 25 ans, moins bien rémunéré et sans promesse d'embauche à la clé. Un nouveau régime dérogatoire qui serait très profitable au patronat, mais n'aiderait pas les salariés.
Certaines idées patronales ont tout du sparadrap du capitaine Haddock. On déploie une énergie folle à essayer de s'en débarrasser, mais elles s'agrippent de manière exaspérante. C'est le cas des dernières propositions du Medef pour « faciliter » l'emploi des jeunes. Au programme, notamment : la possibilité de rompre sans motif un contrat à durée indéterminée pendant les trois premières années ; l'absence de justification à la signature de contrats à durée limitée (CDD, intérim) pour les moins de 30 ans ; ou encore la possibilité de baisser le montant du salaire minimum (Smic). « Un jeune qui entre dans le monde du travail doit avoir les mêmes chances que n'importe qui, s'indigne Nawel Benchlikha, membre de la direction confédérale de la CGT, chargée de la question de la jeunesse. Ce “Smic-jeunes” serait une rupture avec le principe “à travail égal, salaire égal”. »Le « Smic-jeunes », c'était le surnom du contrat d'insertion professionnelle (CIP) mis en place par décret en 1994 à destination des jeunes de niveau bac + 2. Il permettait à des entreprises de les payer à hauteur de 80 % du Smic, mais fut retiré un mois plus tard, sous la pression des lycéens, étudiants et syndicats descendus dans la rue. Nouvelle mobilisation de masse en 2006 contre le contrat première embauche (CPE). Destiné aux jeunes de moins de 26 ans, il prévoyait une période d'essai de deux ans – au lieu de huit mois pour un CDI – autorisant un licenciement sans motif. Mais il y avait eu des coups d'essai avant le CIP et le CPE ; depuis les années 1980 et l'installation d'un chômage de masse, la France a testé de multiples dispositifs d'aides à l'embauche et de soutien à la formation des jeunes. Avec une préférence pour les contrats dérogatoires…
« obtenir de la main-d'œuvre bon marché »
La résurgence d'un « Smic-jeunes » ne relève pas du hasard, selon François Sarfati, sociologue au centre Pierre-Naville (université Évry Paris-Saclay), spécialiste de l'insertion professionnelle des vingtenaires. « Cette proposition survient au moment où les aides à l'apprentissage viennent d'être largement réduites, relève-t-il. Ce serait un moyen pour le Medef d'obtenir de la main-d'œuvre bon marché avec un énième statut dégradé, sans les attributs d'un CDI à temps plein. » En 2023, 852 000 contrats d'apprentissage pour des jeunes de 16 à 30 ans ont été conclus, contre 305 000 en 2017, trois ans avant que l'aide à l'embauche d'un apprenti n'entre en vigueur. Depuis le 8 mars, cette aide est modulée selon la taille de l'entreprise et le niveau de diplôme de l'apprenti. « On a pu penser que l'apprentissage était la solution miracle au chômage des jeunes, mais cela n'a rien d'évident, constate Audrey Rain, économiste à l'Institut des politiques publiques (IPP), à Paris. L'apprentissage est moins accessible à des jeunes issus d'un milieu défavorisé dans le secondaire. Ceux dont les parents sont au chômage trouvent également moins souvent que les autres un contrat d'apprentissage. En outre, l'apprentissage peut, certes, faciliter l'insertion initiale, mais aussi réduire l'adaptabilité sur le marché du travail, parce que l'apprenti aura initialement acquis des compétences très spécifiques. »
Manque d'expérience ?
Les freins objectifs à l'insertion professionnelle des jeunes sont connus : une trop faible qualification initiale, une moindre mobilité, la difficulté à se loger… À cela s'ajoute l'argument phare de certains employeurs : le manque d'expérience. « C'est une idée complètement fausse, proteste le sociologue Dominique Glaymann, auteur entre autres de La vie en intérim. Beaucoup ont fait des stages et des petits boulots. Rappelons également que, dans les années 1970, en pleine croissance économique, des jeunes beaucoup moins diplômés que les générations actuelles étaient quand même embauchés. Cela créaient un engagement réciproque. Les employeurs avaient tout intérêt à les conserver un certain temps, pour qu'ils gagnent en expérience et en productivité. Et les jeunes avaient aussi intérêt à rester, avec cette promesse implicite de voir leur rémunération augmenter au fil du temps. Aujourd'hui, cet engagement est rompu. Quant au manque d'expérience, il ne pose jamais problème dès lors que le contrat est »aidé« … ».
Effet d'aubaine
En 2023, les moyens engagés par l'État pour l'ensemble des dispositifs à destination des jeunes (accompagnement, aides à l'embauche, formation et apprentissage) se sont élevés à 7,3 milliards d'euros, contre 3,4 milliards en 2017. La Cour des comptes a reconnu en 2025 que le lien entre cet effort financier de l'État et l'amélioration de l'emploi des jeunes est « incertain ». Compte tenu de l'indiscutable effet d'aubaine lié à l'apprentissage, Audrey Rain pose la question : « Ne faudrait-il pas subordonner les aides publiques à l'engagement, par les employeurs, d'embaucher les jeunes concernés ? »Un nouveau « Smic-jeunes » ne manquerait pas de produire le même effet d'aubaine. Selon François Sarfati, il est de fait impossible d'accepter un tel blanc-seing : « Ces quinze dernières années, le patronat a refusé toute forme de contrepartie aux aides. On a vu le résultat dans l'hôtellerie-restauration : malgré l'allègement des cotisations sociales et de la TVA, aucun emploi n'a été créé. » La CGT a d'ores et déjà refusé ce CPE nouvelle formule. « Le patronat utilise l'excuse de la crise pour ne pas rémunérer les salariés à leur juste valeur, et ce sont les jeunes qui trinquent plus que les autres, déplore Nawel Benchlikha. Nous réclamons la revalorisation de tous les salaires et la suppression des minima salariaux inférieurs au Smic. Nous exigeons également des politiques d'investissements dans l'emploi, y compris celui des jeunes. »