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DROITS DES FEMMES

Dégradations, menaces… À La Roche-sur-Yon, le Planning familial, cible préférée de l'extrême droite chrétienne

30 juin 2026 | Mise à jour le 30 juin 2026
Par | Photo(s) : Marco Bertorello
Dégradations, menaces…  À La Roche-sur-Yon, le Planning familial, cible préférée de l'extrême droite chrétienne

Photo d'illustration

Le Planning familial de La Roche-sur-Yon, en Vendée, a été attaqué le 10 juin par trois militants évangéliques, entrés en force pour scander des slogans contre l’avortement et l’homosexualité. Une agression de plus contre l’association, emblématique de la violence de l’extrême droite chrétienne.

« Des fous furieux », se désole Brigitte Blois, administratrice du Planning familial de Vendée. Depuis l’intrusion de trois militants anti-IVG au pôle associatif de La Roche-sur-Yon, le mercredi 10 juin, l’équipe est sur le qui-vive. Pas de casse ni d’agression physique, mais des accusations scandaleuses de meurtres de bébés et des menaces homophobes proférées au nom du Christ.

Il est 17 h 30, ce jour-là, quand une permanence débute au centre LGBT, au premier étage du bâtiment sis au 71, boulevard Aristide-Briand. Au deuxième étage, une conseillère du Planning familial reçoit en consultation. La secrétaire de l’association est également présente. Les trois évangéliques franchissent librement le hall du pôle associatif et se dirigent vers leur cible. « Ils ont été identifiés car il y a une grande solidarité entre les associations. Quelqu’un a appelé la police, qui est rapidement intervenue et les a bloqués au deuxième étage. Ils n’ont pas pu entrer dans les locaux du Planning », raconte Brigitte Blois. Mais ils ont pu accéder au centre LGBT. « Un jeune homme a été bousculé. Il a essayé de parler avec eux, mais il y a aucune discussion possible avec ces gens-là. »

Les trois militants, deux hommes et une femme, étaient déjà connus des services de police, notamment pour avoir mené une action similaire dans le centre-ville de la préfecture vendéenne deux jours plus tôt. Ce qui a permis au Planning familial de porter plainte directement contre eux, et non contre X. « C’est très important », insiste Brigitte Blois. Romain Bossis, le maire divers gauche de la commune récemment élu, a également déposé plainte, cette fois pour violation des locaux municipaux. « Le dossier devrait aller jusqu’au procureur. »

De nombreux précédents

Cette attaque visant le Planning familial de Vendée est loin d’être la première. Le samedi 8 mars 2025, journée internationale des droits des femmes, une couronne mortuaire dédiée « aux innocents » avait été déposée devant les locaux du Planning. La carte manuscrite qui l’accompagnait donnait rendez-vous « à l’année prochaine » et était signée de l’Action française, mouvement politique d’extrême droite royaliste bien connu à La Roche-sur-Yon, notamment depuis que la commune abrite l'Institut catholique d'études supérieures (Ices), cofondé par Philippe de Villiers en 1990 et qui a vocation à former l’élite de ces militants réactionnaires. Avertie aussitôt après le dépôt de la gerbe, Brigitte Blois était intervenue très rapidement pour la faire enlever, de façon à « épargner les salariées le lundi matin ». Une plainte avait été déposée contre X, faute de pouvoir identifier les auteurs. « Le dossier a été classé sans suite. Ça n’a été considéré ni comme une dégradation ni comme une menace. » Le 8 mars dernier, les bénévoles se sont relayées « pour les choper » s’ils revenaient comme promis, « mais ils ne sont pas venus ».

« Il faut aussi remonter un an auparavant, poursuit Brigitte Blois. Le 8 mars 2024, ce même groupe de militants de l’Action française qui étudient à l’Ices avaient dégradé le buste de Simone Veil. » Érigée sur la place du même nom (anciennement place Albert-Ier), la statue avait été « ensanglantée avec de la peinture rouge » et des baigneurs avaient été disposés à proximité. « Nous avons porté plainte, tout comme la mairie de La Roche-sur-Yon. Les auteurs ont été identifiés et il y a eu un procès. On les a vus, ce sont les mêmes qui ont déposé la couronne mortuaire l’année d’après », rapporte l'administratrice du Planning familial. StreetPress a publié un compte-rendu détaillé de l’audience. Six jours après son inauguration, le 10 décembre 2019, le buste de l’ancienne ministre avait déjà été dégradé une première fois. Ouest-France rapporte la présence deux autocollants de l’Action française à proximité, même si rien ne prouve leur implication.

« On n’est pas seules, on est soutenues »

Mais il en faudra plus pour entamer la détermination de l’équipe du Planning familial. « Nous ne touchons aucune subvention du conseil départemental, ça a toujours été le cas », souligne Brigitte Blois, qui rappelle que Philippe de Villiers et Bruno Retailleau, qui ont tous deux présidé le conseil général de Vendée, n’ont jamais été de leur côté. Au point que le premier a fait ouvrir, en 1996, la Maison d’Ariane, un foyer d’accueil pour femmes enceintes « reposant sur la conviction que la vie est sacrée et inviolable », relate le Monde. Le centre ferme en 2005, après que son directeur, Jean-Pierre Baudry, a été visé par huit plaintes pour viols aggravés, agressions sexuelles et harcèlement, puis incarcéré. Trois ans plus tard, il sera définitivement condamné à quinze ans de réclusion criminelle par la cour d’assises d’appel de Poitiers. « La présidente (Horizons) du conseil régional des Pays de la Loire, Christelle Morançais, a supprimé toutes les subventions du Planning familial l’année dernière. L’équivalent de 6 000 €, soit à peu près 12 actions dans des lycées », pointe Brigitte Blois.

« On a quand même une grande subvention de Karine Bouydron, la déléguée départementale aux droits des femmes. C’est le service de la préfecture qui nous fournit notre plus gros budget. Et il y a la solidarité, sourit l’administratrice du Planning. Depuis le dépôt de la couronne mortuaire, on n’a jamais eu autant de dons et de cotisations. On n’est pas seules, on est soutenues, c’est bien. On va certainement embaucher une nouvelle personne à mi-temps pour faire face aux demandes d’interventions en milieu scolaire. Il y aura toujours du boulot… »