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ENTRETIEN

Les festivals en grande difficulté : « Un plan de licenciement massif qui ne dit pas son nom »

28 juin 2026 | Mise à jour le 29 juin 2026
Par | Photo(s) : AFP / BERTRAND LANGLOIS
Les festivals en grande difficulté : « Un plan de licenciement massif qui ne dit pas son nom »

Selon Maxime Séchaud, secrétaire général adjoint de la CGT Spectacle, au moins 10 000 personnes, artistes et techniciens, du festival « Off » d’Avignon pourraient être concernées par la baisse des aides et pourraient ne plus être salariées.

La saison des festivals s'ouvre dans un climat d'incertitude inédit : coupes budgétaires, fragilisation du statut des intermittents, menaces sur l'accès à la culture… Maxime Séchaud, secrétaire général adjoint de la CGT Spectacle, tire la sonnette d'alarme. Un entretien à retrouver dans le mensuel « Ensemble » de juin 2026.

Dans quel état d'esprit les festivals abordent-ils la saison 2026 ? La saison a déjà commencé avec le Printemps de Bourges, mais il faut rappeler que les festivals ont des réalités disparates. Tout dépend de leur secteur, de leur financement (fonds privé ou collectivité) et de leur ancrage associatif ou institutionnel. En revanche, l'inquiétude est partout. Depuis 2024, nous dénonçons des choix politiques qui entraînent des coupes budgétaires importantes. Il ne s'agit pas seulement de faire « un peu moins ». Dans les faits, cela ressemble plus à un plan de licenciement massif qui ne dit pas son nom. Le spectacle vivant dépend aux trois quarts des collectivités territoriales qui réduisent leur engagement, souvent au dernier moment. Résultat, les équipes n'ont aucune visibilité. Avant, certains lieux programmaient sur deux ou trois ans. Aujourd'hui, beaucoup ne savent pas ce qu'ils feront le mois prochain. Cela vide les agendas et crée une très forte précarité chez les salariés.

Quelles sont les conséquences pour l'emploi intermittent ?L'été est une période intense, notamment à Avignon, où des milliers de personnes sont mobilisées pour le festival. Mais plusieurs dispositifs d'aide à l'embauche ont été ­amputés, en particulier au sein du Fonpeps [aide unique à l'embauche en contrat à durée déterminée ou indéterminée dans le spectacle, NDLR], obtenu après les luttes des intermittents de 2014 et 2016. Certaines aides ont été coupées de moitié. Concrètement, cela veut dire que des compagnies qui comptaient dessus pour salarier correctement artistes et techniciens risquent de ne plus pouvoir le faire. Sur Avignon Off, avec près de 1 700 spectacles, cela concerne au moins 10 000 personnes.

Cette crise touche-t-elle aussi le public ? Pour l'instant, les politiques tarifaires du service public de la culture limitent encore la hausse du prix des billets. Mais il y a moins de spectacles, donc moins d'accès à la culture. Et surtout, la crise sociale joue à plein. Quand on peine à finir le mois, la sortie culturelle n'est pas la priorité. Le risque, c'est de voir se constituer des publics plus âgés, plus aisés, ­pendant que le monde du travail s'éloigne de la culture.

Les petites et moyennes structures sont-elles menacées ? Les plus fragiles sont entièrement tributaires de ces arbitrages publics. Quand les financements baissent et que les conditions de création se dégradent, il y a des fermetures ou une programmation appauvrie. Il y a aussi une bataille idéologique derrière tout ça. Si on affaiblit durablement le service public culturel, on laisse la place au privé et à des projets porteurs de visions beaucoup plus conservatrices.

Voyez-vous malgré tout des raisons d'espérer ? Oui, parce qu'il y a une prise de conscience. À la CGT Spectacle, notre taux de syndicalisation décolle ! Nous sommes plus de 11 000 à la fédération, contre 8 000 il y a trois ans. Les travailleurs comprennent qu'il n'y a que collectivement que l'on s'en sortira. Nous voulons faire de ces questions un enjeu pour les présidentielles. Il y a un an, nous avons publié une tribune avec cent artistes pour appeler à des états généraux de la culture. Nous allons demander une consultation d'urgence sur le Fonpeps, et à Avignon, nous préparons d'autres événements et mobilisations dans ce sens. À l'aube d'une période très compliquée politiquement, nous devons nous affirmer.