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SNCF

La réforme SNCF : casse d'un service public et de l’aménagement du territoire

18 juillet 2019 | Mise à jour le 11 juillet 2019
Par | Photo(s) : Bapoushoo
La réforme SNCF : casse d'un service public et de l’aménagement du territoire

Manifestation des cheminots un an après les mobilisations et grèves de 2018. Paris, le 4 juin 2019

Un an après leur longue grève contre le pacte ferroviaire du gouvernement, les cheminots manifestaient à nouveau, le 4 juin, à l'appel du front syndical unitaire CGT-CFDT-Sud-Unsa, pour dénoncer la casse d'un service public essentiel. 
Dans les territoires, des élus, des comités citoyens, des gilets jaunes défendent aussi leurs lignes, leurs gares, leurs guichets.

Au printemps 2018, leur mobilisation avait marqué les esprits. Après les luttes sociales contre les ordonnances Macron de l'automne, les cheminots, en s'opposant à la réforme ferroviaire durant 36 jours de grève répartis sur trois mois, étaient apparus comme l'un des derniers remparts au projet libéral du gouvernement. Alors que leur ténacité n'a pas réussi à empêcher l'ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de passagers, les scénarios catastrophe qu'ils craignaient se réalisent peu à peu.

Un réseau qui se réduit 
comme une peau de chagrin

Fermetures de petites lignes, suppressions de dessertes, fermetures de guichets… Il ne se passe pas une semaine sans que la presse quotidienne régionale relate les épisodes de la grande saga du déclin du train dans les territoires. L'un des plus emblématiques de la période est certainement celui de la suspension du train de marchandises Perpignan­- Rungis, prévue le 15 juillet prochain. « La décision d'arrêter cette ligne – déjà passée de quatre trains par jour à un seul aujourd'hui depuis l'ouverture à la concurrence en 2006 – vient du fait qu'il fallait renouveler les caisses des wagons réfrigérés, explique Sébastien Mourgues, contrôleur de train et secrétaire fédéral des cheminots CGT de Montpellier. Or, ni le chargeur, ni le Fret SNCF ne veulent procéder aux investissements nécessaires. »

Une situation d'autant plus regrettable que Fret SNCF aurait pu investir si « le chargeur » avait accepté de s'engager dans une relation commerciale à long terme, sauf que cet engagement relèverait du service public et non plus du marché. « Notre comité de vigilance avait alerté, il y a quelques mois, et nous sommes devenus un sujet phare durant la campagne européenne mais, depuis, on est le bec dans l'eau, dénonce le syndicaliste, car malgré les engagements de la ministre de prolonger le train, il n'y a rien de concret, c'est le chargeur qui décide du mode de transport qu'il va utiliser. » Et d'ironiser : « Voilà la démonstration du dynamisme de la libéralisation du secteur : le transport global par fret ferroviaire a été divisé par deux au profit du transport routier, une aberration écologique. »

Disparition de services et de guichet au nom de la rationnalité markéting

Autre disparition programmée, le 14 décembre prochain, celle de l'auto-train qui permet de faire acheminer sa voiture par le rail et de la retrouver à l'arrivée. « L'auto-train n'est plus le meilleur moyen de satisfaire la clientèle de ce marché de niche : il faudrait atteindre un taux de remplissage de l'ordre de 85 % tout en menant simultanément une forte hausse tarifaire pour justifier la pertinence d'un train. Or, deux tiers des clients actuels considèrent déjà le ­service cher alors qu'il est très déficitaire », explique une note de la SNCF.

La logique comptable d'entre­prise prévaut sur les considérations écologiques ou d'utilité publique. Quand ce n'est pas la démarche marketing qui impose la fermeture de billetteries rentables, aussi bien en plein cœur de la capitale que dans des gares de province.

« À Alençon, il est question de réduire l'ouverture des guichets en semaine et de les fermer les samedis et dimanches », s'étrangle Philippe Denolle, président du collectif de défense des axes ferroviaires du sud Normandie et ancien cheminot.

Petites batailles, grande lutte ?

Alors que le droit à la mobilité est une revendication majeure du mouvement social des gilets jaunes, alors que la loi LOM – sur l'orientation des mobilités, en cours de discussion au Parlement actuellement – doit préciser les grandes orientations publiques sur ce registre, alors que l'exigence écologique devient de plus en plus pressante dans l'opinion publique, la défense d'un service public ferroviaire n'est-elle pas justifiée ?

Les multiples cortèges et appels à rejoindre la mobilisation nationale et unitaire des cheminots, le 4 juin, sont-ils le signe d'une convergence des luttes ? Bien sûr, il s'agissait de peser sur les négociations internes à la SNCF où, alors qu'un nouveau cadre social va remplacer le statut des cheminots, le climat social se dégrade au point que certains syndicats évoquent le parallèle funeste avec feu France Télécom. Bien sûr, il s'agissait de mettre la pression sur le gouvernement qui complète dans le même temps la réforme à coups d'ordonnances et de décrets.

Mais la diversité des composantes de la manifestation a révélé une exigence sociale et sociétale bien plus large que celle de la logique corporatiste à laquelle voudrait la réduire l'UTP, le patronat de la branche avec lequel les négociations sur la convention collective nationale (CCN) sont bloquées tant les visions s'opposent sur les exigences professionnelles et sociales à définir pour le secteur.

Des mobilisations chez les cheminots et dans toute la population, sur tout le territoire

En marge de la manifestation du 4 juin, plusieurs rassemblements avaient eu lieu comme celle qui s'était tenue devant le siège de l'UTP, rue d'Anjou­, où les organisations syndicales de la restauration ferroviaire, soutenues par les cheminots, réclamaient le rattachement de leur secteur à cette branche, et non à celle de la restauration de collectivités, expliquant que leur « activité est adossée à celle des trains ».

En parallèle, plusieurs comités citoyens, dont le collectif de défense des axes ferroviaires sud-Normandie (voir reportage p. 28) et SOS gares, s'étaient donné rendez-vous devant le siège de la SNCF, en Seine-Saint-Denis, pour remettre la pétition nationale lancée avec le réseau Convergence­ nationale rail – qui rassemble plusieurs associations, collectifs d'usagers, etc. – pour y déposer leur pétition « Non à la déshumanisation des gares et des trains », laquelle a recueilli près de 20 000 signatures.

« On demande à la SNCF qu'elle remette du personnel cheminot dans les gares, dans les trains, on s'oppose à la fermeture des guichets, à la suppression de lignes », résume Jean-Louis Dalibert, président de SOS gares. Depuis septembre 2018, après la mise en place du pacte ferroviaire, en juin de la même année, environ 900 postes commerciaux ont été supprimés dans les gares. Le 8 juin 2019, c'était au tour des gilets jaunes ariégeois de se mobiliser avec plusieurs syndicats et politiques en gare de Latour-de-Carol (Pyrénées­-Orientales), pour dénoncer la menace qui plane sur la liaison avec Ax-les-Thermes (Ariège), comme un nouvel exemple de poches de résistances citoyennes pour la défense de petites lignes qui font le maillage territorial complémentaire aux axes TGV.

Cheminots et usagers endurent désormais au quotidien la transformation de la SNCF. Parviendront-ils­ à faire de la défense de leurs multiples causes légitimes une grande cause nationale de nature à remettre au cœur du pacte républicain un service public ferroviaire pour tous ?