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54e congrès de la CGT

Contexte, proximité, décryptage croisé... Au Congrès de la CGT, les bonnes pratiques pour renforcer le syndicat

3 juin 2026 | Mise à jour le 3 juin 2026
Par | Photo(s) : © Maud Dupuy/AFP
Contexte, proximité, décryptage croisé... Au Congrès de la CGT, les bonnes pratiques pour renforcer le syndicat

Arsenal de Lorient, base de Naval Group dans le Morbihan. octobre 2019.

Formation collective, analyse du contexte, conquête des cadres : au 54e congrès de la CGT, des militants sont venus partager les recettes qui leur ont permis de renforcer leur implantation dans l'entreprise.

La question de la représentativité dans les entreprises est au cœur des orientations dégagées lors de ce 54e congrès de la CGT. Si Sophie Binet a déploré que les scores « s'effritent » lors de son rapport d'ouverture, des contre-exemples existent. Des représentants de Naval Group et IN Groupe étaient d’ailleurs présents les 2 et 3 juin au congrès pour livrer leur expérience, et leurs méthodes de renforcement syndical. 

La formation, c'est la base ! 

Lorsque Quentin Demousceaux reprend le syndicat CGT de Naval Group-Indret (Loire-Atlantique), en 2020, la représentativité est en baisse depuis plusieurs années, avec 18 % de représentativité sur l'entreprise. « On a eu un bon accompagnement à la fois de l’union départementale, de la fédération et du collectif national, dans notre démarche de renforcement. On a mis en place en 2021, à un an de nos élections professionnelles, une formation syndicale renforcée et on a fait le choix de la faire avec toute l’équipe syndicale, au maximum de tous les militants, les militantes qui voulaient intégrer la future équipe en vue des élections. On avait l'ambition de faire un gros coup à ce moment-là, de se renforcer, et de se donner vraiment les moyens. »

Une formation qui reprend les bases du syndicalisme et de l'organisation de la CGT, mais avec la spécificité d'être suivie collectivement par toute l'équipe militante. « On a souvent des militants qui ne connaissent pas forcément bien le fonctionnement de la CGT, qui ne se rendent pas compte du côté administratif, de l’importance d’avoir du lien avec L'organisation, l’UL, l’UD ou la fédé. Ça remet tout ça en place et ça aide chacun à s'engager à la hauteur de son envie. On sort de là avec un plan de bataille précis, chacun sait à peu près ce qu’il a à faire. Il y a une émulsion collective qui se met en place et ça marche plutôt bien. »

L'ambition est également de lever les « freins » à l'adhésion, en formant les militants à convaincre directement leurs collègues, pour aller conquérir la masse des « sympathisants » qui votent pour la CGT, mais n'y sont pas syndiqués. « On avait 112 syndiqués, et 180 personnes qui votaient pour nous. Aux élections d’après, on avait 165 syndiqués, on a fait 335 voix. » Aux élections professionnelles de 2022, la CGT progresse de 9 % sur le site, de 6 % à l'échelle nationale du groupe, et devient le premier syndicat. Deux ans plus tard, aux élections des représentants du personnel du conseil d'administration, elle réalise le score de 30,5 %, là encore en tête. Un succès qui se traduit aussi en nombre d'adhésions. « On fait la formation au mois de février 2021, en décembre on enregistre trente cinq adhésions, seize l’année d’après, et vingt trois l’année suivante. Aujourd'hui on est à 152 avec une section retraitée à 62. »

Considérer les cadres

Le renforcement de la représentativité chez les cadres se présente également comme un axe de travail décisif pour la prochaine mandature, alors que, comme l'a rappelé Sophie Binet dans son rapport d'ouverture : « Dans nos bastions historiques, les Ingés, cadres, tech et agents de maîtrise, les ICTAM, sont devenus majoritaires, ce qui explique la progression de la CFE-CGC à notre détriment. » À ce titre, Abdelkrim Serend, cadre chez IN Groupe (anciennement Imprimerie Nationale), était tout indiqué pour en parler. Il a décidé d'ouvrir une section CGT dans son entreprise, seul, en juin 2023. Six mois plus tard, aux élections professionnelles, sa section a obtenu 100% des sièges au premier tour au premier collège, 100% au deuxième et 50% sur le troisième collège.

Le 3 juin, il a proposé une formation dans le cadre du 54e congrès de la CGT, pour présenter sa méthode pour mobiliser les cadres. « Il faut commencer par l’analyse du contexte dans la société : aller voir les travailleurs et travailleuses, leur demander la question claire, « Qu’est-ce que tu changerais ? Qu’est-ce qui ne va pas selon toi ? ». À travers ce questionnement, cette introspection qu’on demande de faire aux salariés, on crée de la  considération. Les cadres, notamment les ingénieurs, y sont très sensibles. »

Prochaine étape, faire l'inventaire de ce qui remonte et contraster son analyse personnelle en tant que représentant CGT et l’analyse des travailleurs et travailleuses. « Cette analyse croisée va permettre de donner une orientation, un cap. » Ensuite, identifier les salariés qui semblent le plus à même de porter les valeurs de la CGT, et construire une profession de foi claire. Ne pas hésiter, pour se faire, à s'appuyer sur les documents qui sont déjà produits par les organisations CGT, en l'occurence l'UGICT CGT (Union générale des cadres, ingénieurs et techniciens), et à capitaliser sur les victoires. « Notre employeur avait oublié l’article du Code de travail, qui octroyait aux salariés arrivés en cours d'année deux jours de congés supplémentaires par enfant à charge. Ce qui fait que la CGT a réussi à récupérer 200 jours de congés. Pour les élections professionnelles l’an prochain, la direction le sait très bien, je vais rabâcher ce qu’on a fait pour les salariés ! »