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CULTURE

« Des tentatives de nous dissoudre » : intermittents du spectacle, professions sous haute tension

15 avril 2026 | Mise à jour le 15 avril 2026
Par | Photo(s) : Maylis Rolland/Hans Lucas
« Des tentatives de nous dissoudre » : intermittents du spectacle, professions sous haute tension

Les travailleurs de la culture protestent contre les coupes budgétaires qui fragilisent le secteur (ici à Nantes, en mars 2025).

L'attaque du Medef en ce début d'année contre le statut de l'intermittence a fait chou blanc… pour l'instant. Mais l'alerte a été chaude pour un secteur qui souffre fortement de la réduction des budgets culturels, sans être épargné par l'arrivée de l'intelligence artificielle. Pris à la gorge, de plus en plus d'artistes et de techniciens songent à changer de métier. Mais pour l'heure, ils continuent de lutter…

« Le Medef recule grâce à la mobilisation », mais « ce n'est pas une victoire », peut-on lire à travers un post publié sur les réseaux sociaux par la CGT Spectacle. Si la grève du mercredi 25 février a permis de gagner du temps, en contraignant le Medef à renoncer à sa volonté de porter à 557 (au lieu de 507 actuellement) le nombre d'heures nécessaire pour ouvrir des droits à l'assurance-chômage, la partie est loin d'être gagnée.Le régime de l'intermittence permet aux artistes et techniciens qui vivent de contrats courts d'être indemnisés quand ils sont sans emploi. Pour en bénéficier, ils doivent aujourd'hui justifier de 507 heures de travail sur douze mois pour espérer être indemnisés pendant huit mois. Pour Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT Spectacle, le recul du Medef n'est que provisoire : « Ce n'est pas fini, le sujet va revenir en 2028. Les attaques du patronat sont perpétuelles ; ils n'ont jamais accepté les règles de notre régime. Depuis les crises, notamment en 2003 avec l'annulation du festival d'Avignon, le Medef essaie de réduire les coûts, soit en limitant le nombre d'entrants, soit en réduisant l'indemnisation. »Selon les estimations des syndicats, une hausse du seuil d'activité aurait pu priver d'allocations 10 000 intermittents et retarder l'accès aux droits pour 20 000 autres. « C'est la double peine, poursuit Ghislain Gauthier. Le taux d'emploi dans le cinéma a baissé de plus de 10 %, idem sur la production audiovisuelle ou le film d'animation, notamment en raison de l'arrivée de l'intelligence artificielle. »Du côté du spectacle vivant, les syndicats dénoncent un désengagement de l'État et des régions. Selon le baromètre 2025 de l'Observatoire des politiques culturelles, près d'une collectivité sur deux a réduit le budget dédié à la culture entre 2024 et 2025, certaines baisses dépassant 10 %. Des coupes sombres qui impactent directement les festivals, les compagnies et les lieux de diffusion. « Sur le terrain, les intermittents n'y arrivent plus », alerte Ghislain Gauthier.

50 heures en plus seraient la mer à boire

Margaux, autrice et metteuse en scène est inquiète : « Nous vivons ces menaces comme des tentatives de dissoudre, morceau par morceau, ce précieux statut de l'intermittence en le rendant de plus en plus difficile à obtenir. Je travaille toute l'année, tous les jours, les vacances et les week-ends, mais dans ce métier, l'économie est tellement fragile que toutes mes activités ne sont pas salariées et ne font pas grimper mon nombre d'heures. Pour beaucoup d'entre nous, cinquante heures en plus à trouver, c'est la mer à boire. » Selon elle, peu de projets et de collaborations sont rémunérés à la hauteur du temps passé, et Margaux a recours, comme de nombreux collègues, au système D : « On s'endette parfois pour obtenir notre intermittence, raconte-t-elle, en achetant à d'autres structures des cachets qui nous permettent de cotiser et de déclencher des droits auprès de France Travail. »Ghislain Gauthier ajoute que le travail ­dissimulé augmente, notamment dans la musique : « Avec la baisse des aides publiques, les bars de jazz, par exemple, ou les petits lieux ne peuvent plus payer les musiciens. » Conséquence : de plus en plus d'intermittents envisagent une reconversion. « Il y a d'énormes tensions sur les ­formations de l'Afdas (Assurance formation des activités du spectacle), précise Ghislain Gauthier. Dans le monde du spectacle, toutes les structures souffrent, des institutions connues jusqu'aux petites compagnies, tout le maillage est fragilisé par ces coupes budgétaires. »​​​​​​​