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Après la mobilisation de millions de travailleurs indiens, les paysans prêts à aller «jusqu’au bout»

17 février 2021 | Mise à jour le 19 février 2021
Par | Photo(s) : Sajjad HUSSAIN / AFP
Après la mobilisation de millions de travailleurs indiens, les paysans prêts à aller «jusqu’au bout»

Après la mobilisation de plusieurs centaines de millions de travailleurs en novembre dernier contre la mise à mal du droit du travail, la réforme de l'agriculture lancée par le gouvernement indien à l'automne dernier s'est transformée en bras-de-fer avec les agriculteurs. Alors que la contestation gagne du terrain, la position du Premier ministre devient de plus en plus difficile à tenir.

Six mois après l'adoption par le Parlement indien de trois lois visant à réformer le secteur agricole en Inde, force est de constater que les propositions du gouvernement du Premier ministre Narendra Modi peinent toujours à convaincre les agriculteurs locaux. En témoignent les quelque 200 000 d'entre eux qui, depuis maintenant plusieurs mois, ont installé leurs tentes aux portes d'une capitale, Delhi, désormais transformée en camp retranché, cernée par plusieurs rangées de barricades anti émeutes, protégée par des milliers de policiers.

Un risque d'endettement des paysans

« Pour ces agriculteurs, la question principale et celle du prix auquel ils vont pouvoir vendre leur récolte », explique Ashish Mittal, secrétaire général de l'All Indian Kisan Mazdoor Shaba, syndicat regroupant ouvriers et paysans, et l'un des membres du comité de lutte dans ce mouvement.

Or, avec ces lois, les prix qui leurs seront proposés, établis en ligne par les acheteurs, ne peuvent aller qu'à la baisse pendant que ces derniers pourront quant à eux désormais spéculer sur les produits et, au final, cela se traduira par un endettement des agriculteurs qui seront alors obligés de vendre leurs terres. » Pas vraiment de quoi enthousiasmer les paysans indiens qui, comme le rappelle Ashish, représentent encore « 700 millions de personnes dans le pays ».

Pour le profit des grands groupes de l'agro-business

D'autant qu'à cette politique très « corporate » menée par le gouvernement et destinée à faire les choux gras des grands groupes de l'agro-business, des fabricants de pesticides ou d'engrais indiens ou internationaux, s'ajoute une répression dont la brutalité est parvenue jusqu'au Bureau des Droits de l'homme des Nations unies qui demandait aux autorités, le 5 février, « un maximum de retenue ».

Répression massive

Groupe nationaliste paramilitaire hindou, l'Organisation volontaire nationale en français, est un mouvement proche du BJP, le parti du Premier ministre, lui-même membre de la RSS ou Organisation patriotique nationale.

« Le recours aux canons à eau et aux lacrymos est quasi systématique et les gens sont arrêtés de manière arbitraire », constate Ashish, qui recense « plus d'une centaine de personnes en prison, accusées de trahir l'intérêt national et de sédition ».

Sans oublier quelque « 230 agriculteurs qui ont perdu la vie » depuis le début du mouvement, entre accidents, suicides voire tirs de la police comme ce fut le cas le 26 janvier dernier. Ou encore « la participation des milices de la RSS qui viennent “intimider” les manifestants avec la police ».

Suspension du projet de loi : un premier pas insuffisant

Et les dernières propositions du gouvernement ne risquent pas faire retomber la pression. « Le gouvernement annonce qu'il est prêt à suspendre ces lois pendant un an et demi. Si c'est pour nous les remettre après ou dans deux ou trois ans… Ce n'est pas leur suspension que nous voulons, mais la suppression pure et simple de ces lois anti agriculteurs. Ainsi que la garantie d'un prix minimum d'achat pour leur produits », affirme le représentant syndical.

Des revendications pour lesquelles les agriculteurs se disent prêts à aller « jusqu'au bout ». Surmotivés par un mouvement qui est en train de gagner l'ensemble du pays. « Il y a aujourd'hui des manifestations qui rassemblent des dizaines de milliers de personnes dans tous les États du nord de l'Inde. Et le mouvement s'étend dans le sud, le centre, l'est du pays », prévient Ashish Mittal. « Partout, les paysans se réveillent et ce qu'ils veulent, c'est le retrait de ces lois. »

250 millions de travailleurs et travailleuses mobilisés

Les agriculteurs ne sont pas les seuls à se mobiliser. « Ce gouvernement libéralise tous les secteurs », remarque Sylvain Goldstein, conseiller confédéral du secteur international de la CGT en charge de l'Asie et du Pacifique. « Les agriculteurs ne sont que l'étincelle d'un ras-le-bol général de la politique que Modi mène depuis 2014. Peu à peu quel que soit le groupe social auquel ils appartiennent, les Indiens voient leurs droits disparaître petit à petit. »

La mobilisation historique des travailleurs, hommes et femmes, à l'appel de l'ensemble des syndicats en novembre dernier – entre 200 et 250 millions de personnes – contre le démantèlement du droit du travail par le gouvernement ultranationaliste de Narendra Modi ou encore la réintégration – après 8 mois de grève ! – au début de ce mois de près de plus de 1 250 travailleurs, en majorité des femmes, employés par un sous-traitant de H&M et qui avaient été licenciés pour s'être syndiqués en sont des exemples.

Inde : mobilisation historique contre la politique de Narendra Modi

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