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Covid-19

Le variant Omicron affole la planète et relance le débat sur la levée des brevets

29 novembre 2021 | Mise à jour le 30 novembre 2021
Par | Photo(s) : Ted Aljibe / AFP
Le variant Omicron affole la planète et relance le débat sur la levée des brevets

L’irruption d’Omicron, le deuxième variant sud-africain, provoque un nouveau séisme planétaire. Et relance le débat sur la levée des brevets qui devait être au centre des discussions de la conférence ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce, à Genève.

Jamais depuis Delta nouveau variant du Covid n'avait provoqué autant d'inquiétude et de décisions drastiques dans le monde. En quelques heures, le spectre d'une nouvelle paralysie du trafic aérien s'est imposé et les bourses ont dévissé.
Les scientifiques en sont convaincus : l'émergence d'Omicron est imputable à une faible couverture vaccinale. Seulement 24,1 % des Sud-Africains sont en effet vaccinés. Et les jeunes seraient parmi les plus touchés par le nouveau variant. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies juge « élevée la probabilité de nouvelles arrivées et contaminations [par Omicron, ndlr] » en Europe. « Dans une situation où le variant Delta fait son retour dans l’Union européenne et l’Espace économique européen, l’impact de l’introduction et la possible propagation d’Omicron pourrait être très élevé », prédit l'agence.

« Un risque d'apartheid vaccinal »

Si le pire n’est jamais écrit, on est bien aujourd’hui dans une situation annoncée et redoutée depuis des mois. C’est-à-dire, celle d’une pandémie face à laquelle les pays les plus riches accaparent les vaccins au détriment du sud de la planète, et préservent jalousement les intérêts colossaux des grands laboratoires. « Nous sommes dans une impasse en tant que continent », alertait, mi-avril, le directeur pour l’Afrique des Centres de contrôle et de prévention des maladies (Africa CDC). Tandis qu'un expert en maladies infectieuses basé en Afrique du Sud évoque « un risque d'apartheid vaccinal ». Cette impasse dans laquelle les pays les plus riches cantonnent le sud, et singulièrement le continent africain, est donc en train de nous exploser à la figure avec ce nouveau variant.

L’exemple brésilien « Le levée des brevets permettrait non seulement de faire baisser les prix des vaccins, mais également de renforcer les technologies vaccinales à l'échelle mondiale », estimait en septembre, sur le site de l'Inserm, Maurice Cassier, sociologue au Cermes3 (Centre de recherche médecine, sciences, santé, santé mentale et société). Avant d’ajouter que « des précédents en attestent : en 2007, le Brésil a procédé à la levée des brevets de l'éfavirenz, un antirétroviral contre le VIH. Des industriels brésiliens ont pu fabriquer le médicament et les prix ont alors baissé de 54 % ».

La levée des brevets s'impose

Le 5 mai 2021, Joe Biden, fraîchement élu, s’était fait remarquer en annonçant qu'il était favorable à la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid, donnant ainsi raison à la mobilisation internationale et à l'initiative citoyenne européenne #pasdeprofitsurlapandémie relayée en France, notamment, par la CGT. Cette pétition a déjà obtenu qu'une résolution soit adoptée, le 27 janvier 2021, sur les vaccins contre le Covid-19 au Conseil de l’Europe. Lequel appelle à faire des vaccins contre le Covid-19 un bien public mondial. La levée des brevets est demandée à l’Organisation mondiale du commerce par l’Inde et, justement, l’Afrique du Sud, depuis octobre 2020. Cette dernière s’était alors heurtée à l’opposition de la fédération américaine des laboratoires, PhRMA, qui voyait dans cette levée des brevets un risque « d'affaiblir davantage les chaînes d’approvisionnement déjà tendues et favoriser la prolifération des vaccins contrefaits ». Et elle se heurte aussi à l'opposition de certains pays producteurs de ces vaccins ou hébergeant de grandes firmes pharmaceutiques, comme l'Allemagne. Les industriels craignent que cela freine les investisseurs privés. Or, les grands laboratoires ont bénéficié de contributions publiques d'une ampleur inédite pour développer ces vaccins : un partage des droits d'exploitation serait donc légitime.

Des ONG attaquent en justice les pays réticents

Le débat sur la levée des brevets n'est pas nouveau, mais il est désormais d'urgence, car le Sud doit continuer de se contenter du dispositif Covax mis en place par l’Organisation mondiale de la santé, et dont les millions de doses annoncées ne sont rien au regard des besoins. Face aux blocages, des ONG telles que Oxfam, Amnesty International et Médecins sans frontières ont annoncé jeudi 25 novembre 2021 vouloir intenter une action en justice contre l'Allemagne et d'autres pays accusés de bloquer les négociations sur la levée des brevets des vaccins anti-Covid.

Rappelons qu'il y a vingt ans, en pleine pandémie, la même question s'était déjà posée pour faire face à l'épidémie de VIH. Sous la pression, l'OMC avait mis en place un dispositif qui donnait la possibilité à un gouvernement de « casser » un brevet sans l’accord de son détenteur pour permettre la production de médicaments génériques abordables. Cette fois, les regards sont de nouveau braqués vers l’Organisation mondiale du commerce et sa 12e conférence ministérielle qui devait se tenir du 30 novembre au 3 décembre, à Genève. Hélas, cette conférence ministérielle qui aurait dû se tenir au Kazakhstan, en juin 2020, et qui avait été reportée en raison de la pandémie, a de nouveau été reportée à la dernière minute, vendredi 26 novembre, pour cause de 5e vague. La directrice générale de l’organisation, Ngozi Okonjo-Iweala a cependant précisé que « cela ne veut pas dire que les négociations doivent s’arrêter. Au contraire, les délégations à Genève doivent être pleinement habilitées à combler le plus de lacunes possible. Ce nouveau variant nous rappelle une fois de plus l’urgence du travail qui nous est confié. »