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TRANSPORTS

T11 Express : la locomotive du low cost

15 novembre 2016 | Mise à jour le 15 février 2017
Par | Photo(s) : Patrick Leveque/SIPA
T11 Express : la locomotive du low cost

Inauguré en septembre pour une mise en service en juillet 2017, le tram-train T11 Express sera exploité par une filiale privée de la SNCF. La CGT dénonce l'organisation d'un dumping social par la compagnie ferroviaire d'État.

La nouvelle ligne ferroviaire du tram-train T11 est très attendue des Franciliens. C'est en effet la première liaison de banlieue à banlieue qui va permettre de relier, à terme, les Yvelines (Sartrouville) et la Seine-Saint-Denis (Noisy-le-Sec) sans passer par Paris.

Mais si l'on peut se féliciter de l'imminente mise sur rails du T11 Express, il convient également de s'interroger sur les conditions de son exploitation. Car celle-ci a été confiée en toute discrétion à Transkeo. Cette nouvelle filiale de droit privé de la SNCF est une création ad hoc, en 2015, au sein de Keolis, le groupe de transports urbains également filiale de la SNCF.

Dumping social

Ainsi, l'exploitation du nouveau tram-train serait assurée par des salariés de droit privé et non par des cheminots à statut. Or cela ne va pas sans poser quelques problèmes… de qualité du service, de qualifications des salariés, de sécurité de circulation des trains et donc, des voyageurs.
De plus, cela revient à mettre en concurrence frontale deux catégories de salariés. « Transkeo a été créée en catimini dans le seul but de recruter des salariés sur des critères de moins-disant social et cela va se traduire par un abaissement des règles métier, par des rémunérations low cost, de la flexibilité et de la polyvalence entre tâches de conduite, de contrôle de la sécurité des usagers, de vente de billets », prévient Dominique Launay, secrétaire de l'union interfédérale des transports CGT.

« Un dumping social inacceptable », a ainsi dénoncé la CGT cheminots dans un courrier interpellant la présidente du STIF (syndicat des transports d'Île-de-France, NDLR), Valérie Pécresse, et le président de SNCF Mobilités, Guillaume Pepy. « En créant Transkeo pour lui sous-traiter l'exploitation du T11 Express, la SNCF organise sa propre concurrence, le dumping social qui va avec et la privatisation de cette desserte ferroviaire », constate la fédération des cheminots CGT qui exige l'abandon de ce projet et le respect de ses engagements par la SNCF.

Privatisation rampante

Ce nouveau tronçon ferroviaire relève pourtant bien du réseau ferré national, raison pour laquelle son exploitation n'est pas soumise à appel d'offres. C'est d'ailleurs à SNCF Mobilités (l'Épic de la SNCF) et non à Keolis-Transkeo que le STIF a attribué ce marché. En toute logique, il revient donc à SNCF Mobilités d'en assurer l'exploitation par ses propres moyens, et non à le sous-traiter à un acteur de droit privé à des fins de mise en concurrence des services et des salariés. Le contrat passé avec le Syndicat des transports francilien est sans ambiguïté sur ce point, qui engage SNCF Mobilités à lutter contre toute forme de dumping social dans le monde du transport, « car aucune forme de concurrence ne doit s'appuyer sur une régression du modèle social des salariés sous statut », précise le document.

Moins alarmé que la CGT, le STIF ne s'est pas encore ému de la supercherie Transkeo ; ni des « conséquences très lourdes », selon la CGT, de cette décision politique de la SNCF prise à l'insu des administrateurs du STIF de « devancer la libéralisation totale du rail ». Car faute d'abandon de ce projet, il y a fort à parier que le cas du T11 Express constituera un précédent. Et fort à craindre qu'il n'ouvre la voie à la remise en cause du service public dans tout le réseau francilien des trams-trains, alerte le communiqué de la CGT cheminots.

Déjà aux prises avec un autre scandaleux projet de transports – le CDG-Express (voir NVO de septembre 2016, pages Île-de-France), financé par l'argent public (2 milliards d'euros !) mais qui sera inaccessible aux usagers franciliens – la CGT entend bien dénoncer cette nouvelle atteinte au service public. Et obtenir le retrait total du projet Transkeo. Dans l'attente d'une intervention du STIF auprès de la SNCF, la CGT prépare la mobilisation des cheminots et des usagers de la ligne B exclus du futur CDG-Express.