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54e congrès de la CGT

Comment résister à l'offensive réactionnaire : les enseignements de syndicalistes du monde entier

3 juin 2026 | Mise à jour le 3 juin 2026
Par | Photo(s) : Sarah Delattre
Comment résister à l'offensive réactionnaire : les enseignements de syndicalistes du monde entier

Le 54e congrès de la CGT accueille à Tours plus d'une centaine de délégués étrangers, issus de plus de 70 pays.

Dans le cadre du 54e congrès de la CGT, une dizaine de dirigeants syndicaux issus du monde entier ont échangé sur la manière de résister à la montée de l’extrême droite et aux ploutocraties au pouvoir.

« Il y aura un après-Trump. À nous de construire un monde nouveau, basé sur une plus grande justice sociale », espère Nick Allen, responsable international du syndicat nord-américain SEIU, qui se félicite par ailleurs de l'adhésion de 140 000 nouveaux membres l'année dernière notamment chez Starbucks et Uber. Lors du 54e congrès de la CGT à Tours, treize dirigeants syndicaux issus de plusieurs pays (Italie, Espagne, Pologne, Cameroun, Brésil, Argentine, Ukraine, Etats-Unis, Inde, France) ont échangé sur les dangers que font peser l'extrême droite au pouvoir et les ploutocraties, et les façons de les combattre.

La loi du marché

Partout, ces extrêmes droites se nourrissent des crises que génère un capitalisme débridé, des compromissions des sociaux-démocrates au pouvoir et du déclassement de la classe ouvrière. « Trump représente une nouvelle forme de capitalisme criminel et dangereux. La loi du marché a remplacé les règles démocratiques. La montée de l'extrême droite est aussi le résultat des erreurs des partis de gauche au pouvoir. Une fracture s'est opérée entre le monde politique et le monde du travail, dont une large partie s'abstient aux élections. Les conditions de travail dégradées, les salaires bas aggravent nos conditions de vie et engendrent des divisions », constate Maurizio Landini, leader de la CGIL (Italie). Céline Amara, pour le CSP (Cameroun), dénonce dans son pays « une hyper présidentialisation qui instrumentalise la justice et l'appareil répressif, excite les nationalismes, les replis identitaires et les oppositions religieuses ». Antonio Lisboa, représentant de la CUT (Brésil), note quant à lui, une recrudescence des idées d'extrême droite après la crise de 2008.

La solidarité n’est pas génétique

Pour résister à ces régimes autoritaires et défendre la démocratie, tous sont unanimes : le fait syndical constitue l'un des meilleurs antidotes. « Le syndicat a une capacité unique à répondre aux discours de haine dans son milieu naturel qu'est le milieu du travail. C'est un instrument de premier ordre, avec la grève aux mains de la classe ouvrière », estime Christina Faciaben, du syndicat espagnol CCOO. Faisant référence à Minneapolis, devenue l'épicentre de la résistance contre la police anti-immigration ICE aux Etats-Unis, Nick Allen témoigne d'une « alliance citoyenne, soudée grâce au mouvement Black Lives Matter consécutif à l'assassinat de George Floyd, et dans laquelle les syndicats ont joué un rôle. Cette alliance a permis une révolte populaire, pour la première fois depuis 1946, la ville a connu une grève générale ».

« La solidarité n'est pas génétique, cela se construit. Nous devons avoir une approche radicale qui protège la démocratie », estime Maurizio Landini, qui se félicite par ailleurs de l'échec du référendum sur la justice, organisé par Giorgia Meloni. Pour Antonio Lisboa, « il faut avoir des propositions claires », faisant référence à « la proposition de loi du gouvernement au Brésil qui souhaite abaisser le temps de travail de 44 heures à 40 heures et à instaurer deux jours de repos hebdomadaires ». « Le mouvement syndical est un mouvement pour la paix, nous devons être clair là-dessus », martèle Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération Syndicale Internationale (CSI). Lequel relève que la France affiche sa pire note au baromètre des droits syndicaux, du fait de la violation régulière des droits des travailleurs.

« Nous sommes unis, nous sommes internationalistes »

« Les élections prochaines en France seront décisives pour la démocratie ». « Les seules batailles qu'on perd sont celles qu'on abandonne », témoigne Roberto Basadel, représentant la CTA-T (Argentine), en référence à la longue lutte des mères de la place de mai. « En Ukraine, l'extrême droite aujourd'hui se combat dans les tranchées », témoigne Yuril Samoilov, du KVPU.

Pour conclure, Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, lance « « un message clair aux vassaux des milliardaires » : « Vous voulez nous opposer, nous sommes unis, nous sommes internationalistes et nous voulons la paix ».

Rendez-vous est pris le 18 juin à Madrid, où la Confédération européenne des syndicats (CES), en collaboration avec les syndicats espagnols UGT et CCOO organise une manifestation pour des salaires plus élevés, des emplois et des investissements de qualité, contre l’austérité et les politiques migratoires répressives.