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ÉLECTIONS US

La fin de quatre ans de présidence Trump

9 novembre 2020 | Mise à jour le 10 novembre 2020
Par | Photo(s) : Sergio Flores / AFP
La fin de quatre ans de présidence Trump

Des supporters de Joe Biden, fraîchement élu à la présidence des États-Unis, se rassemblent à Austin, près du Capitole du Texas, pour célébrer la victoire de leur candidat, le 7 novembre.

Joe Biden a remporté l'élection présidentielle contre Donald Trump et sera le 46président des États-Unis. Dans un pays profondément divisé, marqué par le refus du droit de Donald Trump et les violences racistes, les travailleurs et leurs syndicats attendent un vrai changement.

Élu samedi 7 novembre, Joe Biden, candidat démocrate à l'élection présidentielle, deviendra le 20 janvier prochain le 46président des États-Unis, tandis que sa colistière, Kamala Harris succèdera à Mike Pence comme vice-présidente. Les résultats de la Pennsylvanie ont ainsi mis un terme à l'incertitude. Après quatre années de pouvoir, Donald Trump refuse toujours de reconnaître sa défaite et annonce des recours juridiques.

Un pays divisé

Le futur nouveau président a promis de faire de la lutte contre l'épidémie, de la relance économique et du retour des États-Unis dans l'accord de Paris sur le climat ses priorités.

Il sait cependant que, jusqu'à janvier, Donald Trump conserve le pouvoir exécutif, que le Sénat a de fortes chances de rester à majorité républicaine – décidée à enrayer sa politique – et que la Cour suprême est devenue conservatrice.

Il sait aussi que le pays, au sortir de quatre années de pouvoir « trumpien », est profondément divisé. Donald Trump, avec son slogan protectionniste « America First » continue de bénéficier du soutien inconditionnel d'un partie de la population, notamment au sein de la population « blanche », parmi les classes moyennes rurales ou du sud du pays précarisées par les conséquences de la mondialisation libérale, inquiètes quant à un risque de déclassement, qui voient dans l'immigration un danger existentiel, et dont une partie est armée et demeure galvanisée par l'Église évangéliste.

Quatre ans de trumpisme

C'est d'abord à quatre ans de présidence de Donald Trump que les électeurs de Joe Biden ont voulu mettre un terme.

Quatre ans de politique où les tweets du milliardaire faisaient office de communiqués, le machisme le disputant là à la trivialité. Quatre ans aussi de politique antisociale avec la tentative – inaboutie – d'abrogation de l'Obamacare, en 2017, ou encore la plus grande baisse d'impôts depuis trente-et-un ans, la solidarité nationale n'étant pas au programme.

Donald Trump, c'est aussi la guerre commerciale déclarée contre la Chine, la volonté de construire un mur à la frontière mexicaine, la « tolérance zéro » à l'encontre des migrants passant notamment par la séparation des enfants de leurs parents lorsque les familles traversaient la frontière – ce à quoi il devra renoncer en 2018 – et l'impunité d'une police accusée de violences racistes, parfois mortelles.

Sur la scène diplomatique, la politique de Donald Trump s'est aussi caractérisée par la violation du droit international, qu'il s'agisse du retrait des États-Unis d'accords pourtant signés (accord de Paris sur le climat, accord nucléaire international avec l'Iran…) ou du soutien inconditionnel à la politique illégale d'occupation, de colonisation et d'annexion du gouvernement israélien.

Les priorités officielles de Joe Biden

Dans ce contexte, l'équipe de Joe Biden et Kamala Harris a annoncé être déjà au travail. Le futur locataire de la Maison-Blanche devait mettre sur pied ce lundi 9 novembre une « task force » composée de scientifiques et d’experts pour établir un plan d'action contre l'épidémie qui a fait aux États-Unis plus de 236 000 morts pour 9,8 millions de cas. Il a également déclaré vouloir annuler la procédure de retrait des États-Unis de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) lancée par Donald Trump en juillet.

Sur le plan économique, Joe Biden souhaite engager un plan de relance de la production de 700 milliards de dollars, qu'il compte en partie financer en augmentant les impôts des plus riches et des grosses entreprises, et en doublant la taxe sur les bénéfices réalisés à l'étranger. Pour lui, les recettes fiscales doivent également permettre d'investir dans des programmes sociaux, dans l'éducation et dans la modernisation des infrastructures.

Le futur président, qui souhaite faire revenir les États-Unis dans l'accord de Paris, a annoncé aussi que les États-Unis investiraient massivement dans les énergies renouvelables, avec l'ambition de parvenir à 100 % d'énergie propre et à la neutralité carbone aux États-Unis en 2050.

Autre chantier : la réforme de l'immigration. Joe Biden a ainsi promis d'annuler « dès le premier jour » de son mandat le décret migratoire de Donald Trump interdisant l'entrée sur le territoire américain aux ressortissants de plusieurs pays, en majorité musulmans. Il veut aussi obtenir du Congrès le vote d'une loi contre les crimes racistes.

Syndicats : entre satisfaction et exigences

À l'issue du scrutin et alors que l'élection de Joe Biden était quasiment acquise, Richard Trumka, président de l'AFL-CIO (Fédération américaine du travail), rappelait que « ce fut une élection sans précédent, venue au cours d'une année sans précédent. Une année de colère, de chagrin et de troubles civils. Une année de pertes insondables. Pertes d'emplois et de sécurité économique. Pertes de la vie », durant laquelle les syndicats n'ont cessé d'agir, convaincus qu'« un jour meilleur » était à leur portée.

Selon les premiers éléments d'une enquête post-électorale, les membres du syndicat ont voté à 58 % pour Joe Biden et Kamala Harris, a-t-il annoncé. « Nous avons attendu quatre ans pour cette élection – quatre très longues années », a-t-il insisté, dénonçant la « déclaration prématurée de victoire » de Donald Trump comme « honteuse », et plaidant pour le respect de la démocratie.

Pour Richard Trumka, les quatre années qui s'ouvriront en janvier prochain doivent donner la priorité à la protection des droits des travailleurs, comme « le droit de négociation collective », des « salaires équitables », « la sécurité au travail » ou encore le droit à « la retraite en toute sécurité ».

Le 7 novembre, il se félicitait : « La démocratie prévaut. La victoire de Joe Biden et Kamala Harris à cette élection libre et juste est une victoire pour le mouvement ouvrier américain. Partout et de toutes les manières, les travailleurs luttent héroïquement et avec résilience contre cette pandémie, ses retombées économiques, les inégalités chroniques de revenus et le racisme systémique. »

Et ajoutait : « L'AFL-CIO se tient maintenant prête à aider le président et la vice-présidente élus à mettre en œuvre un premier ordre du jour » en faveur « des travailleurs, attendu depuis longtemps », avec en premier lieu l'adoption d'une loi permettant de « fournir à nos familles et communautés un soutien et des services d'urgence face à ce virus mortel », mais aussi une loi sur « la protection du droit d'organisation […] pour nous assurer que chaque travailleur qui souhaite former un syndicat ou y adhérer puisse le faire librement ».

De son côté, Mary Kay Henry présidente de la SEIU (Union internationale des employés de service) déclarait ce 7 novembre : « Les travailleurs essentiels ont fait la différence dans cette élection, leurs revendications de justice raciale et économique doivent être la priorité numéro un pour l'administration entrante, le Congrès […] Les travailleurs ont remporté cette élection. Des travailleurs essentiels, des communautés noires et brunes et une forte majorité d'électeurs ont vaincu de manière puissante et décisive la division et la haine de Donald Trump. Nous avons choisi une Amérique résiliente et inclusive. Nous avons choisi – avec le plus grand nombre de votes pour un billet présidentiel – Joe Biden et Kamala Harris. »

Et d'ajouter : « En votant en nombre record, les travailleurs essentiels – noirs, latinos, asiatiques et insulaires du Pacifique, blancs – ont remporté cette victoire historique. Nous voulons tous la même chose, peu importe notre race ou notre pays d'origine : un avenir meilleur pour nos familles. » Rappelant que « les travailleurs essentiels ont risqué leur vie pour faire fonctionner notre pays, lutter contre une pandémie, protéger notre démocratie et amener leurs communautés à voter en nombre record », Mary Kay Henry a souligné que « le message essentiel des travailleurs est clair : respectez-nous, protégez-nous, payez-nous. »

Elle a précisé : « Nous nous battrons pour un salaire minimum fédéral de 15 dollars de l'heure afin que tous les travailleurs puissent subvenir aux besoins de nos familles. Nous lutterons pour avoir la possibilité d'adhérer à un syndicat, peu importe où nous travaillons, pour négocier de meilleurs emplois et bâtir des communautés plus fortes. Nous voulons une économie des soins repensée et un plan rationnel pour faire face à la pandémie. Nous lutterons pour une justice raciale ancrée dans nos communautés, un chemin vers la citoyenneté pour nos voisins immigrants, des soins de santé pour tous et une action immédiate contre le changement climatique. […] Nous serons dans les rues, organiserons nos communautés et marcherons ensemble pour continuer le combat pour que notre économie et notre démocratie fonctionnent pour tous, sans exception. »

Une page se tourne avec la défaite de Donald Trump. Mais l'essentiel reste à construire.

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