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Commémoration du 8 février 1962 au métro Charonne. Discours de Valérie Petit Lessage de l’Urif CGT
Commémorer pour célébrer. Commémorer pour ne pas oublier le combat pour la paix en Algérie que neuf militants CGT et PCF ont payé de leur vie. Commémorer pour se souvenir que leur combat d'hier est aussi le nôtre aujourd'hui. Pour que jamais plus de tels faits ne puissent se reproduire. Comme chaque année, la CGT, le PCF et le comité « Vérité et Justice pour Charonne » se sont donné rendez-vous au carrefour du métro Charonne pour rendre hommage aux victimes, celles qui périrent instantanément sous les projections de grilles d'arbres et les coups de matraque des policiers, mais aussi les 250 autres victimes, gravement blessées qui, protégées par l'amas de centaines de corps précipités dans la station Charonne, purent miraculeusement survivre à ce massacre d'une sauvagerie inouïe.
Comme chaque année depuis 1962, les militants, avec la participation de Philippe Martinez (CGT), Camille Lainé (Jeunesses communistes), Valérie Lesage (Urif-CGT), ont eu à cœur de célébrer le courage de ces combattants d'hier qui luttaient pour la paix en Algérie et contre le fascisme rampant et son bras armé, l'OAS, semeur de terreur partout en France jusqu'à la veille du 8 février 1962. « Se souvenir du massacre de Charonne, c'est rappeler que le fascisme avait tissé sa toile jusqu'au sommet de l'État. C'est réaffirmer l'importance, aujourd'hui comme demain, de poursuivre la lutte pour la liberté des peuples » a soutenu Valérie Lesage, secrétaire générale de l'Urif-CGT.
Ne rien oublier, donc. Ni la sauvagerie de la répression qui s'est abattue contre les manifestants pacifistes ni le contexte politique de l'époque dans lequel un tel crime a pu être perpétré : un climat de terreur entretenu par l'OAS qui par des méthodes fascistes veut imposer « l'Algérie française ». Parmi ses crimes : des dizaines de plasticages frappant des personnalités politiques et intellectuelles ; une bombe posée la veille, au domicile du ministre de la Culture, André Malraux, qui mutilera à vie une petite fille de 4 ans, Delphine Renard, résidant au rez-de-chaussée. Mais au-delà des crimes de l'OAS, les participants rappellent la censure de la presse, particulièrement de l'Humanité, et les interdictions de manifester, que les partisans de la paix en Algérie n'ont pas hésité à braver afin de promouvoir le principe de nouvelles relations entre les peuples. Car, au-delà de la paix, majoritairement souhaitée, c'est aussi d'indépendance et de décolonisation qu'il s'agissait.
Se souvenir de Charonne, c'est aussi rendre hommage aux milliers d'Algériens qui, un an plus tôt, le 17 octobre 1961, manifestaient malgré un couvre-feu discriminatoire et qui furent réprimés dans le sang : des centaines et de centaines de corps jetés et noyés dans la Seine par les brigades d'interventions aux ordres du même préfet Papon et du ministre de l'Intérieur, Roger Frey. Leurs corps n'ont jamais été dénombrés.
Sans doute pour les mêmes raisons, la tuerie de Charonne n'a toujours pas été reconnue comme crime d'État, malgré l'exigence constante de la CGT en lien avec le PCF et le « Comité Vérité et Justice pour Charonne » qui, inlassablement, œuvrent afin que vérité soit faite et que justice soit rendue à toutes les victimes, ainsi qu'à leurs proches.
« 56 ans après ce massacre, l'État français n'a toujours pas reconnu sa responsabilité. Notre devoir de mémoire historique est donc indispensable pour mener les combats syndicaux et politiques d'aujourd'hui et Charonne fait partie de ce patrimoine dont nous ne nous laisserons pas déposséder », a affirmé Valérie Lesage. Et de rappeler la vague d'attentats qui ont récemment frappé la France et d'autres pays dans le monde ; dont l'écho des bombes et des armes à feu fait résonner plus fort encore le souvenir des neuf militants pour la paix massacrés à Charonne.
Les vidéos de la commémoration du jeudi 8 février 2018

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