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EMPLOI

Marché du travail : Le plein-emploi, quoi qu’il en coûte ?

14 octobre 2022 | Mise à jour le 14 octobre 2022
Par et | Photo(s) : Bruno Levy/Divergence
Marché du travail : Le plein-emploi, quoi qu’il en coûte ?

Mur de petites annonces chez Yookan, tiers-lieu dédié à l'emploi, Centre commercial Rosny 2

Plus de cinq millions de chômeurs, trois cent mille emplois disponibles. Conclusion du président de la République : le modèle social français est trop généreux et n'incite pas assez à la reprise d'un travail, pénalisant l'activité des entreprises et la croissance. Sa solution : développer l'emploi par tous les moyens, l'essentiel étant de « remettre les gens au travail » et de soumettre les institutions au service du patronat.
Assurance chômage : nouvelle contre-réforme en vue Le coup d'envoi a été donné le 7 septembre 2022 en Conseil des ministres. Le projet de loi visant à réviser les règles d'assurance chômage sera débattu en octobre. Fort des « tensions » sur le marché de l'emploi, l'exécutif entend serrer la vis aux demandeurs d'emploi et ce alors que seulement un sur trois est indemnisé par le régime d'assurance chômage. Dans un premier temps, les très controversées règles actuelles , mises en place entre novembre 2019 et décembre 2021 et qui arrivent à échéance au 31 octobre 2022 seront prolongées d'un an. Celles -ci pénalisent pourtant fortement des dizaines milliers de demandeurs d'emploi, alternant période de travail et de chômage. Par la suite, l'exécutif entend moduler l'indemnisation des demandeurs d'emploi en fonction de la situation sur le marché du travail, comme cela se pratique déjà au Canada. Sur le principe, il s'agirait de rendre les droits à l'assurance chômage moins protecteurs quand un grand nombre d'emplois ne sont pas pourvus et plus protecteurs quand il y a moins d'emplois à pourvoir. Un projet salué comme par le Medef, l'organisation patronale souhaitant une réduction de la durée d'indemnisation en raison des difficultés de recrutement rencontrées par les entreprises. « Cette proposition avait été faite par le patronat en 2014(..) Cette idée est un scandale car elle repose sur le mensonge selon lequel les allocations chômage constitueraient un frein à l'emploi », dénonce Denis Gravouil négociateur CGT sur l'assurance chômage. Chez les syndicats, le projet fait d'ailleurs l'unanimité…contre lui. « La priorité de la rentrée sociale n'est pas la baisse des droits au chômage (…), écrivent les organisations réunies en intersyndicale (CFDT-CGT-FO-CFE-CGC-CFTC-Unsa-Solidaires-FSU-Unef-Voix Lycéenne-Fage-FIDL-MNL). Si, les employeurs peinent à recruter c'est d'abord parce qu'ils ne trouvent pas les qualifications et les compétences qu'ils recherchent » . Selon le ministre du Travail Olivier Dussopt, les discussions autour de la nouvelle convention feront l'objet d'une concertation et non d'une négociation entre syndicats de salariés et représentants du patronat. De quoi laisser par la suite les coudées franches à l'Etat pour définir une fois de plus, seul, par décret les nouvelles règles d'indemnisation. Le Medef se frotte les mains…E.E

Ce dossier a été publié dans l’édition d’octobre 2022 de la Vie Ouvrière Ensemble

« Réformes » de l'assurance-chômage, du revenu de solidarité active (RSA), des retraites, refonte de Pôle emploi ou de l'enseignement professionnel. Depuis la rentrée, Emmanuel Macron fait feu de tout bois, quitte à escamoter les règles du dialogue social. L'objectif dit et répété est d'atteindre le plein-emploi, d'ici à 2027. Seulement, pour l'heure, aucune piste concrète visant à développer l'emploi n'est avancée par l'exécutif, alors que plus de cinq millions de personnes sont au chômage. La première pierre de l'édifice gouvernemental a été posée. Il s'agit du prolongement, jusqu'au 31 décembre 2023, de la convention d'assurance-chômage entrée en vigueur il y a un an. Laquelle a eu pour effet de réduire davantage les droits des plus précaires en portant le nombre de mois nécessaires pour être indemnisé de quatre à six. « Le relèvement du seuil a entraîné l'exclusion d'entrée de 450 000 personnes, avec une surreprésentation des jeunes, de 30 %, et des femmes », précise Denis Gravouil, négociateur CGT à l'Unédic. Comme si cela ne suffisait pas, Olivier Dussopt, ministre du Travail, laisse entendre que le seuil d'indemnisation pourrait être à nouveau relevé et propose de moduler les indemnités en fonction de la conjoncture économique. « Injuste » et « simpliste » ont aussitôt réagi les syndicats (lire encadré).

Fermer le robinet

Pour cet économiste de l'Insee qui a requis l'anonymat, la mesure contreviendrait au principe d'égalité de traitement : « Deux salariés ayant travaillé la même durée, pour un même salaire, auront un niveau d'indemnisation différent selon la conjoncture globale au moment de leur inscription. Cette disposition cache en réalité une volonté de diminuer les droits à l'indemnisation. » Réfutant l'idée que les chômeurs seraient responsables de près ou de loin de la santé économique du pays, Brigitte Meyer, déléguée syndicale centrale CGT à Pôle emploi, s'agace : « On ne peut pas laisser dire que les demandeurs d'emploi restent au chômage par choix, c'est faux ! Le gouvernement veut fermer le robinet pour que les gens se retrouvent sans ressources et obligés de prendre tout et n'importe quoi. » Alors qu'une récente étude de la Dares, le service des statistiques du ministère du travail, attribue aux bas salaires et aux mauvaises conditions de travail les difficultés à recruter des entreprises, Pôle emploi a été prié de constituer à l'échelle de chaque région des viviers de chômeurs « immédiatement employables » dans divers secteurs : le transport ; l'hôtellerie-restauration ; la santé et l'action sociale. Baptisé « Tensions 2022 », le plan prévoit un système de contrôle pouvant aller jusqu'à la radiation des demandeurs d'emploi qui montreraient de la mauvaise volonté à occuper des postes qu'ils seraient « en capacité d'exercer » (lire aussi : Pôle emploi sous tension). Quel rôle sera amené à jouer Pôle emploi au sein de France Travail, l'entité au sein de laquelle le gouvernement veut regrouper les acteurs de l'insertion (missions locales, collectivités locales…) ? Réponse en 2024. Mais les agents s'inquiètent déjà d'un nouvel appauvrissement de leurs missions et d'une « réforme » à venir de la formation professionnelle tournée vers la satisfaction des besoins immédiats des employeurs. Au motif (jamais démontré) qu'un régime trop protecteur n'incite pas au retour à l'emploi, les allocataires du RSA vont devoir, eux aussi, montrer qu'ils ne profitent pas indûment de la solidarité nationale. Pour cela, le président a fait les fonds de tiroirs de la droite dure, en proposant de conditionner le versement de l'allocation (598 euros par mois pour une personne seule) à quinze à vingt heures hebdomadaires « d'activités d'engagement au service de l'intérêt général ». Dix départements se sont portés volontaires pour expérimenter le dispositif, avant sa généralisation en 2024. Parmi eux, l'Ardèche. « Un territoire particulièrement marqué par la précarité, relève Pierre Garnodier, du comité national CGT des travailleurs privés d'emploi et précaires. Beaucoup de personnes sont employées dans le tourisme. Or, qui dit tourisme, dit saisonniers, et une saison ne dure que deux à trois mois. Ce qui ne permet pas d'ouvrir des droits à l'assurance-chômage. Le président du conseil départemental veut faire voter un CDD de dix heures par semaine pour les bénéficiaires du RSA. En cas de refus, la prestation pourrait leur être retirée. Est-ce que tout cela est légal ? On en doute… » Alors que de plus en plus de voix évoquent la possibilité d'un amendement sur les retraites glissé dans le futur projet de loi de finances de la Sécurité sociale, tout semble concourir à ce que la protection sociale devienne un instrument au service du patronat.

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Fausse candeur gouvernementale

Début septembre, Olivier Véran, le porte-parole du gouvernement, affirmait qu'il manquait un million d'emplois pour atteindre le plein-emploi. Précisant, faussement candide, que tous ne seraient pas forcément des emplois qualifiés. « Pour Matignon, un emploi d'une heure est un emploi. À la CGT, nous avons une autre vision du plein-emploi : des emplois de qualité, bien rémunérés, respectueux de l'environnement, de la santé et de la sécurité des salariés », détaille Denis Gravouil. Pour Jean-Marie Pillon, enseignant à l'université Paris-Dauphine, la référence majeure de l'Élysée serait l'Allemagne. « Depuis 2008, le pays fait pâlir d'envie tous les gouvernements de gauche ou de droite avec un taux de chômage autour de 5 %. Sauf que, pour y parvenir, Berlin a fait le choix de déréguler le travail précaire, avec la multiplication des mini-jobs. Les travailleurs pauvres ont remplacé les chômeurs pauvres. » Quelle sera la dynamique de secteurs comme la logistique, la livraison à domicile, la nouvelle domesticité (dog sitter – garde de chien –, etc.), pourvoyeurs d'emplois précaires, peu ou pas qualifiés ? Alors que la France affiche un taux de chômage officiel à 7,4 % sur fond de précarité galopante, l'exemple allemand est là pour montrer que l'explosion du travail précaire a eu pour effet de tirer l'ensemble des salaires vers le bas… Et de modérer les revendications des salariés !

Les lycées professionnels en ligne de mire

Les privés d'emploi à un bout de la chaîne, les jeunes à l'autre bout. Lançant le chantier de la « réforme » des lycées professionnels, le chef de l'État a dit vouloir les « réarrimer » au monde du travail en s'inspirant de l'apprentissage. Pour cela, il envisage : d'augmenter de 50 % les temps de stages afin de permettre aux élèves de « mieux acquérir un certain nombre de codes » ; de fermer les formations jugées insuffisamment « insérantes » ; de « planifier les besoins de compétences en les territorialisant ». « Les élèves n'ont pas besoin de plus d'entreprise, mais de plus de bases scolaires », ont rétorqué les syndicats. Rappelant trois chiffres : le taux d'accès au bac pro en lycée professionnel est de 68 % contre 41 % pour l'apprentissage ; le taux de décrochage quatre fois moins élevé ; et si l'apprentissage affiche un taux d'emploi plus élevé deux ans après la sortie d'études, il le doit aux pré-embauches au moment du contrat d'apprentissage. J.P.J