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17 %des personnes qui ont sérieusement envisagé le suicide en 2020, l’ont fait depuis la fin du premier confinement

9 novembre 2020 | Mise à jour le 10 novembre 2020
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Alors que la population française entame une nouvelle période de confinement pour lutter contre l'épidémie de Covid-19 une enquête de la fondation Jean-Jaurès réalisée par l'Ifop évalue les conséquences psychologiques du premier confinement, notamment le risque suicidaire encouru par certaines catégories de la population.

En la matière, ce n'est pas tant le confinement qu'il faut craindre que l'après. Il en ira de la crise sanitaire et de ses effets économiques et sociaux comme de la plupart des crises (1929, 2008…). « Il faudra plusieurs mois pour recueillir les données statistiques concernant le nombre de suicides et de tentatives de suicide recensées depuis le mois de mars 2020 et le premier confinement », explique Michel Debout, professeur de médecine légale et membre de l'Observatoire national du suicide.

Michel Debout a dirigé l'enquête pour la fondation Jean-Jaurès et rédigé la note « Suicide : l'autre vague à venir du coronavirus ? », suite aux résultats recueillis par l'Ifop en septembre dans le cadre de l’enquête intitulée « Les Français et le suicide », publiée le 6 novembre,  qui s'est intéressée aux effets du premier confinement (16 mars-15 juin 2020) sur les idées suicidaires.

Le déconfinement accroît le risque suicidaire

Parmi les 20 % de Français qui déclarent en 2020 avoir déjà envisagé sérieusement de se suicider dans leur vie, 17 % disent l'avoir envisagé depuis la fin du confinement. Ils étaient 11 % à y avoir pensé pendant le confinement.

Michel Debout explique que le premier confinement a opéré une forme de protection contre le suicide. Tout d'abord en raison d'une « volonté de survie éliminant en partie les pensées suicidaires pour renforcer les dynamiques de protection ». Ensuite, la deuxième explication est l'élan de solidarité qui s'est alors exprimé comme « chaque fois que le groupe lui-même se sent menacé ». Enfin, « la troisième explication, la plus factuelle », réside dans la difficulté de s'isoler pour passer à l'acte.

Ce résultat devrait « nous faire prendre conscience collectivement que la crise est devant nous », alerte Michel Debout.

Un deuxième confinement plus à risques que le premier

La nouvelle période de confinement, débutée le 29 octobre dernier, qui n'a que peu à voir avec le confinement du printemps, comporte plus de facteurs de fragilisation sociale. « Nous sommes passés de “tous à domicile, sauf exception”, à “tous au travail, sauf exception” », résume-Michel Debout.

Selon lui, d'une part les aspects protecteurs du premier confinement n'existent plus, comme le sentiment de faire groupe ou le besoin de solidarité, d'autre part l'incompréhension s'est installée chez les personnes qui travaillent dans les secteurs économiques qui doivent s'arrêter.

« Certains le vivent très mal, les artisans-commerçants ne comprennent pas pourquoi eux doivent fermer, alors qu'on laisse d'autres lieux de contamination plus évidents comme les grandes surfaces. On risque de créer des animosités entre des groupes de Français, en utilisant également des mots blessants comme lorsqu'on parle de “métiers non essentiels” », estime le professeur de médecine.

Chefs d'entreprise, petits commerçants et chômeurs sont les plus exposés au risque suicidaire

25 % des artisans-commerçants ont ainsi envisagé sérieusement de se suicider, et 27 % des chômeurs et dirigeants d'entreprise. De plus, 16 % des chômeurs ont pris des antidépresseurs au cours des douze derniers mois, contre 10 % de la totalité des Français.

« La santé des chômeurs, c'est aussi l'angle mort de la santé publique en France. On n'en parle presque jamais », explique Michel Debout. « Parmi les nouveaux chômeurs, certains risquent de passer à l'acte, souligne-t-il. Ils perdent un emploi et un projet de vie. Il y a un effet de dévalorisation, d'échec… Ce doit être considéré comme un problème de santé, pas seulement économique. »

Un sujet déjà évoqué au mois de juin 2020 par l'Observatoire national des suicides dans son 4e rapport intitulé : « Suicide : quels liens avec le travail et le chômage ? Penser la prévention et les systèmes d'information. »

Le retard français en matière de prévention

Si les personnes déjà fragilisées sont les premières à être concernées par le risque psychosocial induit par ce deuxième confinement, les personnes qui ne sont pas particulièrement en difficulté peuvent à terme être impactées. En cause : le prolongement de l'incertitude face à la situation sanitaire. Le Conseil scientifique estime dans son dernier avis qu'on pouvait craindre « plusieurs vagues successives durant la fin de l'hiver », mais aussi au printemps prochain.

Michel Debout presse la puissance publique d'intervenir, car « le suicide n'est pas une fatalité » et « la prévention doit se faire pour éviter le risque, pas en attendant le risque ». Un sujet d'autant plus important que « la France n'a pas la culture de la prévention », note-t-il, rappelant qu'en la matière elle se situe au 19rang européen.

Le professeur de médecine prône la création d'un comité composé de psychiatres, de psychologues, de médecins généralistes… qui serait « le pendant » du Conseil scientifique. « Le directeur général de la Santé et le ministre de la Santé sont borgnes », car « ils regardent la crise sanitaire d'un seul œil : l'œil du virus », affirmait Michel Dubout vendredi sur franceinfo.

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