Transports publics : à Clermont-Ferrand, une grève de neuf jours… qui pourrait inspirer d'autres communes

Après neuf jours de grève, les salariés de T2C, le réseau de transports en commun de Clermont-Ferrand, ont suspendu leur mouvement, entamé le 1er septembre. Ils dénonçaient une politique d'économies, une dégradation des conditions de travail et des suppressions de postes. Si le trafic a pris le 10 septembre, leur mobilisation devrait inspirer à l'échelle nationale, la fédération CGT des transports ayant appelé à une semaine nationale d’actions du 16 au 20 novembre.

Par Sonia Reyne
Par Sonia Reyne
Publié le 14 septembre 2026
clermont
« Au début de la mobilisation, 80 % des conducteurs étaient à l’arrêt. À la fin du mouvement, ce taux était encore de 60 % », indique Romain Cusco, délégué syndical CGT à T2C. Crédit : Romain Cusco

La grève reconductible avait commencé le 1er septembre, après le dépôt d’un préavis, le 26 août, par l’intersyndicale de T2C, le réseau de transports en commun de Clermont Auvergne métropole. Aucun bus ne circulait alors. « Au début de la mobilisation, 80 % des conducteurs étaient à l’arrêt. À la fin du mouvement, ce taux était encore de 60 % », indique Romain Cusco, délégué syndical CGT à T2C. Dans certains secteurs, notamment au service technique, la mobilisation a atteint les 100 %. Des retraités et des militants d’autres syndicats participaient aussi au piquet de grève.

Le conflit portait notamment sur la trajectoire financière fixée par le Syndicat mixte des transports en commun de l’agglomération clermontoise (SMTC). Les organisations syndicales dénonçaient cinq millions d’euros d’économies demandées à la régie, une dégradation des conditions de travail et des suppressions de postes.

Une grève reconductible de neuf jours

Au bout de neuf jours de grève, les salariés T2C ont donc suspendu leur mouvement, après la conclusion d’un accord entre les organisations syndicales, la direction de T2C et le SMTC. Le trafic a repris le 10 septembre. L’accord prévoit que le STMC prendra intégralement en charge les surcoûts d’exploitation de T2C pour 2026. « Leur montant est estimé à 1,5 million d’euros », précise Romain Cusco.

La négociation a également abouti à la réévaluation du cadre budgétaire de T2C pour 2027. « Il est réévalué à 93 millions d’euros, contre 91,5 dans les orientations initiales », développe Romain Cusco. Le délégué CGT évoque aussi des mécanismes de transfert de coûts liés aux investissements, jusqu’ici intégrés au budget de la régie. Mais il souligne qu’une baisse reste prévue à l’horizon 2028, avec l’objectif de 90 millions d’euros.

« La discussion ne doit pas se limiter à des objectifs comptables. Nous avons obtenu la remise à plat de la trajectoire budgétaire prévue. C’est essentiel pour nous, car nous voulons éviter que l’entreprise soit disloquée, explique Romain Cusco. Les NAO 2026 doivent également reprendre. Nous souhaitons revaloriser le point d’indice, alors que la direction privilégie les primes. » Le désaccord portait enfin sur la régie publique. Le délégué syndical CGT estime que les orientations financières du SMTC pourraient, à terme, remettre en cause le modèle actuel de T2C. L’accord conclu avec la direction prévoit l’ouverture d’une concertation sur l’avenir de la régie.

Des réaménagements de voirie problématiques

Aux origines du conflit, on trouvait également des problèmes de réaménagement de la voirie. Julien Bony, le nouveau maire (Les Républicains) élu en mars dernier, a décidé de rouvrir à la circulation automobile certains axes auparavant repensés pour favoriser les transports collectifs. Ces itinéraires allongent les temps de parcours, perturbent la régularité des lignes et mettent la pression sur les conducteurs.

Patrick Rispal, responsable de la Branche des transports urbains CGT, relie cette situation à une difficulté plus large. « Des investissements importants sont engagés, mais les moyens nécessaires à leur fonctionnement et à leur achèvement ne suivent pas toujours. Les salariés ont consenti des efforts pendant toute la période de travaux. Mais aujourd’hui, les pouvoirs publics ne vont pas au bout des engagements pris », estime-t-il. Les réseaux de transport urbain sont coincés entre exigences de la transition énergétique, modernisation des équipements et restriction budgétaire. « Les financements risquent de ne pas être à la hauteur des besoins », alerte Patrick Rispal.

Ce conflit illustre par ailleurs une situation qui dépasse Clermont-Ferrand. Le responsable de la Branche des transports urbains CGT cite les tensions rencontrées dans d’autres réseaux, comme à Marseille, Reims ou Paris. « Les dépenses de personnel représentent environ 70 % des budgets des réseaux de transport. Toute politique d’économie a des effets sur les effectifs, les salaires et les conditions de travail. »

Mobilisation nationale à venir

Pour une revalorisation des salaires, l’amélioration des conditions de travail, la défense des emplois et un financement public à la hauteur des besoins, la fédération CGT des transports appelle donc à une semaine nationale d’actions à partir du 16 novembre, avec une journée de grève prévue le 20. Les transports urbains, le transport routier et le secteur aérien, notamment, sont concernés.

La fédération dénonce également l’ouverture à la concurrence et l’allotissement des réseaux, estimant que le changement de mode de gestion remet en cause les accords collectifs afin de réduire le coût du travail. Il est clair que la mobilisation clermontoise constitue un point d’appui pour cette campagne nationale. « Nous sommes le réseau sanguin du territoire. Nous ne pouvons pas être considérés comme indispensables pendant une crise, puis devenir ensuite une variable d’ajustement budgétaire », résume Patrick Rispal.

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