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ÉDUCATION

« À bas l’extrême droite » : un colloque au siège de la CGT pour apporter des clés de lutte aux enseignants

30 janvier 2026 | Mise à jour le 30 janvier 2026
Par | Photo(s) : Emil Dromery
« À bas l’extrême droite » : un colloque au siège de la CGT pour apporter des clés de lutte aux enseignants

Vue du colloque.

À la Bourse nationale du travail CGT de Montreuil, la fin de semaine a été marquée par la tenue de deux jours, ces 29 et 30 janvier, de conférences, discussions et ateliers autour d'un thème central : « l'extrême droite et l'école ». Ce colloque était organisé par la FERC-CGT, la FSU et leurs instituts d'histoire sociale. Objectif : donner des clés de réflexion et d'action face à un système éducatif menacé par les idéologies d'extrême droite, tant au niveau local que national. 

« Que ferons-nous, mes camarades, quand injonction nous sera faite d'enseigner le roman national, quand on nous demandera de mettre en œuvre un projet patriarcal, masculiniste et homophobe, quand, sous couvert de lutte contre le « pédagogisme », on nous imposera les procédures d'enseignement les plus réactionnaires ? » scande Paul Devin, syndicaliste à l'Institut de recherches de la FSU, face à un amphithéâtre comble. Des enseignants du public comme du privé sous contrat sont venus de toute la France pour préparer la lutte contre la montée des idées d'extrême droite dans l'Éducation nationale. Le programme des deux journées « extrême droite et l'école », les 29 et 30 janvier, élaboré par la FERC-CGT et la FSU, s'est articulé autour de grandes tables rondes, de débats et d'ateliers, réunissant chercheurs, syndicalistes et acteurs du monde éducatif au siège de la Confédération, à Montreuil. 

Tout repenser  

L’un des grands points de ce colloque n’était pas seulement de se prémunir contre les tentatives d’ingérence de l’extrême droite dans l’école mais de penser l’éducation autrement. L’une des intervenantes du 30 janvier, Sophie Djigo, professeure agrégée de philosophie dans le Nord-Pas-de-Calais, est spécialiste de la question. Elle-même a d’ailleurs été confrontée aux méthodes de l'extrême droite lorsqu'elle a subi un cyberharcèlement massif après avoir projeté une rencontre entre les élèves de classe préparatoire du lycée Watteau de Valenciennes et les bénévoles d'une association d'aide aux migrants à Calais en novembre 2022. Devant la salle, elle a évoqué la notion de « colonialité du système scolaire », ou, en d'autres termes, comment l'antiracisme mis en valeur par l'État est aujourd'hui souvent envisagé comme un moyen de se dédouaner du problème réel et non comme un but à poursuivre concrètement.

Ainsi, selon la professeure, il ne s’agit pas seulement pour les enseignants, présents au colloque et au-delà, de s'unir contre les idées fascistes, mais également de déconstruire un système éducatif imprégné d'une histoire coloniale et bâti autour de rapports de domination persistants. Sophie Djigo a également dénoncé le rôle du ministère de l'Éducation nationale, qu'elle accuse de véhiculer des discours culturalistes, « un biais que l'on retrouve aussi dans les prises de position du Rassemblement national ». 

Faire face ensemble pour porter « notre » projet 

L'autre réflexion importante de ce colloque était de se mobiliser syndicalement et de manière unitaire pour prôner l'optimisme dans la lutte. Sophie Vénétitay, syndicaliste au Syndicat national des enseignements de second degré (SNES-FSU) et professeure de sciences économiques et sociales dans l'Essonne, a centré son intervention sur les formations EVARS, dédiées à la vie affective, relationnelle et sexuelle, aujourd'hui régulièrement attaquées par l'extrême droite. Pour elle, l'école est devenue le « symbole de la bataille idéologique » pour les mouvances fascistes. Elle appelle à une mobilisation unitaire face aux campagnes anti-EVARS, notamment par le dialogue avec les parents, afin de déconstruire les peurs volontairement entretenues. 

Cette offensive idéologique s'inscrit dans un contexte plus large de normalisation du discours d'extrême droite. « Le projet n'a pas changé, il s'est simplement habillé d'éléments destinés à nous inciter à relativiser la différence entre l'extrême droite et la droite classique », alerte Paul Devin. Selon lui, ces idées réactionnaires seront d'autant plus contraignantes que les pressions sur les enseignants se multiplieront, « y compris par la violence ». 

Face à cette menace, la conclusion du colloque se veut à la fois lucide et combative. « La dédiabolisation de l'extrême droite n'annonce pas de beaux jours pour l'Éducation nationale, il faut se préparer au pire », avertit Paul Devin. Mais l'espoir demeure dans l'action collective : en s'unissant dès maintenant contre ces idées, une école dégagée de toute influence de l’extrême droite est possible. Sa prise de parole se conclut sous les applaudissements : « À bas l'extrême droite, vive l'école émancipatrice ».  

Emil Dromery