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VIOLENCES SEXISTES

Un enjeu syndical

21 novembre 2017 | Mise à jour le 24 janvier 2018
Par | Photo(s) : Matthieu Spohn/Plainpicture
Un enjeu syndical

La déferlante de témoignages déclenchée par le scandale Weinstein aura jeté l'ampleur des violences sexistes et sexuelles à la face du monde. Des violences que la CGT combat depuis toujours, en particulier dans l'entreprise – et jusque dans son organisation. Une loi est dans les tuyaux mais elle ignore le monde du travail. C'est dire le défi pour les syndicats. 

Derrière les chiffres…Une femme meurt tous les deux jours et demi sous les coups de son conjoint ou de son ex-conjoint ; chaque jour, 227 viols ou tentatives de viol ont lieu, dont plus de 10 au travail (5 %) ; les violences faites aux femmes représentent 22 % des homicides en France.

– 5 % des viols et 25 % des agressions sexuelles se produisent sur les lieux de travail.
– Une femme sur cinq aurait été victime de harcèlement sexuel au cours de sa vie professionnelle.
– 70 % des victimes de harcèlement sexuel au travail n'en ont pas parlé à leur supérieur ou à leur employeur, 30 % n'en ont parlé à personne.
– Seules 5 % portent plainte. Lorsqu'elles en ont parlé à l'employeur, 40 % des victimes estiment que l'issue leur a été défavorable.
– 80 % des femmes salariées considèrent que dans le travail, les femmes sont régulièrement confrontées à des attitudes ou comportements sexistes.

À ces violences s'ajoutent : une différence globale de salaire entre les femmes et les hommes de 27 % qui englobe le plafond de verre, les écarts de rémunération récurrents, les emplois à temps partiel occupés à 80 % par des femmes, tout comme les emplois au Smic. Ce sont encore elles qui écopent de 60 % des emplois non qualifiés. A contrario, au quotidien, les femmes consacrent en moyenne quatre heures au travail domestique, les hommes presque deux fois moins.
Source : le guide Combattre les violences sexistes et sexuelles

D'abord l'effet d'une bombe à Hollywood, et puis une déferlante mondiale qui n'en finit pas. Depuis les révélations de l'affaire Harvey Weinstein, producteur, employeur, agresseur accusé de viol par plusieurs actrices en septembre dernier, en France aussi les langues se délient. Sur les réseaux sociaux bien sûr, mais aussi sur le 3919, numéro d'écoute national destiné aux femmes victimes de violences, débordé par l'afflux de témoignages de violences conjugales et sur le lieu de travail. Le nombre d'appels reçus par rapport à l'année précédente à la même date a triplé. L'ampleur du phénomène glace, d'autant plus qu'il est sous-estimé, en raison du silence de victimes qui craignent une double peine. Ses multiples formes déconcertent tant elles sont variables et omniprésentes, de la plus sanguinaire à la plus banale.

Les violences au travail

La tolérance sociale aux stéréotypes machistes, relayée – souvent même inconsciemment – par des hommes, mais aussi par des femmes, semble reculer. «C'est un contexte très intéressant pour les femmes», note Sophie Binet, pilote du collectif femmes-mixité CGT et membre de la direction confédérale. Elle souligne opportunément : «Les actrices mêlées à l'affaire Harvey Weinstein avaient un lien de subordination professionnel avec lui.» Avec plus de dix viols ou tentatives de viol chaque jour sur les lieux de travail, les violences sexistes et sexuelles s'imposent comme un enjeu syndical fort. La CGT a d'ailleurs toujours lié la bataille pour l'émancipation des femmes à celle de l'égalité dans sa propre organisation. Égalité et mixité y ont progressé grâce à l'adoption d'une approche transversale et au collectif femmes-mixité qui a créé plusieurs outils pour sensibiliser, informer et former les militantes et militants.

Le guide Réussir l'égalité femmes/hommes dans la CGT, qui sert de base aux journées d'études – comme celle du 22 novembre – a été distribué à 30 000 exemplaires. En lien avec l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, des sessions de formation sont proposées aux 67 référents « femmes-mixité » des unions départementales et unions locales ainsi qu'aux défenseurs syndicaux. La charte pour l'égalité entre les femmes et les hommes, adoptée en 2007, a été annexée aux statuts de la CGT depuis le 50e congrès et la direction confédérale est paritaire depuis 1999. Pour autant, les femmes ne représentent encore que 30 % en moyenne des dirigeants et 37 % des syndiqués. «La CGT n'est pas machiste mais il y a trop de machos à la CGT», résumait Philippe Martinez en septembre 2016, trois mois avant la création d'une cellule de veille contre les violences sexistes et sexuelles en interne.

«Nous ne sommes pas un tribunal, prévient Raphaëlle Manière, secrétaire générale de l'UD du Jura et pilote de la cellule de veille. Notre rôle est d'aider victimes et organisations à régler des cas de violences impliquant des militants de la CGT.» Exemple à l'UD de Paris : «Plusieurs phénomènes de violences sexistes et sexuelles nous ont malheureusement été signalés, confie Benoît Martin, secrétaire général de l'UD CGT de Paris. Avec le syndicat de la petite enfance de Paris, nous avons donc saisi la cellule de veille confédérale. Il n'y a pas de mur étanche entre le monde du travail et le monde syndical, mais nous devons être exemplaires… C'est compliqué car on constate qu'une certaine solidarité machiste résiste.» 

Des violences multiformes 

Les violences sexistes et sexuelles sont multiples, multiformes. Elles sont de nature diverse – psychologiques, physiques, verbales, économiques, sexuelles – et s'expriment dans différents espaces, publics ou privés. Elles prennent de nombreuses formes : représentations dégradantes de l'image des femmes, discriminations, humiliations, menaces, harcèlement de rue ou via Internet, gestes obscènes, attouchements, remarques sur le physique, injures, propos sexistes, pornographie, exhibition sexuelle, violences physiques, harcèlement sexuel, viol, mutilations génitales, mariages forcés, utilisation marchande du corps des femmes…

Il s'agit de repérer ces violences, de les nommer, de les dénoncer car elles sont constitutives d'infractions, de délits, voire de crimes. Surtout, elles alimentent un cercle vicieux : elles résultent des rapports de domination femmes/hommes qu'elles participent à entretenir en retour. «Elles sont au cœur des inégalités structurelles, issues des systèmes de dominations de sexe, mais aussi du système de domination de classe», ajoute Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT.

Les revendications de la CGT

Sous la pression de l'opinion publique, le président de la République a annoncé des mesures et une loi contre les violences sexistes et sexuelles dès 2018. Problème : pas de mesure contre les violences au travail ni de moyens budgétés. Pire, les ordonnances Macron suppriment les outils de prévention et d'alerte (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail et délégués du personnel) et fragilisent les protections contre le licenciement.

La CGT a interpellé le gouvernement et réclame : la mise en œuvre de sanctions pour les entreprises qui ne respectent pas leurs obligations de prévention et la création d'une obligation de négocier sur les violences sexistes et sexuelles ; le maintien des CHSCT et la création de référents violences indépendants de l'employeur, désignés par les instances représentatives du personnel, chargés d'accompagner les victimes, de diligenter des enquêtes ou des expertises et de suivre la mise en œuvre des mesures de prévention ; la mise en place d'une heure de sensibilisation obligatoire de tous les salariés, d'une formation de tous les manageurs, les responsables des ressources humaines et les professionnels en contact avec les victimes, le doublement des subventions aux associations et du nombre d'hébergements d'urgence ; la protection des victimes contre le licenciement et les sanctions, la prise en charge des frais de justice par l'employeur et la reconnaissance automatique de leur situation en accident du travail/maladie professionnelle, la création d'un statut de la victime dans les procédures disciplinaires ; l'extension des prérogatives et moyens des inspecteurs et des médecins du travail.

À l'échelon international, la CGT participe aux journées mondiales pour la défense des droits des femmes et contre les violences sexistes, comme celle du 25 novembre dernier. Parce que les situations de violences faites aux femmes sont une constante universelle, elle milite au sein de la Confédération syndicale internationale pour obtenir des mesures de protection des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles. La bataille se concentre actuellement en faveur d'une convention internationale normative contre celles-ci. La France sera-t-elle au rendez-vous ?