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RISQUES DU TRAVAIL

Pour ne pas perdre sa vie à la gagner

27 avril 2015 | Mise à jour le 9 mars 2017
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Pour ne pas perdre sa vie à la gagner

Trente ans après une première édition, une équipe de chercheurs vient de publier un ouvrage visant à populariser les connaissances sur les risques du travail dans tous les secteurs.

En 1985 une équipe de chercheurs du CNAM, de l'INRS, des médecins du travail et des militants syndicalistes publiaient un ouvrage qui faisait date sur les risques du travail et les conditions de travail. À destination d'un large public, ce livre donnait accès à une réflexion de haut niveau tout en offrant des clés pratiques sur ces risques et la manière dont les salariés et leurs représentants pouvaient les repérer et intervenir. Entre le premier ouvrage et le second, trente ans se sont écoulés. Le contexte législatif a évolué, passant des débuts de l'application des lois Auroux, de 1982, à la montée en puissance du CHSCT en tant qu'institution active. Puis aux très actuelles tentatives de remise en cause de ces acquis.

RISQUES ANCIENS ET NOUVEAUX

Le travail et sa pénibilité ont muté, ses risques également. L'exposition aux produits dangereux, les vibrations, le bruit ont persisté dans le temps, mais d'autres catégories de risques ont littéralement explosé ces dernières années avec l'émergence des risques psychosociaux (RPS) et des troubles musculosquelettiques (TMS). L'ouvrage 2015 est un recueil de textes de spécialistes et militants qui abordent ces questions sous différents angles. Une première partie est consacrée à l'impact de la mondialisation sur l'organisation du travail. Annie Thébaud-Mony et Michael Quinlan analysent notamment comment la sous-traitance est utilisée comme un outil majeur de la transformation du système productif. Comment aussi, au lieu d'éliminer les risques, les employeurs organisent leur invisibilité, avec l'impossibilité de reconstituer les périodes d'exposition.

ATTEINDRE LE CONTINENT CACHÉ

Un second chapitre aborde les conditions de travail: «Pourquoi n'y –a-t-il pas eu une amélioration de travail?» interroge le chercheur Serge Volkoff, et d'avancer quelques hypothèses: «Il y a un productivisme, avec le travail au plus juste, les impératifs de réactivité, on ne prend plus le temps de réguler mais on contrôle de très près le résultat, ou plutôt on le croit. Avec la multiplication des indicateurs on arrive à joindre l'inutile au désagréable… L'intensification du travail, les gestes répétitifs, les horaires de plus en plus bousculés.»

Dans une troisième partie, consacrée aux impacts du travail sur la santé, Philippe Davezies revient sur cette notion d'invisibilité des maladies liées au travail. Il révèle aussi que l'expression de la souffrance psychique se manifeste différemment selon les catégories de salariés: elle serait trois à quatre fois plus élevée chez les cadres que chez les ouvriers. En réalité, l'absence de plainte chez ces derniers ne signifie pas qu'elle serait moindre, ou qu'elle doit être ignorée. Mais qu'elle demeure masquée. Le chercheur estime donc qu'il y aurait un déficit culturel d'expression de la plainte. Pour lutter contre la souffrance psychique, l'individu dispose de trois lignes de défense: collective, personnelle et biologique. Il s'agit pour lui de renforcer les deux premières pour limiter le recours à la troisième. La souffrance psychique mobilise des mécanismes de stress similaires à ceux des atteintes toxiques.

RESTER MOBILISÉS

Un dernier chapitre est intitulé «agir sur les risques, mode d'emploi». Les auteurs insistent sur la nécessité de maîtriser le travail, de revenir sur sa gouvernance pour esquisser une nouvelle société émancipée du travail mondialisé tel qu'il est mis en œuvre aujourd'hui. Il y est beaucoup question de l'utilité des CHSCT. Lors de la présentation de l'ouvrage, le 15 avril dernier, à la bourse du travail de Paris, Yves Bongiorno, ancien conseiller CGT, auteur d'un des textes du livre, insistait: «Nous venons de mettre en échec le Medef sur sa volonté de faire disparaître les CHSCT. Le premier livre s'inscrivait dans la montée en puissance de ces IRP, qui se sont peu à peu imposés comme outils de proximité. Or, aujourd'hui, quand leur travail commence à porter ses fruits, on les remet en cause. Après le vote de la loi, il y aura les décrets d'application. Ces questions sont majeures, et il faut rester mobilisés.»

Les risques du travail. Pour ne pas perdre sa vie à la gagner.

Sous la direction de Annie Thébaud-Mony, Philippe Davezies, Laurent Vogel, Serge Volkoff
Éd. La Découverte, 605 pages, 28 €.

 

 

 


MOBILISATION EUROPÉENNE LE 28 AVRIL

En France s'engage un processus visant à affaiblir les CHSCT. Avec la Confédération européenne des syndicats (CES), ce 28 avril, les syndicats européens célébreront la Journée internationale de commémoration des victimes du travail. Un hommage aux 150 000 personnes décédées dans l'UE des suites d'un cancer d'origine professionnelle, depuis que la Commission européenne a suspendu ses travaux sur la législation visant à protéger les travailleurs de substances chimiques responsables de cancers.

Chaque année, 100 000 personnes meurent de cancers professionnels dans l'UE.

La CES exige :
– «des limites d'exposition juridiquement contraignantes pour une liste prioritaire des 50 substances chimiques les plus toxiques causant cancers et problèmes de fertilité masculine et féminine»;

– «des progrès concernant la révision de la directive sur les agents cancérigènes et mutagènes au travail et l'augmentation du nombre de substances chimiques soumises à des limites d'exposition contraignantes».