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SANS-PAPIERS

Victoire éclatante sur le chantier de l’avenue de Breteuil

10 novembre 2016 | Mise à jour le 30 novembre 2016
Par | Photo(s) : Pierrick Villette
Victoire éclatante sur le chantier de l’avenue de Breteuil

Victoire syndicale pour les 25 ouvriers sans-papiers du chantier du 46, avenue de Breteuil à Paris. Après deux mois de conflit, ils ont tous repris leur poste, lundi 7 novembre, enfin régularisés. Retour sur une lutte exemplaire.
« C'est un accord exemplaire », s'est félicitée Marilyne Poulain, de la CGT Paris, au terme de la dernière séance de médiation avec les sociétés Covéa et Capron. Engagés à la mi-octobre, ces pourparlers avec le maître d'ouvrage, Covéa, propriétaire de l'immeuble du 46, avenue de Breteuil et le donneur d'ordres, Capron Immobilier, ont abouti à un résultat jugé « très satisfaisant » par l'ensemble des parties. Une résolution de conflit positive donc – et ce n'est que justice – pour les 25 ouvriers maliens sans papiers, sans contrat de travail et sans fiche de paie du chantier de Breteuil.

À la demande de Covéa, la société Capron s'est engagée à les réembaucher sur le même chantier, dont les travaux étaient suspendus depuis le 6 septembre. Cerise sur le gâteau, les démarches en vue de leur régularisation administrative ont été activées dans la foulée par la CGT, en lien avec la Direccte d'Île-de-France (Direction du travail) et la préfecture, qui a donné son feu vert.

Une solution digne

Dans la déclaration commune de fin de médiation, Covéa a souligné la prise en considération de la dimension humaine de la situation de ces ouvriers : victimes de travail dissimulé et de conditions de travail exécrables, « afin de trouver une solution digne pour ces personnes », dixit le communiqué. De son côté, Capron a condamné « totalement et fermement » les agissements de la société MT-BAT Immeubles, son propre sous-traitant…

Pour rappel, c'est en effet MT-BAT qui avait embauché les 25 Maliens en situation irrégulière. N'ayant jamais été déclarés, ces ouvriers ne bénéficiaient d'aucune couverture sociale, raison pour laquelle le chef de chantier a refusé d'appeler les pompiers lorsque, le 6 septembre, un ouvrier tombé du haut d'un échafaudage mal sécurisé s'est grièvement blessé. « Il nous a dit que si nous appelions les secours, ce n'était pas la peine de remettre les pieds sur le chantier », témoigne Dipa. Outrés par l'attitude inhumaine de leur employeur, les ouvriers ont alors réagi solidairement, appelé les secours, se sont déclarés en grève avec occupation du site. Puis, direction la CGT.

Déni de responsabilité

S'il faut se réjouir du dénouement très positif et rapide de ce dossier, il ne faut pas pour autant négliger que cette victoire est le fruit d'une intense bataille syndicale. Un combat exemplaire, car rien de ce qui a été obtenu le 4 novembre du maître d'ouvrage et de son donneur d'ordre n'était acquis d'avance. Tant s'en faut puisque, souvenons-nous, c'est Covéa qui, dès la mise en grève des ouvriers et l'occupation du site, a saisi le juge des référés pour demander et obtenir, le 14 septembre, leur expulsion de la cour de l'immeuble. Même déni de responsabilité dans l'affaire du côté de Capron, qui, à l'instar de Covéa, est resté sourd aux demandes réitérées de la CGT d'ouverture d'un dialogue. L'expulsion des grévistes, le 30 septembre, a envenimé la situation. La mobilisation s'est poursuivie sous d'autres formes, loin du chantier de l'avenue de Breteuil, certes, mais au plus près de Covéa.

Les mardis de Covéa

Mardi 11 octobre, sous les fenêtres haussmanniennes de Covéa, siège du groupe mutualiste (MMA, MAAF, GMF) sis au 88, rue Saint-Lazare, les expulsés de Breteuil sont attroupés, armés de banderoles, mégaphones et drapeaux aux couleurs de la CGT. À l'appel de celle-ci, de nombreux soutiens ont fait le déplacement : les intérimaires sans papiers des Yvelines avec l'UD CGT du 78, les femmes de ménage de l'hôtellerie avec l'US CGT commerce parisien, les femmes de ménage en travail informel au domicile d'employeurs particuliers…

Sont également présents tous les responsables syndicaux des différentes structures CGT impliquées dans la résolution du conflit des exploités de l'avenue de Breteuil : la CGT Paris, les fédérations des banques et assurances, de la construction, des finances publiques, du collectif confédéral des sans-papiers. À tour de rôle, chacun prend la parole pour exprimer les revendications, témoigner, s'indigner, demander une rencontre, et même annoncer en chœur les suites à venir de la mobilisation : « Covéa, on ne lâchera pas, tous les mardis, on reviendra ! »

Savourer la victoire

Il aura suffi de deux séquences des « mardis de Covéa » pour débloquer la situation. Et pour convaincre le maître d'ouvrage d'accepter, dans son propre intérêt, le principe d'une médiation avec la CGT, le donneur d'ordres Capron et deux ouvriers, Dipa et Mahamadou, signataires de l'accord ; le tout, en lien constant avec les services de l'État (Direccte et préfecture de police).
Trois semaines plus loin, un accord est enfin trouvé, qui prévoit la réembauche de tous les ouvriers par Capron, en CDI pour les plus anciens, en CDD jusqu'à la fin du chantier pour les autres. Ces derniers seront ensuite aidés par une cellule de reclassement qui les accompagnera dans leur recherche d'un nouvel emploi ou d'une formation. Seul absent de ces discussions, MT BAT, que ni Covéa ni Capron n'ont voulu associer à la négociation.

S'agissant du passif de MT BAT – arriérés de salaire et de fiches de paie, versement des cotisations sociales, travail dissimulé, faute inexcusable de l'employeur suite à l'accident du travail, conditions de travail indignes avec mise en danger d'autrui, etc. –, la CGT va engager toutes les démarches nécessaires et saisir les instances judiciaires compétentes.
D'ici là, les ouvriers du 46 avenue de Breteuil, qui ont repris du service le 7 novembre, savourent déjà leur première éclatante victoire syndicale.