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Besoin élémentaire

« Pipi payant, Wi-Fi gratuit » : pourquoi le combat pour des toilettes gratuites en gare de Rennes nous concerne tous

4 mai 2026 | Mise à jour le 4 mai 2026
Par | Photo(s) : Jean-Louis Zimmermann
« Pipi payant, Wi-Fi gratuit » : pourquoi le combat pour des toilettes gratuites en gare de Rennes nous concerne tous

Les militants de Indecosa CGT 35 se sont mobilisés, le 10 avril à la gare SNCF de Rennes, pour exiger l'accès gratuit aux toilettes.

L'association de consommateurs Indecosa CGT 35 s'est mobilisée en avril pour exiger la gratuité des toilettes de la gare SNCF de Rennes. Un combat qui se révèle beaucoup plus politique qu’il n’y paraît, notamment en ce qui concerne les droits des usagers les plus vulnérables, et convoque les notions de dignité humaine et de salubrité publique.

Le premier réflexe quand on parle de toilettes – des WC, du petit coin, du trône, entre autres noms – est souvent de rire, tant le sujet ramène à des obligations physiologiques jugées scabreuses. Mais il s’agit d’un besoin aussi universel qu’inévitable… sans pour autant être la priorité de toutes les organisations.  « Pipi payant, Wi-Fi gratuit », résume sans détour Loïc Alliaume, vice-président de Indecosa CGT 35, à propos de la dernière action que l’association de consommateurs a menée à la gare SNCF de Rennes. Les militants se sont mobilisés le 10 avril pour exiger l'accès gratuit à ce service essentiel – aujourd’hui facturé 1 € à l’usager – et ont lancé une pétition en ligne, qui a recueilli à ce jour plus de 800 signatures.

« Si vous voulez charger votre portable, c’est offert, mais les toilettes, on vous dit que c'est payant », déplore Loïc Alliaume. Depuis une vingtaine d'années, il se bat, aux côtés de Daniel Marin, président de Indecosa CGT 35, pour des toilettes publiques, gratuites et propres. « Ce sujet est vieux comme la Rome antique, rappelle-t-il. J'ai été élu dix-huit ans à Betton [une commune de l'agglomération rennaise], notamment à la propreté, c’est donc un sujet que je connais bien. » En janvier 2018, ils s’étaient déjà mobilisés pour la gratuité des cabinets du centre commercial Colombia, à Rennes… sans succès : il faut toujours compter 0,50 € pour s'y soulager et se laver les mains. Pas de quoi décourager l'association : « On ne lâche pas, ce n'est pas notre ADN. »

« Tout le monde est concerné »

C'est la société néerlandaise 2theloo qui assure actuellement la prestation à la gare SNCF rennaise. Le contrat d'exploitation expire cette année. « Mais on craint son renouvellement », confie Loïc Alliaume. D'où le rassemblement du 10 avril, la pétition et même une assignation en justice, pour se faire entendre par la SNCF. Le vice-président de Indecosa CGT 35 pointe notamment le fait que les enseignes de restauration au sein de la gare orientent leurs clients vers ces toilettes payantes, au lieu de proposer un service gratuit, comme le font les commerces à l'extérieur. « Un café est tenu d'avoir des toilettes à la disposition de sa clientèle. Vous prenez une boisson à 2,50 €, ça vous coûte 3,50 € au final. Avec des enfants, vous voyez bien ce que ça donne. »

De surcroît, si ce besoin impérieux concerne tout être, nous ne sommes pas tous égaux devant lui. « Tout le monde est concerné, et certains bien plus que d'autres », souligne le sociologue Julien Damon. Professeur à l’École nationale des ponts et chaussées, il est l'auteur de Toilettes publiques : essai sur les commodités urbaines (Presses de Sciences Po, 2023). Son intérêt pour le sujet lui vient du travail qu’il mène, depuis plus de trente ans, sur les personnes sans abri. Au quotidien, ces dernières dépendent entièrement des toilettes publiques. Mais d’autres populations sont également concernées : les femmes, surtout celles ayant leurs règles ou étant enceintes ; les hommes âgés, avec, par exemple, des problèmes de prostate ; les personnes porteuses d’un handicap ou souffrant de troubles urinaires et digestifs ; les travailleurs mobiles, comme les conducteurs de taxi ou les livreurs à domicile ; les touristes ; les jeunes qui n'ont pas forcément d'argent sur eux… En somme, un panel non négligeable de la société.

« Le vrai sujet, c'est la gestion des personnes qui en font un usage critiquable, pointe Julien Damon. Vous avez des usages qui ont toujours fait sourire ou frémir en France : de la consommation de drogue, de la prostitution ou d’autres activités sexuelles, sans oublier les personnes qui salissent tout. » Pour le sociologue, la logique de la tarification est claire : « Plus que financer le service, faire payer l'accès aux toilettes publiques est une stratégie pour éloigner les “indésirables”. Il faut mettre les moyens pour que ces toilettes soient des espaces où chacun peut se rendre de façon sécurisée. Il faut donc que ce soit nettoyé très régulièrement, même si ça a un coût. »

Besoin urgent d’un projet de loi

Une proposition de loi visant à reconnaître un droit à l'accès aux toilettes a été déposée au Sénat par Victorin Lurel (PS) et plusieurs de ses collègues, le 26 mars 2026. Une revendication déjà portée par le groupe La France insoumise le 15 novembre 2023. « Nous avons saisi les députés de nos circonscriptions en Ille-et-Vilaine ainsi que tous les parlementaires, déclare Loïc Alliaume. Cinq ou six parlementaires nous ont répondu et restent en contact avec nous. On souhaite que le projet de loi arrive rapidement. »

« J'ai trouvé trois lettres : GPS, pour gratuité, propreté, sécurité, glisse Julien Damon. Les trois mots-clés de la gestion publique des toilettes. » Pour le sociologue, la gratuité de ce service incombe aux collectivités locales : « Avant d'être la gare de la SNCF, c'est la gare de la ville. » La municipalité et la SNCF pourraient donc trouver un accord. Julien Damon propose aussi que les pouvoirs publics soutiennent financièrement les bars et restaurants afin qu'ils ouvrent gratuitement leurs toilettes à qui en demande l'accès : « Les réponses ne sont pas si compliquées ni si coûteuses. »