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ISRAËL

Quand l’échéance de la paix s’éloigne encore

20 mars 2015 | Mise à jour le 14 mars 2017
Par | Photo(s) : AFP / Hazem Bader
Quand l’échéance de la paix s’éloigne encore

Après les élections législatives du 17 mars, la perspective de deux États indépendants coexistant côte à côte, Israël et Palestine, s'éloigne un peu plus. À moins d'une intervention internationale. Analyse.

De nouveau, c'est la droite la plus extrême qui a remporté les élections législatives israéliennes anticipées, ce mardi 17 mars. Le premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou avait limogé en décembre sa ministre de la Justice, Tzipi Livni, et son ministre des Finances, Yaïr Lapid, et provoqué ces élections, alors que l'échéance était prévue en novembre 2017. Le taux de participation atteint 72,3%. Le Likoud de Benyamin Netanyahou arrive en tête avec 23,40% des voix et 30 sièges sur les 120 du Parlement, suivi de près par la somme des petites listes d'extrême droite ou de colons (colons parmi lesquels le premier ministre sortant est pourtant allé piocher des voix). La nouvelle coalition, baptisée «Union sioniste», qui rassemble les travaillistes et l'ancien «centre» (notamment ceux qui avaient mené l'offensive contre la population de Gaza à l'hiver 2008-2009) totalise pour sa part 18,67% des voix et remporte 24 sièges, tandis que le «centre droit» obtient 7,49% (10 sièges), le centre plus «modéré» 8,81% (11 sièges) et le Meretz (classé à gauche) 3,93% (5 sièges).

LA LISTE UNIFIÉE JUDÉO-ARABE EN TROISIÈME POSITION

Pour la première fois, les Palestiniens d'Israël (ceux qui ont réussi à échapper à l'expulsion entre 1947 et 1949 ainsi que leurs descendants, soit environ 20% de la population aujourd'hui) ont formé une liste commune avec des Israéliens juifs favorables à l'égalité des droits. En fait, la proportionnelle intégrale est en vigueur avec une restriction: obtenir 3,25% des voix pour entrer à la Knesset. Ce seuil était, jusqu'aux dernières élections, fixé à 2%, mais la coalition gouvernementale a pris l'initiative de le rehausser en mars 2014, essentiellement pour bloquer chacune des listes «arabes» «traditionnelles», tandis que s'orchestraient de virulentes campagnes de délégitimation à leur encontre. Les partis concernés ont réussi à s'entendre et à s'unir, rassemblant un large spectre allant des communistes aux tenants de l'islam politique. La liste unifiée a obtenu 10,54% des voix et 13 sièges, s'imposant comme la troisième force politique du pays et au Parlement. Elle prône essentiellement l'égalité des droits et la fin de l'occupation, avec la reconnaissance d'un État palestinien fondé sur le droit international et l'ensemble des droits nationaux du peuple palestinien.

REFUS DE L'ÉTAT PALESTINIEN

Si la campagne a été dominée par les problématiques sociales, les derniers jours se sont recentrés sur l'avenir des relations avec la Palestine. Cherchant notamment les votes des colons et de l'extrême droite, Benyamin Netanyahou a mené une campagne agressive: il s'est rendu dans les colonies dont il soutient l'expansion massive, a fait l'amalgame entre la résistance palestinienne du Hamas et les mouvements terroristes comme Daesh, et affirmé qu'il s'opposerait à l'établissement d'un État palestinien. «Tous ceux qui veulent la création d'un État palestinien et le retrait de territoires rendent ces territoires vulnérables à des attaques de l'islam extrémiste contre l'État d'Israël», a-t-il avancé cette fois comme nouvelle justification de l'occupation et de la colonisation de la Palestine. Et de déclarer de facto caduc son discours prononcé à l'université Bar-Ilan le 14 juin 2009 où, pour la première fois, il admettait l'idée d'un État palestinien coexistant avec Israël, bien qu'à ses conditions (avec l'annexion des «blocs» de colonies, sans partage de souveraineté à Jérusalem, sans retour aux frontières de 1967, sans aucun droit pour les réfugiés, et avec un micro-État palestinien par ailleurs démilitarisé…). «Ce discours a été prononcé avant la tempête arabe qu'on appelle le Printemps arabe et qui a balayé le Moyen-Orient, charriant l'islam radical», a-t-il dit, ajoutant: « Il est impossible d'appliquer le discours de Bar Ilan parce qu'en face de nous, nous avons des terroristes. Il n'y a pas de partenaire pour la paix.» Il est vrai que l'alliance «Union sioniste», emmenée par le travailliste Isaac Herzog, a certes assuré durant la campagne vouloir reprendre les négociations en s'appuyant sur la Ligue arabe, mais pour aboutir à «un État palestinien démilitarisé». L'Union sioniste prévoit elle aussi d'annexer à Israël les blocs de colonies de la Cisjordanie occupée, refuse de faire de Jérusalem-Est la capitale palestinienne et propose, au contraire, de garder toute la ville annexée, «capitale éternelle du peuple juif». Enfin, elle refuse tout droit aux réfugiés…

LE DROIT, GRAND ABSENT À PERPÉTUITÉ?

Benyamin Netanyahou est appelé à former un nouveau gouvernement. Un tel contexte confirme l'analyse de l'OLP et de l'Autorité nationale palestinienne: plus de vingt ans après les premiers accords d'Oslo, les dirigeants d'Israël ne respectent aucun engagement, utilisent un processus qui n'a de paix que le nom pour coloniser à outrance, multiplier unilatéralement les faits accomplis sur le terrain et rendre impossible l'établissement d'un État palestinien. Et une négociation dans un tête-à-tête aussi dissymétrique revient à soumettre l'application du droit international au bon vouloir de l'occupant lequel, précisément, n'en veut pas.

D'où le choix palestinien de la diplomatie internationale et des Nations unies pour faire reconnaître l'État de Palestine, faire appliquer le droit, fixer un calendrier de fin de l'occupation. D'où également son engagement à l'égard de la Cour pénale internationale pour mettre un terme à l'impunité.
Les États-Unis du président démocrate Obama – contrairement aux Républicains – s'agacent de l'arrogance du premier ministre israélien (lequel n'a pas hésité à s'inviter au Congrès pour plaider contre la politique étrangère de la Maison Blanche). L'Europe demande la reprise des négociations sans en préciser la méthode ni l'objectif. La «communauté internationale» avait sanctionné l'Autorité palestinienne après la victoire relative du Hamas aux législatives de 2006, arguant que le Hamas ne reconnaît pas officiellement l'État d'Israël. Que fera-t-elle, face à un gouvernement israélien qui non seulement ne reconnaît pas l'État de Palestine, mais en empêche l'avènement?

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Inégalités croissantes

Les questions économiques et sociales ont dominé la campagne. Le pays, grâce en particulier aux aides budgétaires et militaires extérieures, a réussi à développer une industrie de haute technologie prospère. Il espère aussi bénéficier des gisements de gaz naturel offshore sans tenir compte des droits palestiniens en la matière. Sa croissance s'est établie à 2,9% en 2014 (3,2% en 2013) et le chômage est estimé à 6% de la population active. Mais Israël est miné par les inégalités croissantes et la pauvreté de parts entières de la population (les Palestiniens en premier lieu et les juifs orthodoxes, surtout) a explosé. Selon le dernier rapport de Latet (ONG israélienne travaillant auprès des plus modestes), en tenant compte des dépenses essentielles comme la santé, l'éducation ou le logement, 29,8% des adultes israéliens vivent dans la pauvreté, tandis qu'«une poignée de happy few dans le high-tech ont confisqué la croissance à leur profit». C'est, on s'en souvient, ce qui avait motivé le grand mouvement social qui avait gagné tout le pays voici près de quatre ans.

Le logement constitue l'une des priorités de la population. Seuls 43 620 logements ont été mis en chantier en 2014, soit 8% de moins que l'année précédente. Dans le même temps, le nombre de logements dans les colonies, toutes illégales, ne cesse d'augmenter. Selon un rapport de l'organisation israélienne La paix maintenant, les mises en chantier de constructions dans les colonies israéliennes de Cisjordanie occupée ont augmenté de 40% en 2014, et les appels d'offres pour de nouveaux logements ont atteint leur niveau le plus élevé en dix ans.

En fait, la poursuite de l'occupation coûte cher à l'économie israélienne, comme celle du siège de la bande de Gaza d'autant plus insupportable après une énième offensive militaire dévastatrice cet été (outre plus de 2000 morts et des milliers de blessés, quelque 100 000 Palestiniens passent l'hiver dans des abris de fortune puisque aucun matériau n'est parvenu dans la minuscule enclave pour reconstruire les maisons détruites par les bombes).

L'occupation et la militarisation de la société se sont développées au profit de privatisation de secteurs entiers de l'économie et au détriment d'une grande part de la population. Laquelle, pourtant, continue de voir majoritairement dans l'extrême droite et le recours à la guerre une illusion de sécurité intérieure.

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