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Réforme des retraites

La réforme, vue d'Italie

18 janvier 2023 | Mise à jour le 18 janvier 2023
Par | Photo(s) : DR
La réforme, vue d'Italie

Le représentant de la Confédération générale italienne du travail (CGIL) affiche sa solidarité avec la mobilisation du 19 janvier. Il fait le parallèle avec la loi Fornero de 2011 qui a accru la pauvreté chez les retraités.Interview.

 

En quoi le projet de réforme des retraites d'Elisabeth Borne est-il « un signal pour toute l'Europe », comme vous l'écrivez dans une lettre de soutien adressée le 13 janvier dernier ?

L'Italie a connu une réforme similaire à celle proposée par votre gouvernement. C'était en 2011, avec la loi Fornero. Depuis, les travailleurs.se.s en payent les conséquences. Ce qui guide les pouvoirs libéraux, ce n'est ni le bien-être des personnes, ni la justice sociale, ni la solidarité du système, ce sont uniquement des considérations budgétaires et comptables. Les révisions annoncées de la loi Fornero par les gouvernements de Mario Draghi et Giorgia Meloni n'ont jamais eu lieu. C'est ce qui a poussé les salarié.e.s à la grève générale, en décembre dernier, avec le soutien, entre autres, de le CGIL et de l'UIL [Union italienne du travail, ndlr].

Comment expliquer l'obstination des pouvoirs en place à poursuivre les politiques d'austérité ?

Par leur incapacité à lire la réalité du monde du travail d'aujourd'hui. Il y a, en Italie, au moins trois éléments capitaux. Le premier est la précarité : nous ne sommes plus dans un marché du travail régi par le CDI, où des travailleur.se.s peuvent commencer et terminer leur carrière au même endroit. Le deuxième touche aux inégalités de genre : les femmes sont parmi les plus représentées chez les travailleurs pauvres. Le troisième, enfin, est lié à l'avenir du système et à la solidarité : les jeunes n'entrent jamais en ligne de compte dans les réformes qui sont menées. Or, les projections montrent un véritable désastre à venir, avec le développement de générations de pauvres qui, du fait des niveaux de pensions, ne pourront même pas subvenir à leurs besoins essentiels.

Le système italien se présente comme un mix de régime par répartition et de comptes notionnels…

Oui. L'Italie a l'un des âges de départ parmi les plus élevés en Europe, à 67 ans, et, en parallèle, un taux de chômage et de précarité également très hauts. Les trois réunis font que le système est profondément injuste. La pauvreté a fortement augmenté ces dernières années, notamment chez les retraités. Le gouvernement de Giorgia Meloni dit vouloir tout remettre à plat, des négociations sont prévues dans les prochains mois. On ne sait rien, à l'heure actuelle, de ses intentions, sinon pénaliser celles et ceux qui voudraient partir plus tôt. Toutes les pistes que nous avons avancées, sur l'âge de départ, la durée de cotisation, les inégalités femmes-hommes ou la solidarité entre les générations, ont jusqu'à présent été ignorées.

Ces propositions sont-elles partagées par tous les syndicats ?

Il y a des nuances, mais la plupart des propositions sont conjointes. J'espère que nous présenterons le même front uni que vos organisations le moment venu. Je crois au succès demain. Cette réforme promet de faire très mal aux futures générations de retraités. Nos camarades de la CGIL seront présents dans toutes les villes où il y aura des manifestations, pour lancer un message clair, non seulement à la France mais aussi à l'Europe, pour dire que le temps n'est plus à l'austérité, mais à un changement de cap, pour des politiques plus justes, plus solidaires, un dialogue social renouvelé, porteur de progrès.