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AUSTÉRITÉ

Le 13 octobre, la CES a inauguré sa campagne anti-austérité à Paris

16 octobre 2023 | Mise à jour le 16 octobre 2023
Par | Photo(s) : Bapoushoo
Le 13 octobre, la CES a inauguré sa campagne anti-austérité à Paris

Les principaux dirigeants syndicaux européens lors du meeting contre l'austérité du 13 octobre, au siège de FO à Paris

En amont de la manifestation parisienne du 13 octobre, les syndicats de tous pays étaient réunis en conférence de presse / meeting au siège de Force Ouvrière, à Paris, pour donner la tonalité de cette première mobilisation organisée par la confédération européenne des syndicats (CES), qui a annoncé des suites à venir dans les prochains mois.

« Les 45 millions de travailleurs européens que nous représentons et moi-même, sommes très fiers d'être ici à Paris, pour ouvrir la première étape d'un cycle de mobilisations que la CES impulsera partout en Europe dans les mois à venir », a tout d'abord précisé Esther Lynch, la secrétaire générale de la CES. Et d'énoncer les trois principales revendications qui seront portées à compter de ce vendredi 13 octobre : refus de l'austérité, exigence d'augmenter les salaires et réalisation concrète de la parité femmes-hommes dans toutes les entreprises de tous secteurs professionnels. « Dans aucun État-membre, les travailleurs ne toléreront que l'Europe soit de nouveau soumise à un régime d'austérité, avec la réactivation prévue en 2024 du pacte de stabilité et de croissance, avec des règles d'ajustements budgétaires encore plus strictes qui sont synonymes de moins d'emplois, de salaires plus bas et d'un sous-financement encore plus important des services publics », a fait valoir Esther Lynch.

A quatre jours de la réunion des ministres de l'économie des 27 pays membres sur ce sujet – réunion qui se tiendra à Bruxelles le 17 octobre – la leader de la CES a assuré qu'il « n'était pas trop tard pour changer le cours des choses ». D'où son appel à suspendre, pendant un an, le pacte de stabilité et de croissance européen, afin d'engager un débat sur les alternatives possibles. En ligne de mire, la règle des 3 % de déficit budgétaire qui contraint chaque Etat dont le déficit dépasse ce seuil, à réduire ses dépenses budgétaires de 0,5 % de son PIB par an. Ajustement qui, en France par exemple, reviendrait à pulvériser 13,2 milliards d'euros par an, soit les salaires de 370 000 infirmières ou d'un demi-million d'enseignants.

Réajuster le traité de Maastricht

Pensé et souscrit au siècle dernier, à une époque où il n'y avait ni digitalisation de l'économie, ni transition écologique à mener et à financer, ce traité détermine l'austérité budgétaire. Et ce, en dépit de l'inflation post-pandémie Covid qui continue d'enflammer les prix, en particulier de l'alimentaire et de l'énergie, a rappelé Marie-Hélène SKA (CSC Belgique) qui demande une  réévaluation de la politique budgétaire européenne permettant d'investir et de financer une transition juste et des services publics de qualité. « Nous manquons de bras dans la petite enfance, l'enseignement, les soins de santé. Nous manquons de conducteurs de trains, d'agents pénitentiaires… Si on veut garder tout le monde à bord face aux transitions qui nous attendent, les États doivent pouvoir s'endetter dans une certaine mesure », a-t-elle fait valoir.

Dans ce droit fil, Pepe Alvares de l'UGT espagnole a rappelé les effets positifs, pour la reprise économique et l'emploi, enregistrés dans son pays au sortir de la pandémie de 2020 : « la suspension du Pacte de stabilité et de croissance a permis de protéger les emplois, de soutenir une reprise économique post pandémie plus rapide, contrairement aux politiques d'austérité qui, elles, fracassent l'Union européenne et ses travailleurs ».

L'austérité est un choix politique qui conduit inéluctablement à la pauvreté des travailleurs

Ce refus de poursuivre la politique d'austérité budgétaire infligée par les traités de Maastricht fait l'unanimité parmi les syndicats d'Europe. Et c'est la présidente du comité des femmes de la CES, Gloria Mills, qui l'a martelé avec force : « L'austérité est un choix politique qui conduit inéluctablement à la pauvreté des travailleurs », a-t-elle soutenu.

Position corroborée par la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet qui a insisté sur l'exigence commune d'une renégociation du Pacte de stabilité européen, pour qu'il ne rime plus avec l'austérité budgétaire dont les conséquences très concrètes pour les travailleurs sont désormais bien connues de tous : « c'est au nom de cette austérité qu'Emmanuel Macron nous a imposé sa réforme des retraites qui ne se justifie que par l'argument de remettre les comptes publics à l'équilibre, selon les critères de Bruxelles ». Une austérité désormais contestée par l'ensemble des catégories salariales, comme en témoignent, en France, les grèves en cours dans les transports, la santé, la culture, l'éducation, le commerce, etc. Et de souligner cette première grève historique chez le géant mondial du conseil, Accenture, menée par des ingénieurs et cadres qui réclament des revalorisations de salaire. « Avec la CES, nous exigeons une renégociation du Pacte européen de stabilité ; une revalorisation de tous les salaires car contrairement à ce qu'explique le président Macron, il n'y a pas de boucle prix-salaires, mais il existe en revanche une boucle prix-profits et nos amis de Belgique, où s'applique l'échelle mobile des salaires, pourront démontrer que l'indexation des salaires sur l'inflation a permis de protéger les travailleurs, de réduire le chômage tout en générant une croissance économique supérieure à celle de la France », a-t-elle souligné.

Conditionner les aides publiques aux entreprises

Outre la revalorisation immédiate des salaires, la CES revendique une révision totale des mécanismes d'aides aux entreprises. Avec pour exigence de les conditionner à des résultats concrets en termes de création-préservation des emplois. Comme  l'a observé Sophie Binet pour la France, ces aides captent 200 milliards d'euros par an, soit 1/3 du budget de l'Etat, sans contrepartie et sans aucune exigence de résultat. Une aberration dénoncée par l'ensemble des syndicats qui font le constat partagé d'un détournement de l'aide publique au seul profit des actionnaires et au détriment des travailleurs, de leur protection sociale  (les cotisations sont de plus en plus transférées au capital) et de leurs services publics en voie de paupérisation généralisée. « L'austérité du Pacte européen, nous la vivons, et pas que cette année. La dernière réforme des retraites en France en est une des conséquences. Notre protection sociale collective et nos services publics ont été, et restent, les premières variables d'ajustement. L'hôpital public en est l'exemple. Or, quand il n'y a plus de services publics, nous les travailleurs, nous n'avons plus rien », a assené le secrétaire général de F.O., Frédéric Souillot, en conclusion de ce grand meeting.