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mobilisation

L'agronome Jonathan Dubrulle décrypte la crise agricole

1 février 2024 | Mise à jour le 1 février 2024
Par | Photo(s) : © Clement Martin
L'agronome Jonathan Dubrulle décrypte la crise agricole

25 janvier 2024, des agriculteurs en colère bloquent l'autoroute A 19 en Bourgogne.

Depuis le 18 janvier, le monde agricole exprime sa colère face à la baisse des revenus, à la concurrence des traités de libre échange et à l'accumulation de normes administratives. Alors que la FNSEA demande l’arrêt des blocages suite aux annonces du gouvernement, l’ingénieur agronome Jonathan Dubrulle décrypte pour nous ce mouvement social d’ampleur avec lequel la CGT a appelé à créer des convergences.

Dans l'entretien qu'il nous a accordé, Jonathan Dubrulle, doctorant à Agro Paris Tech met en lumière la structuration de ce mouvement hétéroclite « qui ne parle pas d'une seule voix » avec ses différences syndicales, entre un bloc d'agriculteurs affiliés à la FNSEA (syndicat majoritaire) et à la Coordination rurale, regroupement porteur d'un discours globalement sceptique vis-à-vis de la règlementation environnementale, et un ensemble de petits paysans non syndiqués ou adhérents aux syndicats de la Confédération paysanne et au Modef (Mouvement de défense des exploitants familiaux) – deux syndicats dont la CGT s'est rapprochée – d'avantage positionnés sur une logique transformatrice du modèle agricole.

L'ingénieur explique les mécanismes structurels qui ont conduit à un affaiblissement du revenu agricole disponible des exploitants, au cœur des récriminations de ce mouvement social. Il met notamment en cause le modèle agricole qui a obligé les agriculteurs à d'importants investissements techniques, avec le soutien d'aides publiques qui aujourd'hui composent l'essentiel du revenu des agriculteurs. Une situation de dépendance qui ne permet pas aux agriculteurs de vivre du fruit de leur travail et « exacerbe les colères », observe Jonathan Dubrulle. Il montre le rôle joué par le démantèlement des mécanismes d'intervention sur les prix qui a entraîné une érosion du prix payé aux producteurs, avec un partage de la valeur « très inégalitaire » entre les agriculteurs, mal rémunérés, et des acteurs de l'agro-industrie et de la distribution qui s'assurent des marges importantes. « Cette question du revenu doit aussi se traduire par une remise en cause des modalités de partage de la valeur pour aller vers des pratiques agro-écologiques qui puissent concilier juste rémunération du producteur et environnement », estime-t-il.

Solidaire du mouvement, la CGT considère elle-aussi que « le défi environnemental exige de revoir en profondeur le modèle agricole ». L'organisation a appelé le 25 janvier ses adhérents « à créer les conditions permettant de faire converger les revendications des salarié·es, des travailleuses et des travailleurs agricoles et des agricultrices et des agriculteurs » qui manifestent et organisent partout en France des blocages pour exprimer leur colère.