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LOGEMENT

Manifestation contre une pénurie alarmante

26 mars 2015 | Mise à jour le 14 mars 2017
Par | Photo(s) : AFP / Michael Bunel
Manifestation contre une pénurie alarmante

Associations et organisations du mouvement social, dont la CGT, appellent à manifester le 28 mars en faveur du logement, juste avant la fin de la trêve hivernale. Et s'élèvent contre les appétits financiers que la pénurie de logements aiguise.

«Non aux expulsions! Baisse des loyers! 200 000 vrais logements sociaux par an !» C'est à ces mots d'ordre que les citoyens sont appelés à se rallier en participant à la manifestation organisée à Paris, samedi 28 mars, à trois jours de la fin de la trêve hivernale des expulsions locatives.

Quasi rituelle, cette manifestation – pour le droit au logement pour tous – rassemble aujourd'hui bien au-delà des seules associations de locataires ou du droit au logement comme la CNL (Confédération nationale du logement) ou le Dal (Droit au logement).

La crise est passée par là, faisant exploser la précarité, et des organisations syndicales (CGT, FSU, Syndicat de la magistrature…), des associations de solidarité ou politiques (AITEC, ATTAC, AC !, Fondation Copernic, MRAP…) ont rejoint depuis quelques années les militants du logement.

DU «MAL-LOGEMENT» À LA DIFFICULTÉ D'ACCÈS À L'EMPLOI

Certes, la situation du logement dans notre pays, n'est plus celle des années 1950 mais elle n'est pas digne de la France du XXIe siècle. Les chiffres publiés de rapport en rapport par la Fondation Abbé Pierre sont brutaux : 10 millions de personnes sont touchées de près ou de loin par la crise du logement.

Aux 3,5 millions de mal logés, c’est-à-dire sans toit ou qui vivent dans des conditions de logement difficiles (SDF, personnes dans des abris de fortune ou en résidences sociales) s'ajoutent plus de 5 millions de personnes fragilisées par leur logement. Elles sont propriétaires dans une copropriété en difficulté, locataires avec des impayés de loyers, vivent dans des logements surpeuplés…

Enfin, 1,3 million de personnes est en situation de précarité énergétique, en attente d'un logement social, occupe un logement sans droit…

Des chiffres qui sont à mettre en lien avec l'explosion de la précarité. «Avoir un emploi ne protège plus de la rue», alerte la CGT dans le communiqué de presse où elle appelle les salariés à participer à la manifestation du 28 mars, «la crise du logement s'approfondit et s'étend à des couches de la population jusque-là épargnées. (…) Les privés d'emplois, les salariés, les jeunes actifs et les retraités ne font pas l'exception au regard du poids du logement dans le budget des ménages, de la précarité qui se répand, de la montée du chômage et du montant des retraites qui vont se réduisant».

Autant d'évolutions qui ont des incidences sur les ressources des ménages et donc sur leur capacité à se loger correctement à un prix qui leur soit abordable. Effet cumulatif, les choix faits pour, quand même, y parvenir, peuvent constituer un obstacle supplémentaire à l'emploi : aller habiter de plus en plus loin des bassins d'emploi pour se loger à un coût supportable, s'installer dans des quartiers «difficiles» et être victime de discrimination territoriale à l'embauche ou, à l'inverse, refuser un emploi qui obligerait à déménager pour éviter un surcoût financier.

C'est ainsi que dans son rapport 2014, la Fondation Abbé Pierre met en évidence le fait qu'emploi et logement «paraissent emportés dans une spirale récessive qui conduit à l'aggravation de la situation des plus fragiles».

L'ÉCHEC DES POLITIQUES PUBLIQUES DU LOGEMENT AIGUISE LES APPÉTITS FINANCIERS

Le rapport 2015 de la Fondation Abbé Pierre, rendu public en février dernier, fait le constat accablant de 20 ans d'échec de la politique du logement.

Reconnaissant que ces dernières années des textes ont tenté d'améliorer la situation (loi DALO – Droit au logement opposable, loi SRU – Solidarité et renouvellement urbain) il déplore toutefois l'abandon, en 2014, d'éléments positifs de la loi Alur (encadrement des loyers, garantie universelle des loyers). Plus largement, le rapport dénonce les blocages à la politique sociale du logement : rigueur budgétaire, accompagnement du marché, politique territoriale défaillante, etc.

De fait, après l'annonce des 50 milliards à économiser sur les dépenses publiques, le budget de l'État consacré au financement du logement social diminue en 2015. De plus, avec le dispositif de défiscalisation Pinel, succédant au Scellier, l'État continue de confier aux ménages aisés l'investissement locatif, pour leur propre bénéfice et celui des promoteurs immobiliers. Il alimente ainsi la flambée des loyers sans répondre aux besoins en logements sociaux des plus modestes. En Île-de-France, accuse L'Union régionale CGT, à peine 30 000 logements on été construits en 2014 alors que l'objectif affiché par la région et la métropole Grand Paris était de 70 000 logements privés et sociaux et 500 000 dossiers de demandes de logement social restent en souffrance.

La CGT des services publics révèle, dans son communiqué d'appel à la manifestation, qu'un document de travail émanant de corps interministériels, remis à Sylvia Pinel (ministre du Logement), qualifie la politique du logement d'«à la fois extrêmement coûteuse pour les finances publiques et régulièrement dénoncée pour son manque d'efficacité et ses effets inflationnistes». Faut-il y voir un appel du pied pour sortir le logement social public de l'économie sociale ou du service public ? À la façon dont le Medef a franchi le pas le 9 mars 2015, avec son «Livre blanc pour le logement», il semblerait bien que oui. Sous titré, sans vergogne, «Une urgence républicaine au service de la croissance et de l'emploi», il fait des préconisations. Elles vont de l'allègement de la fiscalité sur les terrains constructibles, à l'instauration d'un moratoire d'au moins trois ans sur les textes régissant la construction, en passant par le rééquilibrage des rapports locatifs comme… abroger l'encadrement des loyers prévu à Paris dès ce printemps et faciliter l'expulsion des locataires défaillants.

Bref, le Medef s'engouffre dans la brèche laissée béante par le gouvernement en matière de politique du logement et tente de s'emparer d'un marché juteux. Son objectif, estime la CGT, est d'«opérer un transfert massif et tout azimut vers le capital financier». Le sort des 10 millions de personnes exclues du logement laisse l'organisation patronale de marbre. Parce qu'elle les juge «non rentables» ? Pour la CGT, une telle politique est inacceptable. Avec les associations et organisations qui manifesteront à Paris, le 28 mars, elle revendique, notamment, l'accès à un logement décent et le maintien dans les lieux sans discrimination; l'arrêt des expulsions qui sont une atteinte à la dignité humaine ; l'encadrement des loyers et l'application de la loi SRU dans chaque commune (25% de logements sociaux) ; la réquisition des logements et des bureaux vides ; un service public du logement.