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DÉPENDANCE

L’intersyndicale de l'aide aux personnes âgées demande des créations de postes «en urgence»

9 avril 2019 | Mise à jour le 10 avril 2019
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Reçue le 4 avril par la conseillère Solidarités et santé de l'Élysée – une semaine après le rendu du rapport relatif au « grand âge » et à l'« autonomie » – l'intersyndicale du secteur a remis 35 000 cartes-pétitions et 800 motions signées et réclamé la création « en urgence » de 40 000 postes en 2019.

Jeudi 4 avril, Mme Fontanel, conseillère Solidarités et santé auprès du président de la République, a reçu une délégation de l'intersyndicale et l'AD-PA qui représentent le personnel et les directions des établissements et des services de l'aide aux personnes âgées. Un rendez-vous qu'elle a pris la précaution de qualifier de « rencontre informelle », la ministre des Solidarités et de la Santé, Mme Buzyn, étant en charge du dossier. Au moment même où le sujet est à l'agenda du gouvernement, l'Élysée se devait aussi de tenter de déminer le terrain avec les syndicats.

L'impatience gagne l'intersyndicale du secteur de l'aide aux personnes âgées

Le 28 mars, M. Libault a remis à la ministre de la Santé, Mme Buzyn, son rapport issu de la « vaste concertation nationale Grand âge-autonomie », dont les 175 propositions devraient servir à l'élaboration de la loi sur la prise en charge de la perte d'autonomie annoncée pour l'automne. Or, depuis plus d'un an et le début de mouvements sociaux très suivis dans le secteur – notamment les EHPAD qui hébergent les personnes âgées dépendantes – pour dénoncer la « maltraitance institutionnelle » des personnes âgées et réclamer des moyens, l'intersyndicale (CFDT, CFE-CGC, CFTC, CGT, Fédération autonome, FO, FSU, Solidaires, Ufas, Unsa) et l'AD-PA (directeurs d'établissements) attendent toujours d'être reçues par Emmanuel Macron.

L'Élysée a même éconduit les syndicalistes le 21 février dernier quand ils se sont présentés pour remettre les 35 000 cartes-pétitions et 800 motions récoltées auprès de leurs adhérents, collègues et soutiens (familles, membres de conseil d'administration…). C'est chose faite depuis le 4 avril dernier, mais l'intersyndicale, qui « constate l'absence de réponses concrètes de l'État aux revendications », s'impatiente. Conditions de travail déplorables qui engendrent accidents du travail (le double du secteur bâtiments-travaux publics), maladies professionnelles ou encore burn-out, sous-effectifs, salaires en deçà du Smic du fait des temps partiels imposés… « Pour nos collègues, rien n'a changé sur le terrain » depuis un an, constatent les syndicalistes.

L'intersyndicale de l'aide aux personnes âgées demande 40 000 postes «en urgence»

Échaudées par l'expérience du Plan solidarité grand âge (PSGA) de 2006 qui n'a jamais été mené à son terme (prévu pour 2012) les organisations syndicales et l'AD-PA refusent que l'État fasse, une fois de plus, « lanterner » le secteur. Sans attendre la prochaine loi et sa mise en œuvre, l'intersyndicale et l'AD-PA demandent donc la création « en urgence » de 40 000 postes dès 2019 (la moitié dans les établissements et la moitié dans les services à la personne), ce qui correspond à l'ouverture de deux nouveaux postes par structure et coûterait 1,5 milliard d'euros à l'État.

Pour ce faire, elle propose que la négociation s'engage avec Mme Buzyn et que des annonces soient faites en ce sens avant l'été. Certes, l'idée, lancée par l'AD-PA, n'emballe pas toutes les organisations syndicales. Son niveau d'exigence se situe en deçà de la revendication commune « d'un agent pour une personne âgée » en établissement, soit la création de 200 000 postes toutes professions confondues, et il est loin de pouvoir satisfaire les besoins immédiats des salariés sur le terrain. Néanmoins, si le gouvernement répondait positivement, les organisations y verraient un signe fort. Celui de son engagement et de son exemplarité vis-à-vis d'un secteur qui compte également beaucoup d'établissement privés.

L'intersyndicale tente-t-elle de mettre un coup de pression sur l'exécutif ? Pour l'instant, elle n'a pas encore dit si elle appellerait à de nouvelles grèves au cas où la ministre leur adresserait une fin de non-recevoir.

Les propositions du rapport Libault ne répondent pas aux besoins du secteur de l'aide aux personnes âgées

De son côté, le rapport Libault prévoit la création de 80 000 postes d'encadrement (c'est-à-dire en lien direct avec les personnes âgées, hors administration, cuisines, etc.) entre 2020 et 2024, soit seulement 16 000 postes par an dans les seuls EHPAD et rien en 2019. Un comble : alors que le ratio prévu au terme du PSGA était de 0,8 professionnel équivalent temps plein (ETP) par résident, M. Libault n'ambitionne qu'un ratio de 0,75 ETP d'ici à 2024.

Autrement dit, «douze ans après le PSGA, on ne serait pas à ce qui avait été promis pour 2012 », s'indigne l'AD-PA. Malika Belarbi alerte quant à elle pour la CGT sur le fait que « non seulement 70% des propositions de M. Libault concernent l'aide à domicile et le “bien vivre” – y compris en sollicitant les aidants, qu'il prévoit de salarier à hauteur d'une cinquantaine d'euros par jour – mais concernant les effectifs salariés, rien ne permet de dire qu'à long terme, elles amélioreront la situation dans les établissements : de 1, 265 million de résidents en perte d'autonomie  en 2015, on passerait à 1,582 million en 2030 et 2,235 million en 2050 »…

Outre les besoins en effectifs qui sont sous-évalués, les questions concernant les qualifications et donc la formation et les rémunérations, autant pour les personnes qui travaillent à domicile que pour les personnes qui travaillent en établissement, sont passées sous silence. Or, ce sont là les points qui permettraient de rendre attractif un secteur qui peine à recruter.

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