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ÉLECTIONS

Les municipales, en sept enjeux sociaux (épisode 1) : à Saint-Étienne, reconstruire les services publics après Perdriau

19 février 2026 | Mise à jour le 19 février 2026
Par | Photo(s) : Chabe01via Wikimedia Creative Commons
Les municipales, en sept enjeux sociaux (épisode 1) : à Saint-Étienne, reconstruire les services publics après Perdriau

Hôtel de Ville de Saint-Etienne.

Une ville, une problématique. Avant les municipales 2026, NVO.fr met en lumière l'état des communs dans nos territoires. Premier épisode : à Saint-Étienne, bastion ouvrier, qui affiche un taux de pauvreté élevé, les services publics et l'emploi territorial ont été mis à mal sous les deux mandats du maire de droite Gaël Perdriau. Bilan d'un maire finalement poussé à la démission puis envoyé en prison après le scandale du chantage à la sextape.

L'initiative est de circonstance, à trois semaines du premier tour des municipales. Le mercredi 25 février 2026, l'Union Locale CGT de Saint-Etienne organise une émission Twitch sur la reconstruction d'un service public de qualité, en mauvaise posture après l'ère Perdriau. C'est dire combien les services publics et son corollaire, l'emploi des agents territoriaux, sont un enjeu majeur des élections locales dans une ville marquée par le chantage à la sextape qui a envoyé le maire LR Gaël Perdriau en prison depuis le 7 janvier 2026. Un mois après qu'il a mis fin à son mandat.Le scandale, qui a abouti à la condamnation de l'édile à cinq ans de prison et cinq ans d'inéligibilité pour chantage, association de malfaiteurs et détournement de fonds publics, a contribué à désorganiser un peu plus les services de la ville et de la métropole. Un traumatisme qui sonne comme le point d'orgue de « douze ans de casse organisée », selon Mickaël Chambas, secrétaire général de la CGT métropole Saint-Etienne.

L'emploi territorial précarisé

« Depuis 2014 (date de son premier mandat, NDLR), on a vu défiler huit directeurs généraux des services en deux mandats, du jamais vu », illustre Sylvain Valla, ex-secrétaire général CGT des territoriaux de Saint-Etienne. Lequel qualifie les actions menées de « mise en œuvre dogmatique d'une politique de droite dure, où les services publics sont considérés comme une valeur marchande, au service non pas des habitants mais de la popularité du maire ».Suivant cette logique, le nombre d'agents employés par la collectivité a suivi une courbe descendante, passant de 3901 en 2021 à 3255 en 2024 et 2972 en 2025. Dans le même temps, l'emploi s'est précarisé, en particulier dans la petite enfance, le nombre de contractuels et de CDD a augmenté pour dépasser le millier d'agents. « Les contractuels sont devenus une variable d'ajustement », commente encore Sylvain Valla. « À​​​​​​​ la collecte des déchets, les remplacements se font à la semaine, des employés cumulent les CDD », ajoute Mickaël Chambas qui rappelle la grève de treize jours des éboueurs en avril 2025 pour protester contre une réorganisation de la collecte qui se traduisait par moins de passages et des poubelles qui débordaient.

Des structures publiques fermées

Les conséquences très concrètes de ces politiques d'austérité, qui mettent à mal l'emploi public, pilier de l'économie locale, sur la qualité des services sont ainsi nombreuses. « Une crèche, une résidence autonomie, une école de voile municipales fermées ; La brigade environnement de proximité chargée de lutter contre les décharges sauvages et de sensibiliser à la propreté a été supprimée », égrène Sylvain Valla qui observe : la gestion de Perdriau a été ultra-violente. « On n'a pas pris soin de cette ville. Le bâti des médiathèques, des écoles est dans un état déplorable. Au train où vont les choses, il faudrait attendre sept mandats pour que toutes les écoles soient rénovées. En attendant, les phénomènes de contournement de la carte scolaire et de ségrégation se sont accentués. La politique menée sur le périscolaire est pénalisante et plusieurs structures d'éducation populaire ont fermé  », dénonce Fanny Vincent, co-porte-parole de Sainté Populaire, un mouvement municipaliste qui entend peser sur la politique et l'orienter à gauche, dans une ville populaire traditionnellement ancrée au centre-droit. Militant lui aussi au sein de Sainté populaire, Lucas W. constate que « des associations et des amicales laïques qui dans les quartiers pallient l'absence de services publics, sont en grande difficulté du fait de la baisse des subventions, notamment sur le périscolaire. Dans le quartier où j'ai grandi, le centre social a fermé, des jeunes se retrouvent sans activités ».Et ce, alors que ce bastion ouvrier connaît un taux de pauvreté de 28%, nettement plus élevé que ses voisines Lyon ou Grenoble. « La situation socioéconomique des habitants de Saint-Étienne peut être qualifiée de modeste : en 2021, le revenu médian des ménages s'élève à 21 980 euros dans l'aire d'attraction et à 19 010 euros dans la commune, ce qui est en deçà du revenu médian de villes comme Le Havre ou Reims », rappelle les coauteurs – Vincent Béal, Nicolas Cauchi-Duval, Georges Gay, Christelle Morel Journel et Valérie Sala Pala – de Sociologie de Saint-Etienne (Que sais-je). Reste à voir si l'affaire Perdriau ouvrira la voie à l'alternance politique.