« Il faut que la direction parte » : à Paris, les salariés du BHV mobilisés pour sauver leur enseigne

L’appel lancé par l’intersyndicale du BHV Marais a déclenché une mobilisation massive des salariés de l’enseigne, qui, en grève ou en débrayage, se sont rassemblés, vendredi 11 septembre, devant les portes du grand magasin, rue de Rivoli, à Paris, autour de ces mots d’ordre : le départ de l’actuelle direction et l’intervention urgente des pouvoirs publics.

Par Nathalie Carmeni
Par Nathalie Carmeni
Publié le 15 septembre 2026
FRANCE-ECONOMY
Alors qu’il souffle cette année ses 170 bougies, le prestigieux bazar parisien se trouve aujourd’hui dans un état à peine croyable : rayons dégarnis, gondoles privées de marchandises, clientèle fantomatique… Crédit : Joël Saget / AFP

Par la voix de leurs représentants syndicaux ou en s’emparant personnellement du mégaphone, ils ont exprimé leur ras-le-bol. Vendredi 11 septembre, 150 des 700 salariés du BHV Marais, réunis par l’intersyndicale devant le grand magasin, rue de Rivoli, à Paris, ont décrit la situation calamiteuse de l’enseigne, qui se dégrade en continu depuis son rachat (aux Galeries Lafayette), en 2023, par la Société des grands magasins (SGM), présidée par Frédéric Merlin. Et la vente du fonds de commerce du célèbre Bazar de l’Hôtel de Ville, en juin 2026, à Karl-Stéphane Cottendin, ancien bras-droit de Merlin à la SGM, n’a pas vraiment arrangé les choses…

« Nous n’avons plus confiance »

« Nous n’avons plus confiance dans notre direction, qui n’a même pas de plan de sortie de crise ; qui ne paie pas ses fournisseurs depuis des mois ; qui refuse de payer notre mutuelle d’entreprise et, bientôt, nos tickets resto ; qui n’a pas la moindre vision stratégique… C’est inacceptable ! », s’enflamme une oratrice au mégaphone. « Il faut que cette direction parte, mais il faut aussi, impérativement, que les pouvoirs publics interviennent », clament, un à un, les intervenants. Car, s’ils redoutent désormais que leurs salaires ne leur soient pas versés en fin de mois, les salariés ne sont pas encore résignés à la disparition de leur magasin ou pire, comme ils le soupçonnent, à sa mise en faillite délibérée.

« Cette direction catastrophique, qui est en train de nous couler sciemment, doit partir et céder le BHV à un repreneur qui ait une vraie vision. Nous savons qu’il existe plusieurs candidats à la reprise ; encore faut-il que les pouvoirs publics soutiennent ce projet, qu’il y ait une vraie volonté politique de sauver le BHV », revendique une syndicaliste au micro. « Le mot d’ordre, c’est : “Partez !” », renchérit une autre. « Il est urgent que cette direction, si elle refuse de partir, soit mise sous tutelle. On ne peut plus laisser ces hommes gérer une entreprise qui n’est pas qu’une simple société commerciale, qui relève du patrimoine public et dont la disparition serait lourde de conséquences pour le quartier et l’écosystème économique parisien », abonde Rémi, de l’US-CGT Commerce Paris.

Des conditions d’hygiène déplorables

Alors qu’il souffle cette année ses 170 bougies, le prestigieux bazar parisien se trouve aujourd’hui dans un état à peine imaginable : rayons dégarnis, gondoles privées de marchandises, clientèle fantomatique… Sans compter l’état même du bâtiment, qui ne cesse de se dégrader au gré des « mesures d’optimisation de la rentabilité de son exploitation », engagées depuis trois ans par la SGM.

« Nous n’en pouvons plus de subir cette politique commerciale fantaisiste. Notre magasin est devenu un endroit de désolation, avec des conditions d’hygiène inexistantes, pas de climatisation, pas de papier toilette, des locaux envahis de mouches faute de ménage, des ascenseurs et escalators quasiment tous hors service, des clients handicapés contraints d’utiliser les monte-charges pour accéder aux étages Et cela n’est que la face émergée de l’iceberg, là où le titanesque magasin BHV s’est mortellement heurté à la SGM », décrit, amère, une représentante des caissières.

L’heure n’est pas à la résignation

Ces désolants constats étant faits, les salariés et leurs syndicats ont réitéré leurs exigences : « Nous voulons savoir ce qu’on va devenir. On ne peut plus se laisser bercer de promesses jamais tenues, ni s’entendre dire “« ”Faites-nous confiance”. On ne peut plus se permettre de craindre tous les mois de ne pas toucher nos salaires, ni d’attendre notre carte de cantine ou notre mutuelle et voir nos collègues se faire licencier à tour de bras, à raison de 200 à 250 par mois dans des conditions abusives », poursuit une syndicaliste de l’Unsa.

Oui, elle l’assure au micro, toutes les instances compétentes, de l’inspection du travail au procureur de la République, ont été saisies pour ces motifs. La mairie de Paris a été sollicitée en vue d’une rencontre, mais n’a pas encore donné suite. « Pourtant, le BHV, c’est une histoire, une identité, un rayonnement international, et des emplois… Alors, non, on ne va pas se résigner à le voir détruit par des fossoyeurs », annonce un salarié sous les applaudissements de ses collègues, qui ont redoublé de ferveur en entonnant avec lui le célèbre refrain de lutte « On lâche rien ! ».

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