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TRANSPORTS

Respecter les engagements

31 juillet 2014 | Mise à jour le 25 avril 2017
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Respecter les engagements

Le 10 juillet dernier, une grève de deux semaines a pris fin à la SNCM. C'est un sursis : fin novembre, il faudra trouver des solutions pour l'avenir de la compagnie. Les salariés dénoncent la volonté de « démantèlement » qui anime ses actionnaires. Et entendent tout faire pour relancer le plan industriel de sauvetage sur lequel l'État s'était fermement engagé.

«Irresponsabilité » des salariés, « corporatisme » des syndicalistes, « prise en otages » des usagers, etc. La grève des salariés de la Société nationale maritime Corse Méditerranée (SNCM), qui s'est déroulée du 24 juin au 10 juillet, a ranimé le « bruit médiatique » autour de la compagnie. Et ce d'autant plus que la grève est survenue au début de la saison estivale où la SNCM, qui dessert la Corse et le ­Maghreb, est censée réaliser l'essentiel de son chiffre d'affaires.

Le secrétaire général du syndicat CGT des marins rappelle pourtant que le préavis, déposé un mois avant, aurait pu permettre d'éviter ce mouvement, déclenché pour demander à l'État et à Transdev, l'actionnaire principal, de respecter leurs engagements. « On a proposé des solutions : ils ne les ont pas saisies et, en plus, nous ont laissés douze jours sans réponse une fois que le conflit a commencé… », souligne Frédéric Alpozzo. Au final, un « moratoire » ouvrant une fenêtre de quatre mois pour trouver une solution pour l'avenir de cette compagnie qui emploie aujourd'hui entre 1 600 et 2 000 salariés selon les périodes de l'année et dispose d'une flotte de huit navires. « Si on refait l'histoire de la SNCM, il a toujours fallu avoir recours à la grève pour obtenir des avancées », résume Frédéric Alpozzo.

L'histoire, justement. Héritière d'un siècle et demi de transport maritime, la SNCM est née sous ce nom en 1976. Privatisée en 2006, elle est aujourd'hui détenue par l'opérateur de transport Transdev, actionnaire majoritaire (66 %), l'État (25 %) et ses salariés (9 %). Dirigé par Jean-Marc Janaillac, favorable à une ouverture à la concurrence tous azimuts du secteur des transports (1), Transdev appartient pour une moitié à Veolia Envi­ronnement et pour l'autre à la Caisse des dépôts et consignations, c'est-à-dire l'État. Qui, de fait, a donc la main sur 58 % de la SNCM.

Le 24 septembre dernier, la SNCM renouvelle la délégation de service public (DSP) « relative à l'exploitation du transport maritime de passagers et de marchandise au titre de la continuité territoriale entre les ports de Corse et le port de Marseille » qui la lie à la collectivité territoriale de Corse jusqu'en 2024. C'est là le cœur de mission et la raison d'être de la compagnie. « On a toujours voulu œuvrer à répondre à l'intérêt général dans le cadre de cette DSP », explique Dominique Launay, secrétaire de l'union interfédérale des transports (UIT) CGT. Mais la SNCM est à la peine : concurrence, flotte vieillissante, etc. Courant 2013, un projet industriel à long terme commence à être élaboré. Censé pérenniser la compagnie, il repose sur quatre volets essentiels : le renouvellement de la DSP (qui est donc acquis depuis septembre dernier), la modernisation de la flotte via l'acquisition de quatre nouveaux navires, des mesures sociales (non-remplacement de départs et non-renouvellement de CDD) visant à se délester de 500 emplois, et la quête d'un nouvel actionnaire solide.

Dynamique et nouvelles normes

Sous la pression des salariés et de leurs représentants syndicaux (la SNCM compte six organisations syndicales représentant 90 % des salariés, la CGT est majoritaire), le plan intègre deux autres données importantes : d'abord les nouveaux navires seront commandés aux chantiers de Saint-Nazaire afin de s'inscrire dans une dynamique de filière nationale ; et ils répondront aux nouvelles normes en fonctionnant au gaz naturel liquéfié, « ce qui assure un niveau de consommation, et donc de coût, bien moindre et permet d'acquérir du matériel moderne, aux normes, facile à revendre dans dix ans, un très bon investissement comme tous les acteurs du dossier l'ont reconnu », explique Frédéric Alpozzo. Ensuite, l'application du ­décret-loi rela­tif à l'État d'accueil est fortement poussée par la CGT. En ligne de mire, le principal concurrent de la SNCM, Corsica Ferries, qui emploie des travailleurs détachés, sous pavillon étranger. « On exige que les marins étrangers qui travaillent ici aient les mêmes droits que nous. Il faut imposer la norme et la règle à Corsica Ferries. Cette compagnie ne remplit aucun des critères du recours aux travailleurs détachés mais en plus, elle a été subventionnée par de l'argent public français pendant douze ans ! », fait valoir Frédéric Alpozzo.

À l'origine, le plan industriel de sauvegarde est soutenu par la direction, les actionnaires et les salariés. Mais, très rapidement, après le lancement du projet en janvier dernier, les masques tombent. « En mars, le PDG de Transdev s'est répandu dans les médias pour dire qu'il voulait mettre la SNCM au tribunal de commerce. Il s'appuie entre autres sur la condamnation européenne [voir ci-dessous] pour justifier cette perspective. Et du côté de l'État, le décret-loi sur l'État d'accueil n'a toujours pas été publié et la commande des navires toujours pas effectuée », constate Frédéric Alpozzo. Dans un courrier daté du 25 juin, le ministre des Transports, Frédéric Cuvillier, assurait pourtant les responsables syndicaux de sa volonté de « permettre à la SNCM sur la période à venir de mettre en œuvre son projet industriel et de pérenniser le service public maritime de continuité territoriale ». Du côté de la CGT, on ne croit plus guère à ces promesses. « On est clairement face à un désengagement de l'État du service public, ils sont prêts à faire entrer des opérateurs privés dans le jeu, qui veulent avant tout la rentabilité », déplore Dominique Launay, de l'UIT-CGT. Les quatre mois qui débutent seront cruciaux pour l'avenir de la compagnie.

(1) Lire l'entretien intitulé « On fera économiser de l'argent aux régions » qu'il a accordé au journal Le Bien public le 16 juin dernier.

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Deux questions à Lionel Penna, délégué syndical de l'Ugict-CGT à la SNCM

« Une trahison de l'État »

nvo - Le « moratoire » pour décider de l'avenir de la compagnie, qui s'ouvre de fait jusqu'en novembre, est-il une sortie de conflit satisfaisante ?

Lionel Penna :  Il faut rappeler que cette sortie s'est établie sur la proposition des organisations syndicales de se mettre au travail tout de suite pour lancer la restructuration nécessaire. Nous voulons absolument éviter la case tribunal de commerce car cela signifierait une perte de contrôle du processus de relance industrielle pour les organisations syndicales et très probablement la mort de la SNCM. Mais, clairement, c'est là que veulent nous mener l'État et les actionnaires ; on est sur une trahison de l'État avec lequel nous avions un pacte de responsabilité qui n'a pas été respecté.

 

Sur quoi allez-vous travailler durant les mois qui viennent ?

Quatre chantiers nous attendent : la restructuration de l'entreprise et, en l'occurrence, nous préconisons une adaptation fine qui éviterait au maximum de renoncer à des dessertes ; tout le volet, douloureux, sur les mesures sociales ; le travail à mener autour la condamnation européenne pour démontrer qu'il s'agit en réalité d'un outil mis en place pour mener la SNCM au tribunal de commerce (voir encadré ci-contre) ; et créer les conditions pour retrouver un repreneur adéquat. Le tout, bien entendu, avec la volonté permanente de protéger les salariés, de sauver un maximum d'emplois. Cela va être dur, mais on va tout mettre en œuvre pour sauvegarder la SNCM.