Se connecter à son compte :
?
Où trouver mes identifiants ? J'ai oublié mon mot de passe
Récupérer son mot de passe :
Je me connecte
cgt.fr
À venir
Votre identifiant correspond à l'email que vous avez renseigné lors de l'abonnement. Vous avez besoin d'aide ? Contactez-nous au 01.49.88.68.50 ou par email en cliquant ici.
HAUT
Réforme des retraites

En Essonne, l'intersyndicale au taquet contre la réforme des retraites

12 décembre 2019 | Mise à jour le 14 décembre 2019
Par
En Essonne, l'intersyndicale au taquet contre la réforme des retraites

Déterminée à faire du 17 décembre une manifestation d'ampleur inédite, l'intersyndicale CGT-FO-Solidaires-FSU-Unef-UNL de l'Essonne va multiplier les actions locales sur le département. Avec pour objectif le retrait du projet gouvernemental de réforme des retraites et pour stratégie de gagner de nouveaux grévistes, notamment dans le privé.

L'assemblée générale organisée par l'intersyndicale l'intersyndicale CGT-FO-Solidaires-FSU-Unef-UNL ce 11 décembre à Évry, dans l'Essonne, est révélatrice de l'état d'esprit qui règne autour de la réforme des retraites. Fait rare, les interventions, limitées à deux minutes, sont d'emblée tournées vers l'action. Ou plus précisément les actions à mener sur le département d'ici le 17 décembre avec pour objectif unitaire d'en faire une mobilisation « jamais vue dans le département ».

Débattre avec toutes les professions du privé et du public, décrypter le projet gouvernemental, formuler des propositions précises et les mettre également en débat, mobiliser dans tous les secteurs à la fois pour le 17 décembre et sur la durée… telles sont les questions abordées ce mardi.

Partout, la contestation unitaire s'amplifie

Cette mobilisation est en fait déjà bien entamée, constatent les militants présents, de tous horizons professionnels, pour qui « il se passe quelque chose d'historique », avec une détermination, partout palpable, à faire reculer le gouvernement.

Exemple dans les CPAM de l'Essonne où 53 % des personnels, dont 10 % de cadres, étaient en grève le 5 décembre. Du jamais vu. C'est aussi ce que constate Benoit, enseignant à l'université d'Évry, où des étudiants très mobilisés mènent des opérations de blocage.

« La mobilisation est intense, mais inégale. Après les AG, nous faisons le tour des amphis pour inciter à débrayer et à rejoindre la manifestation. Et surtout, expliquer et faire connaître les propositions syndicales », pour ouvrir des perspectives.

Benoît préconise par ailleurs des actions interprofessionnelles pour permettre aux collègues des différents établissements de se rencontrer et de découvrir l'état de la mobilisation dans l'établissement voisin ou sur le département.

« Les mobilisations sont historiques dans la santé », confirme également une professionnelle du secteur sans même mentionner son appartenance syndicale. Et d'ajouter qu'à la mobilisation des urgentistes vient désormais s'ajouter celle des internes, en grève depuis le 10 décembre, qu'elle appelle à soutenir.

À la fois parce qu'ils portent les revendications importantes de tout l'hôpital, et parce que, dit-elle, ils « peuvent bloquer de façon importante le fonctionnement des services hospitaliers ».

Débattre, décrypter, gagner à la mobilisation

« L'objectif du gouvernement, c'est de nous diviser, entre secteurs public et privé, entre régimes spéciaux, entre générations. Nous ne devons pas tomber dans ce piège. Pour que l'opinion, qui est majoritairement favorable à la mobilisation, continue de l'être, il faut aussi que l'on continue d'expliquer, de décrypter cette réforme comme nous l'avons fait avant la manifestation du 5 décembre », avance un enseignant du secondaire.

David (FO) complète : « Et puis, pour bloquer le gouvernement, il va falloir élargir le champ de la discussion, davantage l'orienter vers les propositions que nous portons parce qu'on ne peut pas simplement dire qu'on exige le retrait de la réforme sans donner des perspectives ».

Mêmes constats pour ce qui concerne l'Éducation nationale. Des intervenants demandent du reste que l'intersyndicale organise des tournées d'établissements scolaires pour rencontrer les enseignants et décrypter avec eux les annonces du Premier ministre.

« L'enjeu, c'est de bien expliquer le fond de cette réforme et les mesures énoncées à celles et ceux qui ne sont pas encore mobilisés. Il s'agit aussi de les convaincre de nous rejoindre à la manifestation de mardi », commente un participant.

Le travail en direction du privé est lui aussi à l'ordre du jour. Plusieurs intervenants proposent ainsi d'organiser des AG intersyndicales dans toutes les entreprises où les organisations syndicales comptent des délégués pour aider les salariés à se mobiliser, à débrayer.

Ils préconisent de mener des actions en priorité dans les centres commerciaux, proposition validée par l'intersyndicale. Un calendrier d'opérations contre la retraite à points est ainsi décidé collectivement, qui sera déployé chaque jour, du 11 au 17 décembre, sur l'ensemble du département.

Dans la même veine, l'UL CGT de Corbeil propose de constituer une délégation de militants qui ferait le tour des entreprises pour aider les délégués syndicaux à organiser des débrayages de salariés.

« Si on arrive à bloquer la France le 17 décembre, on a des chances de gagner la bataille », assure un des militants de l'UL. Et pour renforcer la visibilité du caractère unitaire du mouvement, il propose aussi « des ballons départementaux uniques, sans étiquette syndicale, pour afficher le poids de l'unité intersyndicale lors des manifestations. »

Nombreux sont ceux qui appellent à renforcer les actions interprofessionnelles. Claude (Sud) se dit favorable à des actions locales avec occupation de sites stratégiques. Il ajoute « La discussion, c'est bien, mais à présent, il va aussi falloir montrer les crocs, on va avoir besoin de palettes et pour ça, il nous faut des bras et du nombre ».

Face à la répression

Mais mobiliser suppose aussi d'être conscient des risques de répression et de s'en prémunir collectivement.

Très présents à cette AG, plusieurs étudiants, qui dénoncent la précarité et une réforme qui la pérennise à l'issue des années professionnelles, soulignent aussi l'accentuation de la répression policière, notamment contre la jeunesse mobilisée dans les facs et les lycées.

Dernière illustration en date, un fait survenu la veille et que rappelle un jeune enseignant : « à Brest, des CRS sont entrés dans une université où ils ont matraqué des étudiants au sein même de la bibliothèque, au mépris d'une tradition séculaire qui veut que la police n'entre jamais dans un établissement sans l'autorisation du directeur ».

Et de rappeler que la semaine précédente, des lycéens de Massy avaient été la cible de tirs de flashball alors qu'ils tentaient d'occuper leur établissement.

D'où cet engagement unitaire pris par l'AG : être désormais tous solidaires de la jeunesse, profs, parents, militants de tous bords, et agir unitairement contre tout risque de violence policière.

Emploi et salaires se réinvitent dans la bataille

Au-delà des retraites, d'autres revendications s'invitent dans le débat.

Anne, de Pôle Emploi (Solidaires), rappelle que la bataille pour la défense d'un système solidaire de retraite passe par celle de l'emploi. De fait, c'est l'emploi — donc les salaires et les cotisations — qui permet son financement.

Et d'autre part le niveau de salaire détermine le niveau de pension de chacun. « La nouvelle convention chômage est catastrophique, et le pire est à venir en avril, alors organisons des mobilisations dans les pôles emploi, avec nos collègues, mais aussi avec les précaires et privés d'emploi », dit-elle.

Abondant en ce sens, un jeune conseiller du salarié insiste sur la nécessité de resituer la question de l'emploi au cœur des revendications pour les retraites. Alors que les salariés en particulier du département sont confrontés, dit-il, à une déferlante sans précédent de licenciements, avec « des emplois détruits qui ne seront pas recréés » il invite l'intersyndicale à défendre, en même temps que les retraites, les salaires et le statut du travailleur.

La question s'avère aussi importante pour les enseignants. Yannick (CGT Éducation) ironise alors sur les « préannonces » du gouvernement à l'adresse de l'éducation nationale.

« Le seul point positif, c'est qu'ils ont enfin reconnu que nous étions mal payés, alors maintenant, il va falloir qu'ils payent et 300 ou 400 euros annuels ne nous feront pas cesser le mouvement », dit-il. Et le jeune prof ajoute sous un tonnerre d'applaudissements qu'il en a « marre d'appartenir à une génération qui ne mène que des combats défensifs » et voudrait porter des revendications victorieuses.