
Rasés de près, mais toujours exposés : la colère des pompiers du Nord
Les sapeurs-pompiers du Nord sont désormais obligés de se raser chaque jour, Une mesure de sécurité contestée par la CGT et l’ensemble des syndicats. Lire la suite

Raffinerie Total de Gonfreville-l'Orcher en Normandie. 19 décembre 2018.
Le jeudi 19 février 2026, le tribunal judiciaire du Havre rendra son verdict sur la mise en examen du groupe TotalEnergies raffinage pour homicide involontaire par la violation manifestement délibérée d'une obligation de sécurité. Cette décision de justice succédera à l'accident du travail mortel de Cédric Marchand survenu le 15 février 2019 à la raffinerie de Gonfreville-l'Orcher (Seine-maritime). Ce salarié d'une entreprise sous-traitante, père de quatre enfants, a chuté de huit mètres lors d'une opération de déchargement, une rambarde amovible ayant cédé. Le 3 février dernier, jour de l'audience, la CGT, qui s'est constituée partie civile, appelait à un rassemblement pour « dire stop à l'impunité patronale ». « Une audience historique, tant il est rare de voir poursuivie une entreprise pour homicide involontaire en raison d'une violation délibérée d'une obligation légale », explique Gerald Le Corre, responsable des questions de santé au travail à la CGT Seine-Maritime.
Dans le détail, TotalEnergies est selon l'ordonnance de renvoi mis en examen pour mise à disposition pour des travaux en hauteur de plan de travail non conforme ; non-respect de l'obligation de coordination des mesures de prévention ; exécution de travaux sans inspection commune préalable et sans plan de prévention des risques préalables. Manquements malheureusement courants pour TotalEnergies, déjà condamné en mars 2023 par le tribunal du Havre pour défaut d'établissement d'un plan de prévention définissant les mesures de sécurité, en dépit de nombreuses mises en garde de la Carsat et de l'inspection du travail. Or, le site, qui peut transformer 12 millions de tonnes de pétrole brut et produit plus de 200 substances différentes (essence, gazole, kérosène…), est classé Seveso seuil haut, ce qui implique le respect de normes de sécurité renforcées. « Ce drame n'est ni un accident isolé, ni une fatalité. Il est la conséquence directe de manquements graves aux règles de sécurité, d'une politique de recours massif à la sous-traitance et d'une logique de rentabilité qui sacrifie la vie des travailleurs », dénonce la CGT dans un communiqué.
Sur le site de Gonfreville l'Orcher, considéré comme la plus grande raffinerie de France, se côtoient en effet 1580 salariés employés de Total et autant, voire plus, de salariés d'entreprises sous-traitantes. « La politique du groupe est de sous-traiter les activités qui ne relèvent pas de son cœur de métier, en mettant la pression sur ses prestataires. Avec en bout de chaîne, des salariés qui trinquent car ils doivent exécuter le même travail, en étant moins nombreux et moins formés », témoigne Alexis Antonioli, secrétaire général CGT chez TotalEnergies. Le militant, qui travaille à la raffinerie depuis 2007, constate : « la quasi-totalité de ces collègues travaillent tout le temps sur le site, certains ont plus d'ancienneté que moi ». C'était le cas de Cédric Marchand, employé de l'entreprise Bataille, et qui passait 80-90% de son temps sur le site. Dans son procès-verbal réalisé le 10 mars 2022, l'inspection du travail concluait que « l'accident était dû à un manque de préparation et un manque d'organisation, combinée à l'absence de visite sur place ». Relevant aussi que « le recours à des entreprises extérieures était une pratique quotidienne institutionnalisée », l'inspection du travail rappelait que « les missions d'organisation et de préparation étaient de la responsabilité de la société utilisatrice », à savoir Total.
Pourtant, TotalEnergies a tenté de se défausser sur les sous-traitants, voire sur la victime elle-même, invoquant une initiative personnelle du salarié soi-disant pressé d'aller déjeuner. « À en croire la direction, Cédric était là par hasard, il donnait un coup de main, personne ne lui avait demandé d'exécuter cette tâche », raconte Alexis Antonioli. « C'est précisément l'absence de dispositif de coordination des opérations entre l'entreprise utilisatrice et l'entreprise sous-traitante et donc l'absence d'analyse des risques qui est à l'origine de l'accident », selon les conclusions de l'avocate de la partie civile. Laquelle note « une récurrence des accidents du travail » sur le site de Gonfreville-l'Orcher : le 14 décembre 2019, un incendie ; en 2021, cinq feux en deux semaines ; en octobre 2021, la mort d'un salarié d'une entreprise extérieure (encore !) par arrêt cardiaque, ces accidents étant « liés à des facteurs organisationnels dans 90% des cas. Le recours à la sous-traitance est identifié comme une cause majeure d'accident, notamment en raison du manque d'homogénéité de la formation des salariés », écrit l'avocate. « Au quotidien, la réalité du travail, outre des accidents graves, voire mortels, ce sont des blessures fréquentes, une usure au travail, des maladies professionnelles dues à l'exposition à des produits toxiques, des sous- traitants qui tentent de dissimuler des accidents pour ne pas perdre leur marché », ajoute Alexis Antonioli. Pourtant, « Total refuse de se conformer aux obligations du décret de 1992 qui fixe les conditions de sécurité en cas de recours à des entreprises extérieures, prétendant que le respect de ces normes mettrait le site en péril », fustige Gerald Le Corre. Pour rappel, TotalEnergies a amassé 13,1 milliards de dollars en 2025 (11 milliards d'euros). La procureure a requis 150 000 euros d'amende.

Les sapeurs-pompiers du Nord sont désormais obligés de se raser chaque jour, Une mesure de sécurité contestée par la CGT et l’ensemble des syndicats. Lire la suite

L’endométriose affecte les femmes non seulement dans leur intimité, mais aussi dans leur quotidien professionnel. Le tabou qui entoure cette maladie invalidante et l’absence... Lire la suite