25 mars 2026 | Mise à jour le 25 mars 2026
Dans la troisième édition de son baromètre annuel sur l'accès au soin en France, publié le 17 mars dernier, l'institut de sondage Ipsos fait le constat d'une dégradation inédite du système de santé français. Alors que plus de trois Français sur quatre ont renoncé à un examen médical ces cinq dernières années, la CGT organise une journée d'étude ce jeudi 26 mars, pour évoquer des solutions à mettre en place de toute urgence.
Faute de temps, d'argent, ou parce qu'ils n'ont pas de service de santé à proximité, 73% des Français ont signalé avoir renoncé à prendre au moins un rendez-vous médical au cours des cinq dernières années. C'est le constat alarmant qu'a livré l'institut de sondage Ipsos, dans son troisième baromètre annuel sur l'accès aux soins en France, publié le 17 mars 2026. Une situation catastrophique pour la septième puissance économique mondiale, et qui ne fait qu'empirer depuis quelques années : en trois ans, le taux de renoncement à un rendez-vous médical a augmenté de dix points.
Disparités
Un renoncement qui ne touche pas toute la population de la même façon, puisque ce sont les jeunes générations qui sont les plus susceptibles de ne pas prendre rendez-vous. En 2026, le renoncement aux soins atteignait ainsi 85 % des moins de 35 ans.
Pour Delphine Girard, de la fédération CGT santé et action sociale, ce renoncement généralisé aux soins s'explique à la fois « par l'augmentation du nombre de déserts médicaux, même en milieu urbain pour certaines spécialités » et par « un problème d'accessibilité, notamment pour certains spécialistes où il faut avancer des coûts, et d'autres où les soins sont moins bien remboursés qu'auparavant ». Un constat corroboré par le baromètre Ipsos, selon lequel parmi les Français ayant refusé un rendez-vous médical, 38% l'ont fait pour des raisons d'éloignement avec le service de soins le plus proche, et 40% pour des questions de budget.
Mais la cause principale de ce non recours aux soins reste avant tout les délais d'attente, qui n'ont fait que s'allonger ces dernières années. Certaines spécialités sont d'ailleurs plus concernées que d'autres.
Si le temps d'attente pour avoir un rendez-vous avec un généraliste a triplé en 7 ans, et qu'il a plus que doublé pour les dermatologues, ces données cachent aussi des inégalités territoriales. À l'exception de l'Île-de-France, qui tire très légèrement son épingle du jeu en la matière, les nombreux déserts médicaux en régions allongent sensiblement ces délais d'attente. Parmi les exemples les plus frappants, il faut plus de six mois pour obtenir un rendez-vous avec un dermatologue en Normandie, cinq mois pour voir un psychiatre dans les Hauts-de-France, ou encore plus de trois mois pour un rendez-vous gynécologique en Bourgogne-Franche-Comté.
Une journée d'étude sur le 100% sécu
À l'initiative de la fédération CGT des organismes sociaux, une journée d'étude est organisée au siège de la CGT à Montreuil, ce jeudi 26 mars. Pour Delphine Girard, c'est l'occasion de parler de possibles pistes d'amélioration face à cette situation délétère et de réaffirmer certaines revendications portées de longue date par le syndicat, notamment le « 100% sécu ». « C'est un système que l'on défend depuis longtemps, et qui permettrait de financer un grand service public de santé et d'action sociale », affirme la syndicaliste. Un moyen pour elle de financer le développement de centres de santé « avec des équipes pluridisciplinaires et un tiers-payant qui garantit un accès aux soins pour tous ». Il s'agit là d'une priorité que de développer ce maillage territorial avec des centres de santé qui doivent devenir, selon Delphine Girard, « le premier recours d'accès aux soins en France ».
Pour financer un tel projet, la CGT réclame la fin des exonérations de cotisations, « qui n'ont pas démontré leur efficacité pour stimuler les embauches », d'après Delphine Girard, un constat d’ailleurs partagé par certains économistes. Delphine Girard rappelle aussi la nécessité d'une politique de plein emploi et d'augmentation des salaires qui permettrait mécaniquement de renflouer les caisses de la Sécurité sociale par une augmentation des cotisations. « Et la Sécu reste moins coûteuse que les assurances, avec 5% de frais de gestion contre 20% pour les organismes privés », précise-t-elle.
Un problème de santé systémique
Pour Delphine Girard, la situation globale en France s'explique par des décennies de sous-investissement dans le système de santé : « Dans les années 2000, nous avions le meilleur système de santé au monde, et aujourd'hui on est classés entre la 25e et la 30e place selon les spécialités. Ce n'est pas anodin », déclare-t-elle. Pour la syndicaliste, c'est le développement d'un système de santé lucratif et privé qui a été favorisé par les réformes successives. « Toutes les attaques qu’on vit aujourd’hui, que ce soit au niveau des urgences, de la psychiatrie ou des maternités, montrent qu’il va falloir créer une mobilisation large, au-delà des personnels de santé, pour pouvoir développer une politique qui réponde aux besoins. Il y a besoin de former du personnel, toutes catégories confondues, mais il est aussi nécessaire d’ouvrir les structures nécessaires. Et là, pour le coup, il n’y a aucune annonce qui est faite dans ce sens-là », regrette-elle.