Il y a 60 ans au métro Charonne : un crime d’État toujours pas reconnu
Soixante ans après le massacre du métro Charonne qui fit neuf morts, tous syndiqués à la CGT (huit d’entre eux étant par ailleurs membres du PCF) n’a toujours pas été reconnu comme un crime d’État. Une date commémorée ce 8 février, à 18 heures, avec l’exigence de vérité et de justice.
Publié le 8 février 2022
Soixante ans après le massacre du métro Charonne qui fit neuf morts, tous syndiqués à la CGT (huit d’entre eux étant par ailleurs membres du PCF) n’a toujours pas été reconnu comme un crime d’État. Une date commémorée ce 8 février, à 18 heures, avec l’exigence de vérité et de justice. Retour sur cette répression sanglante du 8 février 1962 qui tient une place singulière dans la mémoire collective de la classe ouvrière.
13 février 1962Une foule immense accompagne les dépouilles de Daniel Féry (15 ans), Anne-Claude Godeau (24 ans), Jean-Pierre Bernard (30 ans), Fanny Dewerpe (31 ans), Suzanne Martorell (36 ans), Édouard Lemarchand (40 ans), Raymond Wintgens (44 ans) Hippolyte Pina (58 ans). Maurice Pochard, 48 ans, décédera le 20 avril des suites de ses blessures.
En ce début février 1962, des négociations secrètes se mènent entre le gouvernement français et le FLN algérien pour trouver une issue à une guerre qui dure depuis plus de sept ans. Les manifestations organisées pour la paix en Algérie, notamment par la CGT, sont interdites et réprimées. La presse est censurée. Le 7 février, un énième attentat de l’OAS contre le domicile d’André Malraux, alors ministre des Affaires culturelles, blesse cruellement au visage une fillette de quatre ans. L’émotion est immense. Les unions départementales CGT, CFTC, Unef, le PCF et le PSU réagissent en appelant à manifester pacifiquement « contre le fascisme » le lendemain, 8 février. Et c’est au moment de la dispersion à l’heure prévue (19 h 30) qu’un détachement d’une trentaine de policiers charge sauvagement la foule. Ils sont armés de longues matraques de bois, les « bidules » et cognent. Ils s’acharnent sur les manifestants qui refluent vers les bouches de métro. Pris de panique, les gens trébuchent, tombent les uns sur les autres et s’entassent, formant un monticule compacte dans l’escalier. Durant dix à vingt minutes, les policiers frappent sur ces corps entassés en tournant autour des balustrades, brisent les crânes et les membres, fracassent leurs « bidules » et jettent sur les corps les grilles en fonte arrachées aux arbres, ainsi que des guéridons de bistros. Sept des huit morts qu’on relèvera ont péri à l’intérieur ou aux abords de la bouche du métro (la neuvième victime décédera quelques temps plus tard des suites de ses blessures). Et les blessés se dénombrent par dizaines.
Voir Sur le site de l’INA, le sujet tourné par Marcel Trillat, journaliste, pour le journal d’Antenne 2, le 8 février 1982 à l’occasion du vingtième anniversaire du massacre de Charonne.
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