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Syndicalisme international

Paris donne de la voix pour le Pérou

15 octobre 2023 | Mise à jour le 16 octobre 2023
Par | Photo(s) : AL Lemancel
Paris donne de la voix pour le Pérou

Le 12 octobre, au Trocadéro, des membres de la CGT, et de France Amérique Latine, manifestaient contre les dérives autoritaires du gouvernement péruvien, responsable de l'assassinat de 80 militants. Textes et photo Anne-Laure Lemancel.

 

« Perú, escucha, París está contigo ! » (« Pérou, écoute, Paris est avec toi ! ») ! Pour leur manifestation en échos à celle de Lima, en ce 12 octobre, jour-anniversaire de la découverte des Amériques, jour fatal pour les peuples indigènes et symbole du début des massacres des autochtones, de la colonisation et de l'esclavage, des militants CGT, de l'association France Amérique Latine (FAL) et du Collectif de Péruviens en France, avaient choisi un lieu fort : le parvis des Droits de l'Homme, devant la Tour Eiffel. Juste avant de se faire déloger pour « interdiction de manifester dans un lieu privé ». Quelques mètres plus loin, la troupe s'est donc installée devant le monument aux morts de Paul Landowski, avec pancartes, drapeaux péruvien et andin, pour déployer leur indignation et leurs slogans… Avec ce cri de ralliement : « El pueblo unido jamás será vencido ! » (« Le peuple uni ne sera jamais vaincu ! »)

Vague de colère

Pour rappel, le Pérou traverse une crise politique majeure, qui vire à la crise économique, sociale et culturelle… 7 décembre dernier : à la suite d'un auto-coup d'état manqué, le président de gauche Pedro Castillo, le premier d'origine indigène, instituteur et syndicaliste, est destitué et remplacé par sa vice-présidente, Dina Boluarte. De quoi provoquer, dans le pays, une vague de colère – manifestations, marches sur Lima, blocages de la part des communautés paysannes et andines (Aymaras, Quechuas…) Autant de mouvements réprimés dans le sang, par la nouvelle dirigeante et le congrès, massivement rejeté par la population, vérolé par les mafias (narcotrafic, biens immobiliers…) et proche de groupuscules fascistes : au total, environ 80 militants assassinés depuis le début de la crise, selon la CGT-Pérou. Le bureau des Droits de l'Homme de l'ONU se dit « très préoccupé par la montée de la violence au Pérou » et une enquête pour « génocide, homicide qualifié et blessures graves » a été ouverte, visant Dina Boluarte, par le parquet péruvien.

Le terreau des dictatures

Au départ, la présidente devait organiser des élections anticipées, réclamées par plus de 80% des Péruviens, avant de se rétracter, en juin. Prochaine échéance ? 2026. En attendant, la situation s'aggrave avec des attaques répétées contre le pouvoir judiciaire et des agressions de journalistes. « Le terreau des dictatures », lance une porte-parole du Collectif de Péruviens en France, lors de la manifestation parisienne. Un représentant de FAL évoque, lui, « un gouvernement autoritaire et d'extrême droite qui n'a plus rien de démocratique », 50 ans, rappelle-t-il, après les coups d'État au Chili et en Uruguay… Les pancartes et les paroles l'affirment : « dictadura, nunca más » (« dictature, jamais plus »), « la sangre derramada nunca será olvidada. » (« Le sang versé ne sera jamais oublié »), « Asamblea Constituyente ahora ! » (« Assemblée Constituante, maintenant ! »), avant l'émergence d'une chanson-phare du mouvement : « Esta democracia ya no es democracia. » (« Cette démocratie n'en est plus une. »). Mais la seule revendication absolue reste la démission de Dina Boluarte : « Dina, fuera ! » (« Dina, dehors ! »), « Dina, corrupta ! » (« Dina, corrompue ! »), « Dina asesina, el pueblo te repudia ! » (« Dina, assassine, le peuple te répudie ! ». La solution passera par l'unité et la solidarité internationale, tous ici l'affirment. Après deux heures, la manifestation se clôt sur ces mots : « Perú, te quiero, por eso te defiendo… Hasta la victoria ! » (« Pérou, je t'aime, c'est pour ça que je te défends… Jusqu'à la victoire ! »). Assurément, les camarades de Lima auront entendu les cris du cœur de leurs homologues parisiens.