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Accidents du travail : sortir les victimes de l'invisibilité

8 octobre 2021 | Mise à jour le 11 octobre 2021
Par | Photo(s) : Stephan Agostini/AFP
Accidents du travail : sortir les victimes de l'invisibilité

Cela devrait être une question majeure. En France, chaque semaine, une quinzaine de personnes meurent, plus de 12 500 se blessent dans des accidents du travail. Une catastrophe sociale et financière que le livre de Véronique Daubas-Letourneux sort de l'ombre.

Suicide d'une salariée dans un magasin Lidl de Lamballe, dans les Côtes-d'Armor, chute mortelle d'une nacelle à 20 m de haut au Havre, en Seine-Maritime, ouvrier écrasé par des poutres métalliques sur un chantier à Pamiers, dans l'Ariège, peu de jours passent sans que la presse quotidienne régionale ne rapporte un « grave accident » survenu dans telle ou telle entreprise ici ou là. Accidents parfois mortels, mais le plus souvent renvoyés à la rubrique « Faits divers » et tout aussi vite oubliés.

Une invisibilité sur laquelle la sociologue Véronique Daubas-Letourneux, qui depuis maintenant plus de vingt ans scrute le phénomène, rencontre et enquête régulièrement sur ces accidents et les accidentés du travail, jette une lumière crue. Nécessaire. Car les chiffres sont là. Éloquents. En 2019, près de 900 000 accidents du travail, ou plutôt « dûs » au travail, comme le précise fort justement la chercheuse, ont été enregistrés. Dont 733 mortels ! Bref, aller travailler peut s'avérer très dangereux.

Indicateurs inquiétants

Sans grande surprise, si les ouvriers, qualifiés ou non, paient toujours le plus lourd tribut, dans les secteurs où les femmes sont majoritaires, comme le médicosocial par exemple, les indicateurs s'avèrent « inquiétants ». Tout comme le statut d'autoentrepreneur, et plus particulièrement celui des jeunes engagés, si l'on peut dire, dans l'économie dite « de plateforme », qualifié d'« impasse sociale ».

D'autant plus préoccupant donc que notre pays se classe au 26e rang sur 27 dans l'Union européenne en matière d'accidentalité au travail. Que ces accidents ne sont pas tous déclarés. Par pression patronale, plus soucieuse de la santé de l'entreprise que de celle des salariés, mais aussi par la peur de certains salariés eux-mêmes, notamment ceux en situation précaire pour qui s'arrêter, c'est perdre des ressources financières.

Difficile d'accepter la banalisation

Difficile néanmoins d'accepter la banalisation de ces « risques du métier » engendrés par le caractère répétitif de certaines tâches, le respect des cadences, des délais, des normes de production, le sous-effectif, l'urgence. Car les conséquences peuvent se prolonger bien au-delà de l'indemnisation ou du taux d'incapacité éventuel, pas toujours évidents à évaluer ni obtenir d'ailleurs. Les conditions du retour de l'accidenté dans son milieu professionnel sont également à prendre en compte. Il n'est pas en effet à exclure que cela se termine par une rupture, quitte pour le salarié à perdre sa qualification professionnelle. Et se lancer dans la recherche d'un emploi adapté…

Illustré d'exemples très concrets, de données officielles de la CNAM, laquelle s'occupe de ces dossiers, de l'Insee, d'études universitaires, ce livre apostrophe sèchement l'organisation du travail en France. Plaide pour une approche de santé publique des accidents du travail tourné vers la protection, la prévention et la préservation de la santé des travailleurs face au coût humain et social que représentent ces accidents du travail. À mettre entre les mains de tous ceux qui ont des responsabilités syndicales.

Accidents du travail, des morts et des blessés invisiblesVéronique Daubas-Letourneux. Éditions Bayard, 300 pages. 18,90 euros.
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