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Quand Paris invite Tel-Aviv

12 août 2015 | Mise à jour le 6 mars 2017
Par | Photo(s) : Sven Nackstrand
Quand Paris invite Tel-Aviv

Tel-Aviv sur Seine. Tel est le nom de l'initiative organisée ce 13 août par la mairie de Paris. Suscitant la dénonciation et la colère de nombreuses organisations de solidarité avec le peuple palestinien et de défense du droit international.

En visite en Israël et en Palestine en mai dernier, Madame Hidalgo, maire de Paris affirme dans une tribune publiée par Le Monde que Tel-Aviv, ville balnéaire, est aussi une « ville progressiste » en Israël. Elle rappelle qu'y « qu'ont eu lieu les manifestations de solidarité les plus impressionnantes avec la famille de l'enfant palestinien brûlé vif par des fanatiques ». Et indique qu'« au Moyen-Orient comme ailleurs, la doctrine de Paris est intangible : elle consiste à encourager plutôt qu'à réprimander, à échanger plutôt qu'à boycotter, à dialoguer plutôt qu'à excommunier ». Paris, du reste, développe depuis plusieurs années, avec Tel-Aviv, une coopération multiforme, notamment économique.

DES RÉACTIONS D’OPPOSITION

Plusieurs associations, en revanche, comme des élus de sa propre majorité, soulignent que ce ne sont pas les manifestants de Tel-Aviv – au demeurant, selon les anticolonialistes israéliens, extrêmement peu nombreux, même si leur existence est notable – qui sont invités. Mais que les relations de la capitale française se jouent avec son homologue israélienne en tant que municipalité. Ils ajoutent que le maire de Tel-Aviv, qui appartient à l'aile « droite » et « faucon » du parti travailliste, n'a pas condamné la colonisation, jamais dénoncé les routes – interdites aux Palestiniens – qui traversent en Palestine occupée, sur les terres confisquées, pour relier les colonies à Israël, ni le fait que les organisations de colons extrémistes participent au gouvernement actuel de Tel-Aviv.

UNE OPÉRATION D'IMAGE

Pour les détracteurs de cette initiative, il est difficile d'imaginer un tel événement festif faisant fi du contexte politique, quand le gouvernement israélien de Benyamin Netanyahu cherche à redorer son image auprès des opinions internationales, notamment un an après les derniers massacres à Gaza. Car le premier rapport présenté à l'ONU, qui doit servir de base à la Cour pénale internationale (CPI), met en lumière des « crimes de guerre ». Or le siège de Gaza se poursuit, et selon l'ONU, la mortalité infantile y a de ce fait augmenté pour la première fois depuis des décennies.

La colonisation et le réseau de murs en Cisjordanie s'intensifient, soulignent les associations, et les colons fanatiques ont été relâchés après quelques jours de détention. Pour ces associations, 20 ans après le début des négociations israélo-palestiniennes d'Oslo (qui devaient mettre un terme à l'occupation et promouvoir paix et sécurité), les rounds de négociations « directes » ont soumis, de fait, les droits des Palestiniens à l'accord préalable des dirigeants israéliens qui les refusent. La lutte contre l'impunité doit passer par des sanctions et succéder à une logique de « dialogue » sans fin et sans effet.

UN IMPORTANT DISPOSITIF POLICIER

La maire de Paris a cependant décidé de maintenir l'initiative. Alors que la Ligue de défense juive – mouvement d'extrême droite interdit jusqu'en Israël même, et dont François Hollande disait l'an dernier envisager la dissolution – mobilise ses réseaux, beaucoup craignent des affrontements.
Plusieurs associations mettent en garde contre des risques de projections identitaires aussi absurdes que funestes sur ce conflit, au détriment de la défense du socle commun républicain : la défense du droit international et de l'égalité des droits. La mairie et la préfecture, de leur côté, ont prévu un très important dispositif de police et de CRS.