27 juin 2026 | Mise à jour le 29 juin 2026
Partir en vacances reste un privilège qui cristallise les inégalités de revenus. S'il est une réponse, le tourisme social pâtit de l'érosion des moyens dévolus aux CSE. Un article à retrouver dans le mensuel « Ensemble » de juin 2026.
Les vacances ont beau être un droit, inscrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme ainsi que dans la loi française, laquelle prône, depuis 1998, « l'égal accès de tous, tout au long de la vie, à la culture, à la pratique sportive, aux vacances et aux loisirs », elles sont encore loin d'être accessibles à tous.Selon l'Observatoire des inégalités, en 2025, 40 % des Français ne partaient pas en vacances. Cette statistique est socialisée, avec 76 % des hauts revenus (disposant de plus de 2 755 euros mensuels) qui se déplacent pour leurs congés, contre seulement 42 % pour les revenus inférieurs à 1 285 euros mensuels. Sans surprise, les cadres supérieurs sont les plus nombreux à partir, avec 78 % de départs. Côté ouvriers, le taux tombe à 47 %.
Inégalités budgétaires
Cette proportion, où les plus riches sont presque deux fois plus nombreux à partir que les plus modestes, n'est pas nouvelle : l'Observatoire des inégalités la pointe depuis le début des années 1980. « Les inégalités ne portent pas uniquement sur le fait même de partir, ajoute Sandra Hoibian, directrice générale du Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc). Partir plus ou moins loin distingue aussi les catégories sociales. Les voyages à l'étranger sont clairement le propre d'une petite partie de la population, la plus favorisée, de même que les vacances au ski, quiconcernent seulement 9 % de la population. »La raison principale de cette inégalité est budgétaire : face aux difficultés financières, le budget des vacances est la variable d'ajustement principale des ménages les moins aisés, avec l'alimentation et les soins. À travers une note « Quels sont les Français qui voyagent ? », parue en 2023, l'Insee rapporte que 46 % des Français qui n'ont pas voyagé invoquent des raisons financières afin d'expliquer cette situation.
Un tourisme « social » avec les CSE
Le droit aux vacances fait partie des revendications de la CGT, dont les militants s'étaient déjà battus pour arracher les congés payés en 1936, puis pour les prolonger d'une troisième, quatrième et d'une cinquième semaine en 1956, 1969 et 1982. Aujourd'hui, ce droit est mis à mal par les salaires qui stagnent et les prix des transports qui augmentent, notamment dans le contexte de crises géopolitiques.Afin de contrer les effets pervers de l'érosion du pouvoir d'achat, du tourisme mondialisé et des inégalités de revenus, la CGT prône un tourisme dit « social », avec des centres de vacances pour les enfants et des villages vacances accessibles à des prix réduits, grâce aux CSE des entreprises.À ce titre, la centrale a créé, en 1985, l'Association nationale de coordination des activités de vacances – tourisme et travail (aujourd'hui Ancav-SC), qui fédère et coordonne ces infrastructures en faveur des vacances, du sport et de la culture. « Mais, depuis la transformation des comités d'entreprise en comités sociaux et économiques, les moyens ont baissé, les prérogatives également, déplorait Nicolas Cano, président de la structure, dans les colonnes de l'Humanité.Tous les salariés n'y ont pas accès. Et pour les chômeurs, les dispositifs sont quasi inexistants. »