24 mars 2026 | Mise à jour le 24 mars 2026
Elle rêvait de jouer du violoncelle. Devenue violon solo à l'orchestre de l'Opéra de Nice, la musicienne de 34 ans milite au sein de la CGT pour l'amélioration des conditions de travail et la revalorisation de salaires parmi les plus faibles en France.
À l'âge où la plupart des gens passent le bac, Violaine Darmon avait achevé ses études supérieures. C'est en voyant à la télévision la violoncelliste Jacqueline Dupré dans le Concerto d'Elgar, qu'enfant elle a eu envie de faire de la musique. « Mes parents m'ont donc inscrite au conservatoire. Sauf qu'à la veille de commencer, j'ai changé d'avis. Je trouvais l'instrument trop gros, trop grave. » La fillette jette son dévolu sur le violon. Ses progrès rapides l'amènent à quitter Nancy pour intégrer, à 14 ans, le prestigieux CNSM de Paris, le Conservatoire national supérieur de musique et de danse. Elle en sort diplômée cinq ans plus tard, remporte plusieurs concours internationaux, se perfectionne auprès du violoniste ukrainien Pavel Vernikov.
Passionnée de théâtre et de littérature, elle publie à la même époque un roman qui sera primé. Son premier enfant à peine né, elle ne se voit pas courir le monde. « J'aspirais à une vie plus stable, et intégrer un orchestre offre cette possibilité. » Elle se présente au concours de recrutement de l'orchestre de l'Opéra de Nice.
« C'est énormément de travail, car il y a beaucoup de candidats pour un seul poste. »Le jour J, elle interprète un concerto de Paganini, virtuose en diable. « L'ayant joué peu de temps auparavant, je l'avais encore dans les doigts », explique Violaine. Son audition réussie, elle devient, un an plus tard – là encore après un concours –, violon solo. Son rôle : donner le la à l'orchestre ; traduire pour les premiers et seconds violons les instructions du chef ; définir les coups d'archet ; se coordonner avec les autres chefs de pupitre… Et aussi participer aux concours de recrutement, gérer les absences, les besoins au sein de l'effectif, parfois les conflits.« À la base, la musique est notre passion. Mais la réalité du métier est souvent éloignée de ce pour quoi on a été formé : trouver sa personnalité, travailler à une version unique de chaque œuvre. Au final, on exerce dans un cadre collectif où tout le monde doit jouer de la même façon, avec un chef dont on ne partage pas forcément la vision sur le plan esthétique et musical. Il faut parfois étouffer son propre ressenti, ça peut être frustrant. »
Muscles surentraînés
Rattachés à la fonction publique territoriale, les musiciens permanents de l'orchestre bénéficient d'une réduction du temps de travail annuel qui tient compte des heures effectuées en soirée et le week-end (1 200 heures au lieu de 1 607). Mais il y a toutes ces heures invisibles – car « bien évidemment, il ne s'agit pas de découvrir la partition au moment où l'on arrive au pupitre » –, ce travail au quotidien pour « ne pas perdre son niveau, sa musculature ».Souffrant d'une inflammation au coude, Violaine a subi, en fin d'année dernière, une opération du nerf ulnaire, qui innerve l'annulaire et le petit doigt. « Tous les musiciens souffrent d'une pathologie à un moment ou un autre de leur carrière. »
Toutefois, la préparation et l'entraînement physique restent un angle mort dans l'approche du métier. « La seule chose que l'on nous apprend durant la formation, c'est de se chauffer les doigts, notamment en faisant des gammes. Or, du fait de la position asymétrique dans la façon de tenir l'instrument, on surentraîne des muscles au détriment de certains autres. Un musicien est comme un sportif de haut niveau. Ce n'est pas un hasard si, au sortir du confinement, on parlait de réathlétisation. Les employeurs n'ont pas conscience de cet aspect des choses. »
Tensions avec la mairie
À Nice, comme ailleurs, la direction aimerait que les musiciens jouent davantage, malgré des saisons déjà bien remplies : opéras, ballets, comédies musicales, concerts symphoniques, musique de chambre, spectacles pour enfants… Les relations entre l'orchestre et la ville, gérée depuis 1958 par la droite (dont un transfuge du Front national), ont souvent été tendues.Tentative de fusion avec l'orchestre de Cannes, suppression des CDD… « On a connu, avec quelques années d'avance, les coupes dans le budget et les effectifs que subit le spectacle vivantaujourd'hui… Mais la menace est toujours présente », affirme Violaine.
Élue CGT, elle était de la délégation qui s'est présentée devant le public niçois à la première de Casse-Noisette de Tchaïkovski, à Noël, pour dénoncer les conditions de travail et la faiblesse des rémunérations dans les trois corps de ballet. « Un danseur touche 1 600 euros et un musicien 2 000 euros par mois. Avec un tel salaire, impossible de se logeret de vivre dans une ville comme Nice. »