Rien ne va plus au BHV du Marais. Depuis quelques mois, en effet, les problèmes de gestion de l’établissement s’accumulent et font craindre une énième crise majeure, susceptible d’aboutir à la cessation de paiement, voire à la mise en faillite de l’entreprise. Il faut dire que les signes donnés par la direction sont plutôt inquiétants : suspension, depuis plusieurs mois, du reversement de cotisations salariales à l’assureur de la mutuelle d’entreprise, la CMPS ; retards répétés de paiement des tickets resto de plus de 10 jours ; manquement à l’engagement de revaloriser le PERECO (dispositif d’épargne salariale) et manquement au versement des subventions des activités sociales et culturelles depuis le dernier trimestre 2025.
S’agissant de l’activité commerciale de l’entreprise, le tableau est encore plus sombre : tandis que les impayés de fournisseurs s’accumulent depuis des mois, la fréquentation du grand magasin, elle, se raréfie. Simple illustration : le chiffre d’affaires du mois d’août aurait péniblement atteint 600 000 euros, selon l’AFP citée ici par Libération, son plus bas historique jamais enregistré en 170 ans. Quant aux marques de prestige qui faisaient l’attrait et le succès de l’enseigne, elles sont de plus en plus nombreuses à la déserter, soit en raison d’impayés, soit en raison du très controversé partenariat noué avec Shein, le géant asiatique de l’ultra fast-fashion.
Des promesses
On est loin des promesses de relance de l’activité commerciale sans cesse réitérées par les directions successives : celle de Frédéric Merlin qui, via sa société SGM (Société des Grands Magasins), avait racheté la prestigieuse enseigne parisienne en 2023. Et à présent, celle Karl-Stéphane Cottendin, déjà directeur général du magasin depuis avril 2025 et membre de la direction de la SGM qui vient de racheter l’enseigne le 16 juin dernier.
Tout comme Frédéric Merlin, Karl-Philippe Cottendin s’est en effet présenté aux salariés en annonçant à son tour les habituelles promesse de relance et de redressement de l’activité du BHV en commençant par rompre avec Shein puis en recentrant l’activité sur le bricolage et la maison et en renouant avec les grandes marques
Les salariés veulent des engagements fermes
Après avoir vu leurs effectifs fondre de 1194 fin 2023 à 716 aujourd’hui, les salariés du BHV et leurs syndicats n’y croient pas comme l’indique sans équivoque l’intitulé de leur tract d’appel à la grève. « On nous prend pour des jambons » . « Nous n’en pouvons plus. Nous n’acceptons plus d’entendre toujours les mêmes promesses alors que, sur le terrain, la situation ne cesse de se dégrader », indique le communiqué de l’intersyndicale (CGT-CFDT-CFTC, CFECGC, SUD Solidaires) du 8 septembre diffusé aux 700 salariés de la rue de Rivoli pour les inviter à faire entendre leur colère lors de la mobilisation du 11 septembre.
« Nous avons consacré des années au BHV qui a 170 ans. Nous avons fait des efforts, avons été patients, porté l’enseigne, défendu ses magasins mais aujourd’hui, nous avons le sentiment d’être mis plus bas que terre par une direction qui nous fait couler comme le Titanic », indiquent les syndicats qui entendent bien obtenir de vraies réponses à leurs questions et des garanties fermes : « Nous voulons retrouver notre dignité, notre fierté et surtout, notre avenir ». Avis au nouveau patron, Karl-Philippe Cottentin : après « Merlin le désenchanteur », les salariés du BHV ne sont pas près de faire des concessions, ni à se laisser « ré-enchanter » à peu de frais.