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RÉPRESSION SYNDICALE

RATP : 300 manifestants contre la criminalisation de l'action syndicale

6 mars 2020 | Mise à jour le 6 mars 2020
Par | Photo(s) : Bapoushoo
RATP : 300 manifestants contre la criminalisation de l'action syndicale

Rassemblement de soutien aux agents grévistes de la RATP. Paris, le 5 mars 2020

Quatre agents de la RATP menacés de révocation pour faits de grève étaient convoqués en conseil disciplinaire les 5 et 6 mars. Un rassemblement de soutien était organisé par un collectif de syndicats, d'étudiants, de lycéens et d'élus politiques pour s'opposer à la remise en cause du droit de grève.

«Ni humiliations, ni intimidations, ni répression, levée de toutes les sanctions!». C'est sur ces mots d'ordre que les manifestants ont donné le ton à leur rassemblement de soutien aux agents de la RATP menacés de révocation. Convoqués les 5 et 6 mars au siège du conseil de discipline de la RATP, les quatre agents ont été accueillis par près de 300 manifestants venus les soutenir.

La veille ils étaient convoqués au commissariat de police suite à dépôt de plainte par leur direction. Parmi les manifestants, de nombreux militants de la CGT, de Solidaires, du SAT (syndicat autonome de la RATP), de l'Énergie, de la SNCF, du syndicat du Livre parisien, des Transports… Mais aussi plusieurs figures politiques du PCF élus du Val-de-Marne, ainsi qu'un cortège très sonore de lycéens et d'étudiants de Nanterre.

La répression syndicale, symptôme d'un gouvernement aux abois

«Chaque fois qu'ils essaieront de remettre en cause l'action syndicale, nous répondrons “présents” comme c'est le cas d'une membre de la direction de la CGT qui travaille dans une crèche privée qui est menacée de licenciement pour avoir dénoncé les conditions de travail de ses collègues», a affirmé Philippe Martinez.

Pour le secrétaire général de la CGT, la multiplication de ces sanctions disciplinaires, aggravées d'une plainte au niveau pénal, sont à l'évidence une remise en cause du droit de grève. Elles sont aussi la preuve d'un État autoritaire, «Or, un État autoritaire n'est pas un État fort, c'est un État qui a peur, peur des mobilisations et peur de l'opinion publique qui majoritairement rejette sa réforme des retraites», a-t-il martelé.

Ce que la RATP reproche aux agents grévistes

Les faits reprochés à Alexandre, François, Yassine et Patrick (secrétaire du CSE de la RATP Bus) remontent au 10 décembre. Nous sommes en pleine grève contre la réforme des retraites et à Vitry-sur-Seine, où la CGT est ultramajoritaire, près de 90 % des agents sont en grève. Aux aurores, lors de la prise de service des machinistes non grévistes, survient une altercation déclenchée par un doigt d'honneur d'un chauffeur de bus adressé aux grévistes, qui provoque une riposte verbale à base de propos grivois.

Ce matin-là, les grévistes ont été rejoints par de nombreux soutiens de tous horizons, enseignants, agents territoriaux, cheminots de la SNCF, éboueurs et élus politiques du Val-de-Marne qui font masse devant les portes d'entrée du poste et ralentissent la sortie des bus, sans la bloquer.

Altercation sonore

De l'autre côté des portes, grisés par la présence de ces soutiens, les grévistes sont à la fête. Ils reprennent en chœur les chansons d'une playlist diffusée en boucle sur la sono du piquet. Au moment du passage du bus, ils scandaient les paroles du rappeur Vegedream, dont le texte est un réquisitoire contre les «suceurs de…»

Problème : cette séquence précise où l'on voit les grévistes dans le feu de l'altercation avec leur collègue sur fond sonore de Vegedream a été filmée et diffusée sur les réseaux sociaux.

Valérie Pécresse exige des sanctions exemplaires

Il n'en faudra pas davantage à la présidente d'Île-de-France Mobilité (ex-Stif), Valérie Pécresse, pour diffuser un communiqué dénonçant l'homophobie des grévistes CGT et exiger de la direction de la RATP qu'elle leur inflige des sanctions disciplinaires exemplaires.

La direction de la RATP de Vitry s'exécute et lance illico une enquête qui débouchera sur la convocation en conseil de discipline, les 5 et 6 mars, des quatre grévistes identifiés à partir de la vidéo. Avant même d'avoir eu connaissance de sa sanction, l'un d'eux, François, a tenté de mettre fin à ses jours, le 13 janvier, date de sa première convocation.

Quand ils reçoivent à leur tour leur convocation, les trois autres sont surpris : «Bizarrement, les motifs de sanction ne font plus mention de l'homophobie qui a justifié l'ouverture de la procédure disciplinaire», s'étonne Patrick. «On nous reproche en revanche d'avoir bloqué la sortie des bus et des barrages filtrants, mais c'est faux et quantité de témoignages l'attestent», assure Alexandre.

Il n'est donc plus question de propos homophobes puisque le chauffeur non gréviste n'a pas souhaité porter plainte. Et selon les témoins présents, l'altercation s'est d'ailleurs soldée par la paix, le machiniste ayant même admis avoir provoqué ses collègues. Autrement dit, et à ce stade de nos informations, la direction de la RATP n'a pas vraiment matière à sanctionner les quatre agents. D'autant qu'ils étaient en grève et que la mise en grève suspend le lien de subordination.

Discréditer l'action syndicale

Autre question, celle de l'ingérence du politique dans un conflit social, avec force pressions exercée sur la direction de la RATP par la présidente de région. À quelles fins? Les quatre agents avancent leur propre analyse : «Ils redoutent la montée en puissance d'une force d'opposition à la privatisation de la RATP Bus prévue en 2024».

Or, la CGT-RATP est aux avant-postes de la contestation de cette privatisation. «Quand y ajoute à cette bataille celle contre la réforme des retraites avec mise en grève massive des agents, voilà qu'on nous fabrique une faute professionnelle».

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