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Coronavirus

Chroniques du coronavirus : des livreurs à vélo menacés et… menaçants

24 mars 2020 | Mise à jour le 24 mars 2020
Par | Photo(s) : Edouard Richard / AFP
Chroniques du coronavirus : des livreurs à vélo menacés et… menaçants

Comment les salariés et les militants syndicaux s'adaptent à cette réalité ? Ceux qui travaillent de chez eux, ceux qui sont tenus de se présenter à leur poste… Chaque jour, la NVO vous raconte le quotidien des travailleurs à l'heure du Covid-19. Aujourd'hui : les livreurs à vélo.

S'autoproclamant services essentiels, les plateformes numériques de livraison de repas à domicile continuent d'opérer. Quitte à mettre la santé de leurs livreurs, et celle de leurs clients, en danger…

Les plateformes numériques profitent d'une autorisation quasi gouvernementale

Mobilisation « pour assurer la sécurité de tous, notamment avec la livraison sans contact », chez Deliveroo, « gratuité des frais de livraison jusqu'au 31 mars » pour Uber Eats, les plateformes de livraison de repas à domicile sont à la fête avec le confinement lié à l'épidémie de Covid-19 et le nécessaire besoin de la population de se nourrir. Du coup, on ne voit pratiquement plus qu'eux : les livreurs qui, boite isotherme sur le dos, sillonnent les rues des villes. À leurs — mais aussi à nos — risques et périls.

« Les plateformes surfent sur cette autorisation presque gouvernementale faisant d'elles des services quasi indispensables », regrette Jérôme Pinot, cofondateur du Collectif des livreurs autonomes parisiens, le CLAP 75, qui défend les droits et les conditions de travail de ces livreurs. « Et beaucoup sont dépités parce qu'ils savent bien ce qu'ils trimbalent et qu'ils ne sont pas essentiels. » Il en veut pour preuve ces commandes passées pour un Kinder Bueno, à 2 euros, des paquets de bonbons, de la glace bio. Essentiels en effet. « Les gars ont juste l'impression d'être sacrifiables. »

La communication outrancière des plateformes

« Il y a une grosse pression des plateformes qui recourent à la communication la plus démago — voire dégueulasse — possible en nous disant qu'ils nous rendent service. Ils se foutent de notre gueule », tempête Stéphane Fustec, conseiller fédéral SAP-CGT ([Commerce et Services]. « Ils ne rendent pas service. Les gens chez qui ils livrent ne sont pas des publics fragiles ni des gens qui ne peuvent se déplacer. Se faire livrer un hamburger ou une pizza, c'est du confort ! Or nous ne sommes plus dans le domaine du confort. »

« Ils essayent de nous faire passer pour des “héros”, nous envoient des mails pour nous dire “Bravo pour votre investissement, votre conscience professionnelle” alors qu'ils savent très bien qu'on le fait parce qu'on n'a pas le choix », témoigne Jérémy Wick, cofondateur du syndicat CGT des coursiers à vélo de Gironde, particulièrement remonté contre cette « livraison sans contact » mise en place par Deliveroo. « C'est totalement inadapté, inefficace et immoral. » Le jeune coursier bordelais en sait quelque chose. Il est en quarantaine « pendant deux semaines avec une forte
suspicion d'avoir le Covid-19 
».

« La semaine dernière j'ai très peu bossé, mais celle d'avant j'ai livré environ 200 personnes », explique-t-il. « Imaginez le nombre de personnes potentiellement affectées si, comme moi, d'autres livreurs sont porteurs sans le savoir. On ne livre pas de la nourriture, on est en train de propager la maladie à vitesse grand V. Cela n'a pas de sens ». Et le jeune syndicaliste de réclamer « l'arrêt du service et une prise en charge minimale par Deliveroo et par l'État ».

Aucune prise en compte sanitaire

Option qui, pour l'instant, ne semble pas à l'ordre du jour de la plateforme. « Ils ne veulent pas arrêter le service pour ne pas obliger les livreurs à ne pas travailler. En gros, si on laisse le service ouvert et que l'on nous permet de contaminer des gens sans le vouloir, c'est dans notre intérêt ! Ce n'est pas possible de répondre cela », déplore Jérémy Wick, faisant part du sentiment « de colère, de dégout, d'incompréhension et d'abandon », qui anime aujourd'hui la majorité de ses collègues. « Malheureusement, on n'a pas attendu le virus pour être dans une situation précaire mais encore une fois, on est les premiers à rendre service et les derniers servis. »

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