28 avril 2026 | Mise à jour le 28 avril 2026
Le syndicat Ufap-Unsa a appelé à bloquer tous les centres pénitentiaires de France le lundi 27 avril 2026. Rejoint par la CGT pénitentiaire, il réclame des embauches pour combler les postes vacants et des mesures face à la surpopulation carcérale. Déjà mobilisé le lundi 13 avril, le personnel de la prison de Rennes-Vezin était de nouveau au rendez-vous.
Lundi 27 avril, 10 heures. Dans la zone industrielle ouest de Rennes, après le stade Roazhon Park, le blocage est visible de loin grâce au feu de palettes à l'entrée du centre pénitentiaire de Rennes-Vezin. Une dizaine de syndiqués Ufap s'occupent de l'accueil et du barbecue pour le midi. Ils étaient une quarantaine sur place très tôt, dès 6 h 30. Il y a un thermos de café, des gobelets et une baguette de pain sur la table de pique-nique en bois. De quoi tenir jusqu'à la fin de la journée.
Sauf urgences médicales et judiciaires, les travailleurs extérieurs n’entrent pas. Il n'y a ni visites des proches des détenus au parloir ni activités scolaires. Une employée de La Poste est invitée à revenir le lendemain, l'aumônier protestant passe exprimer son soutien. Un chat se promène librement. Les félins évitent la présence des rats dans la prison, ouverte en mars 2010 et déjà usée par la surpopulation carcérale, actuellement de 169 %.
Des conditions d’enfermement éprouvantes
« Le blocage n'est pas passé auprès de la direction, mais ce n'est pas grave », raconte Erwan, secrétaire adjoint local Ufap, gradé de roulement en détention, vingt-quatre ans d'expérience dans la pénitentiaire. « Quand il manque des agents, je dois combler les postes. C'est compliqué. » À l’image de beaucoup de prisons en France, celle de Rennes-Vezin dénombre 40 postes vacants de surveillants, ce qui ajoute de 60 à 70 heures supplémentaires par mois à Erwan et ses collègues pour compenser. Ils sont entre 150 et 200 à encadrer 962 hommes détenus, pour 670 places prévues. Résultat : 140 dorment sur un matelas à même le sol. Des conditions d'enfermement éprouvantes, qui accentuent la tension générale entre les murs. « Quand on ouvre les cellules, on est agressés », explique Erwan, qui constate beaucoup de peur chez les surveillants lors de l'appel quotidien.
Depuis l'évasion de Mohamed Amra, en mai 2024 à Incarville, dans l’Eure, qui a coûté la vie à deux de ses collègues et en a blessé trois autres, il a arrêté de travailler sur les transports de détenus. « Ma femme et mes enfants ont eu peur que je ne rentre pas en un seul morceau. » « Aujourd’hui, la réalité rattrape tout le monde. Les personnels sont à bout, usés. Depuis le drame d’Incarville, les choses n’ont pas évolué dans le bon sens. Cet évènement aurait dû imposer un virage. On s’est focalisé sur les missions extérieures et le cœur de métier a été oublié, laissé à l’abandon. Aujourd’hui, on en paye le tribut […] Plus de sécuritaire, plus de discours, mais toujours pas de moyens. Aucun plan massif de recrutement », dénonce la CGT pénitentiaire dans un communiqué en date du 20 avril 2026.
« On est déterminés », confie Éric, secrétaire local Ufap à Rennes, trente-deux ans de pénitentiaire à son actif. Lui s'inquiète du retour des beaux jours, à cause de la « chaleur horrible » pour les détenus, entassés à quatre dans 10 m2. « Il y a un manque cruel de plein de choses », abonde Erwan, même d'ordinateurs pour les personnels. « Ça devait être une petite prison, moderne, avec plus de dialogue avec les détenus, soupire-t-il. Il n'y a même plus de place en isolement. » Il évoque aussi « trop » de détenus souffrant de troubles psychiatriques, « alors qu'il y a une unité dédiée à l'hôpital Guillaume-Régnier ».
Une loi en préparation
En France, on compte 88 000 personnes détenues, pour environ 63 500 places disponibles. Conséquence : 7000 d’entre elles ont un matelas au sol en guise de lit. L'Ufap dénombre 4 000 postes vacants, ainsi que 5 500 agressions envers le personnel pénitentiaire en 2025. En Bretagne, la surpopulation carcérale atteint 200 %, et le nombre de matelas au sol 750. Du « foutage de gueule » selon les personnels mobilisés, qui se sentent abandonnés par leur direction et l'État.
Ce lundi 27 avril, à 11 heures, le ministère de la Justice déclarait que 22 % des 190 établissements pénitentiaires de France étaient bloqués. « C'est un dialogue de sourds avec la direction de l'établissement, qui a les mains liées avec la direction interrégionale des services pénitentiaires », estime Erwan. Et cette dernière doit rendre des comptes à la Chancellerie. Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, s'oppose pour sa part à toute régulation de la population carcérale. Une loi est toutefois en préparation dans ce sens, notamment pour arrêter la pratique des matelas au sol.
« La direction continue de remplir la prison en sachant qu'il n'y a plus de place », déplore Erwan. Mais construire plus de cellules n'est pas la solution à long terme : il faut surtout moins incarcérer et se tourner vers les peines alternatives à l'enfermement autant que possible. « Un type qui récidive en volant dans un magasin n'a pas sa place en prison », relève le secrétaire adjoint Ufap. L'appel au blocage des établissements pénitentiaires sera reconduit selon l'avis de l'intersyndicale.