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DIALOGUE SOCIAL

Conférence sociale : une relance, mais pour qui ?

21 juillet 2020 | Mise à jour le 21 juillet 2020
Par | Photo(s) : Xosé Bouzas/AFP
Conférence sociale : une relance, mais pour qui ?

Paris, le 14 juillet 2020. Jean Castex, Premier ministre, lors de sa déclaration de politique générale devant l'Assemblée nationale.

Le Premier ministre Jean Castex a annoncé, vendredi 17 juillet, à l'occasion de sa première conférence sociale organisée, le report des réformes de l'assurance-chômage et des retraites. Des pas importants souhaités par toutes les organisations syndicales. Mais il en maintient la perspective. Il a également donné plus de détails sur son plan de relance, d'où la question des salaires et du pouvoir d'achat est absente. Décryptage.

Quelques jours après les rencontres bilatérales organisées la semaine précédente avec les organisations syndicales et patronales, le premier ministre Jean Castex les a reçues le 17 juillet en multilatérale. À l'occasion de cette conférence sociale, il a confirmé et précisé les grandes orientations annoncées par le chef de l'État le 14, et qu'il avait lui-même commencé à décliner lors de son discours de politique générale le 15 à l'Assemblée nationale.

Réformes reportées, mais pas abandonnées

Alors que la pandémie a provoqué un choc économique mondial inédit depuis des décennies, qui en France risque de se traduire non pas seulement par une baisse du PIB, mais surtout par une augmentation dramatique du nombre de privés d'emploi (plus 900 000 sont escomptés d'ici la fin de l'année), que très peu d'entre eux sont sortis du chômage, que la précarité enfle et que quelque 700 000 jeunes doivent arriver en septembre sur le marché du travail, la priorité est officiellement à l'emploi.

Ce qui n'a pas empêché le Premier ministre, lors de sa déclaration à l'Assemblée national, de désigner comme prioritaire la défense de la laïcité qui serait menacée, et le serait notamment par le « communautarisme » et le « séparatisme ».

Dans ce contexte, en tout cas, le Premier ministre n'entend pas renoncer aux réformes de son prédécesseur concernant l'assurance-chômage et les retraites, mais il a accepté d'en repousser l'échéance.

L'ensemble des organisations syndicales réclament l'abrogation de la « réforme » de l'assurance-chômage, laquelle repose notamment sur des conditions d'accès plus restrictives pour les demandeurs d'emploi et sur la dégressivité des droits. Le Premier ministre a accepté de suspendre l'application de ses deux volets, le premier qui était entré en application en novembre 2019, et le second qui avait été repoussé d'avril à septembre de cette année.

Jours d'après : la lutte a commencé

Mais il ne les suspend que jusqu'en janvier 2021, comme si la situation de l'emploi devait être bien meilleure à cette date et comme si la situation des privés d'emploi n'était pas pour sa part aussi dramatique dans six mois qu'aujourd'hui. Après ce premier pas, la mobilisation des travailleurs – actifs ou non – va donc de nouveau s'avérer indispensable, comme le souligne la CGT.

Même démarche concernant la « réforme » des retraites, dont Édouard Philippe avait fait adopter le principe à l'Assemblée en usant du 49.3. L'ensemble des organisations syndicales, tant celles qui souhaitent l'amélioration de notre système solidaire (CGT, FSU, CFE-CGC, SUD, ainsi que des organisations étudiantes et lycéennes), que celles qui promeuvent un système à points (comme la CFDT), avaient réclamé pour le moins le report du débat à son sujet et de sa mise en œuvre.

C'est ce qu'a accepté le Premier ministre. Mais là encore, il ne s'agit que d'un report et non d'un abandon, et il entend séparer la concertation sur le fond de la « réforme » de celle sur son financement et ses paramètres. Il a même déjà prévenu que, selon la perspective gouvernementale, il faudrait « travailler plus ». Une antienne qui renvoie ici au nombre de trimestres travaillés ouvrant droit à retraite, mais qui fait aussi écho au temps de travail hebdomadaire que le patronat voudrait allonger en s'appuyant, notamment, sur les accords dits de « performance collective ».

Plan de relance au bénéfice des entreprises

Jean Castex a également listé l'ensemble des dossiers qui devraient être traités dans les prochaines semaines : l'emploi des jeunes ; la santé au travail ; le télétravail ; le partage de la valeur ajoutée ; la situation des travailleurs des plateformes et des travailleurs détachés ; le traitement de la dépendance…

Il a annoncé un plan de relance de cent milliards d'euros dont, après l'aide à l'activité partielle, 40 milliards seraient consacrés à l'industrie et à la transformation de l'appareil productif, 20 aux urgences climatiques (rénovation thermique des bâtiments, transports sans pour autant prévoir la réouverture des gares et lignes de la SNCF fermées…) et 1,5 million d’euros à la formation.

Il n'entend de ce point de vue imposer aucune contrepartie aux entreprises et se contente de les inviter à la modération quant au versement des dividendes aux actionnaires. Pourtant, les milliards d'aides publiques déjà versées aux entreprises n'ont pas empêché ces dernières semaines les annonces de plans de licenciement, qu'il s'agisse de l'aéronautique, de l'automobile, de la pharmacie, de la téléphonie…

Jours d'après : la lutte a commencé

Le plan pour l'emploi des jeunes s'inscrit dans la même veine, celle de la « baisse du coût du travail » si chère au Medef. Ainsi, Jean Castex prévoit une aide de 4 000 euros par an pour l'embauche d'une jeune de moins de 25 ans, pour un salaire jusqu'à 1,6 fois le Smic, et ce, quels que soient la taille de l'entreprise et les bénéfices qu'elle réalise.

Un effet d'aubaine donc et, en même temps, un encouragement aux bas salaires. Il a également annoncé 300 000 « parcours » d'insertion, 100 000 nouveaux postes en service civique (payés moins de 600 euros mensuels) et 200 000 places en formation. Les jeunes de moins de 25 ans, eux, n'ont toujours pas accès en revanche au RSA.

Le gouvernement Castex ne veut en outre pas entendre parler de révision de la fiscalité (qu'il s'agisse de nouvelle tranche d'imposition, d'imposition des hauts revenus, de réduction de la TVA, de report de la suppression de la taxe d'habitation pour les plus riches…). Bref, de solidarité nationale.

Quant aux salaires, il n'est pas question de leur augmentation, qu'il s'agisse du Smic ou des « premiers de corvée ». Une question qui touche pourtant à la fois à la justice sociale et à l'efficacité économique, la relance supposant la consommation.

À l'issue de cette conférence sociale, les organisations syndicales ont donc encore beaucoup de grain à moudre. Les mobilisations qui se poursuivent dans les entreprises et les services publics expriment les exigences des travailleurs en matière d'emploi, de salaires, de reconnaissance, d'organisation et de temps de travail. Une autre vision de leur rôle dans l'entreprise et dans la société que celle de variables d'ajustement en temps de crise.