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ENSEIGNANTS

Toujours absents, tout le temps en vacances… Pour la rentrée, la vérité derrière les clichés sur les profs

28 août 2026 | Mise à jour le 28 août 2026
Par | Photo(s) : Nicolas Guyonnet / AFP
Toujours absents, tout le temps en vacances… Pour la rentrée, la vérité derrière les clichés sur les profs

Selon un rapport de la Direction générale de l’administration et de la fonction publique, le nombre moyen de jours d’absence d'un enseignant pour raison de santé est sensiblement le même que celui d'un salarié du privé.

Ah, le beau métier de professeur ! Non seulement, on travaille peu, mais on bénéficie de vacances à rallonge et le tout, pour un salaire qui laisse rêveur… Voilà, en quelques poncifs, le portrait régulièrement dressé des enseignants. Pour cette rentrée, retour à la réalité, études et chiffres à l’appui.

À quelques jours de la rentrée, les plus de 850 000 professeurs retrouvent peu à peu le chemin des établissements scolaires. Et avec lui, son lot de remarques et de clichés bien connus : trop souvent absents, toujours en vacances, ne travaillant pas assez, ne s'impliquant pas suffisamment auprès des élèves… Des poncifs qui collent à la profession depuis des années, le plus souvent entretenus par les politiques eux-mêmes, mais souvent bien loin du quotidien vécu dans les salles de classe. Alors que les enseignants s'apprêtent à reprendre leur poste, il est temps de regarder ce que ces lieux communs disent vraiment de leur métier et ce qu'ils oublient soigneusement de raconter.

41,4 heures par semaine en moyenne

Le premier d'entre eux, celui qui revient sans cesse dans les conversations, est que les professeurs ne travailleraient pas assez. En 2024, l'ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, plusieurs fois condamné par la justice, affirmait : « On me dit : “Il n'y a pas assez de fonctionnaires dans l'Éducation nationale.” C'est d'une démagogie invraisemblable ! Le statut de professeur des écoles, […] c'est vingt-quatre heures par semaine sur six mois de l'année. » Mais l'ancien chef de l'État parlait uniquement du temps de présence des professeurs devant les élèves… et oubliait tout le reste !

Un enseignant du premier degré, en maternelle ou en élémentaire, doit effectivement assurer vingt-quatre heures d'enseignement hebdomadaires, comme le souligne le ministère de l'Éducation nationale« Mais on ne travaille pas uniquement quand on est devant nos élèves, affirme Michaël Marcilloux, co-secrétaire général de la CGT Éduc'Action. On doit préparer nos cours en amont, on doit faire de la recherche documentaire, adapter notre pédagogie selon les élèves, suivre leur scolarité, corriger les copies ou encore répondre aux parents sur Pronote… »

Le temps de travail des professeurs est donc bien loin des raccourcis de l'ex chef de l’État. Selon une étude déclarative de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEEP), publiée en novembre 2025, les enseignants à temps plein déclarent travailler en moyenne 41,4 heures par semaine, hors vacances scolaires.

Des discours « scandaleux » sur les vacances, les remplacements…

Les vacances scolaires des professeurs alimentent aussi un vieux serpent de mer, qui revient régulièrement dans la bouche des politiques. Selon certains, les enseignants auraient beaucoup trop de vacances, notamment en été. Mais les faits sont têtus : l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) explique dans son rapport annuel « Regards sur l'éducation », publié en septembre 2025, que les élèves français bénéficient en effet de huit semaines de vacances estivales… soit une de moins que la moyenne des 38 pays de l'OCDE.

Par ailleurs, ces mêmes professeurs seraient beaucoup trop absents. C'est en tout cas ce que laissait entendre l'éphémère ministre de l'Éducation nationale, Amélie Oudéa-Castéra, lorsqu’elle a tenté de justifier pourquoi ses enfants étaient scolarisés dans le privé, pointant « la frustration des parents, de mon mari et moi-même, qui ont vu des paquets d'heures [durant lesquelles les professeurs] n'étaient pas sérieusement remplacés. À un moment, on en a eu marre », dénonçait-elle.

« Ce sont des discours politiques qui sont scandaleux », estime Michaël Marcilloux. Selon lui, la faute ne repose pas sur les professeurs, mais bien sur l'État : « Il fut un temps où on avait des cohortes de remplaçants. Quand on était malade, on était remplacé directement. Ça a pris fin pour des raisons d’économies. »

Le co-secrétaire général de la CGT Éduc'Action rappelle également que, selon un rapport de la Direction générale de l'administration et de la fonction publique (DGAFP), publié en 2023, le nombre moyen de jours d'absence d’un enseignant pour raison de santé est sensiblement le même que celui d’un salarié du privé. En 2022, les professeurs ont ainsi en moyenne été absents 11,6 jours, contre 11,7 jours pour les employés du secteur privé. Difficile, dans ces conditions, de parler d’une culture de l’absentéisme…

… et des calculs biaisés

Trop absents, trop de vacances… Et trop payés pour ce volume d’activité ? C'est en substance ce que laissait sous-entendre la note des services statistiques du ministère de l'Éducation nationale, publiée en août 2026, et qui a beaucoup fait parler. Celle-ci indiquait que les professeurs étaient payés en moyenne 3 090 euros net par mois, primes comprises. « Ils mélangent les professeurs du premier degré avec ceux des classes préparatoires et les enseignants non titulaires, qui sont bien moins payés. C'est malhonnête », dénonce Michaël Marcilloux, qui compare ce chiffre avec son propre salaire. En septembre, il fera sa 25e rentrée, en tant que professeur de mathématiques : « Je gagne 2 800 euros par mois !  On est quand même encore loin des 3 090 euros. »

Le calcul est également biaisé, car il prend en compte le salaire des professeurs qui peuvent réaliser des heures supplémentaires ou accepter des missions en sus, ce qui est loin d'être le cas de l'ensemble des professeurs, rapporte Michaël Marcilloux. Sans oublier le facteur du vieillissement de la population des enseignants : « C'est mécanique : notre salaire est plus important du fait de l'ancienneté. Le risque, c'est que dans quelques années, avec les départs à la retraite, la moyenne redescende. »

À qui profitent ces clichés ? Indirectement, ils contribuent à faire la promotion de l'enseignement privé. Mais ils détournent également l’attention de la population générale des véritables enjeux. D’autant que le temps que les enseignants et leurs représentants passent à répondre à ces contre-vérités est autant de minutes qu'ils ne peuvent consacrer à réclamer de meilleures conditions de travail pour eux-mêmes ou de meilleurs conditions d’apprentissage pour leurs élèves. Affirmer, par exemple, que les professeurs gagnent en moyenne 3 090 euros net par mois peut suffire à donner l'impression que leurs salaires sont confortables et, ainsi, décrédibiliser leurs revendications salariales. « Si on était aussi bien lotis, tout le monde se battrait pour devenir professeur, grince Michaël Marcilloux. Or ce n’est pas le cas… »