14 500 euros par jour, dimanches compris

Selon le document de référence du groupe automobile publié mardi 29 mars, le président du directoire de PSA a reçu un salaire de 5,24 millions d'euros en 2015 contre 2,75 millions d'euros en 2014. C'est à l'accroissement de la « part variable » du salaire basée sur l'évolution des résultats que Carlos Tavares doit cette délirante progression dont l'annonce a une nouvelle fois déclenché une polémique sur les salaires des dirigeants. Le ministre des Finances Michel Sapin l'a qualifié de « dommageable ».
« Si nous étions dans une entreprise où l'État a 30 %, ou 40 %, ou 50 % » de participation, « ça aurait bloqué ». Une manière de masquer l'inaction permanente de l'État vis-à-vis de cette prédation financière exercée sur le fruit du travail. Côté patronal, on n'en est plus aux appels à la morale et à l'éthique auxquels Laurence Parisot se livrait à chaque nouveau scandale. Son successeur assume : « quand il y a réussite, ça ne me choque pas qu'on récompense la réussite » s'est réjoui Pierre Gattaz qui ne voit donc rien à redire au doublement du salaire du patron de PSA Carlos Tavares.
UN NOUVEL ACCORD DE COMPÉTITIVITÉ EN VUE
De quelle réussite parle donc le patron des patrons ? « Ce sont les salariés qui ont payé le redressement des comptes de PSA », s'est insurgé Jean-Pierre Mercier, délégué central CGT de PSA sur le plateau de BFM. « Nos salaires ont été bloqués depuis mars 2012. Des primes ont été supprimées, diminuées. 17 000 emplois ont été supprimés sur l'ensemble du groupe. Quand on voit que monsieur Tavares s'est mis 14 500 euros par jour, dimanches compris, dans la poche, imaginez ce que la famille Peugeot a perçu. »
Et c'est dans ce contexte que le patron du groupe vient d'annoncer aux syndicats la négociation fin avril d'un nouvel accord de compétitivité. Évidemment, en jeu un nouveau coup de rabot sur le temps de travail, les primes, les congés. « La politique que mène PSA dans les usines contre les salariés est un crime pour lequel le PDG s'est grassement rétribué », dénonce le syndicat CGT de l'Usine de Valenciennes qui sur son site internet prévient que « ces crimes seront généralisés avec la loi Travail que le gouvernement tente d'imposer au forceps, donnant au patronat une arme de destruction massive contre les salariés, les jeunes et l'ensemble de la société. »
Évidemment, pour payer le doublement du salaire du patron et les dividendes des actionnaires du groupe, il faut une politique salariale drastique que la CGT PSA résume sur son site : « les profits ont trois ans d'avance et nos salaires trois ans de retard ! », c'est ainsi que pour 2 016, les augmentations annoncées se montent pour les ouvriers à 0,6 % avec un talon de 8 € net, tandis que les techniciens feront ceinture avec 0 % d'augmentation générale. Ils devront espérer désormais grappiller des augmentations au mérite et renoncer aux augmentations générales.
CE QU'EN DISENT LES ÉDITORIALISTES
Dans la presse, le jackpot de Carlos Tavares a fait couler de l'encre. Si l'éditorialiste de La Croix n'est pas opposé à récompenser les mérites patronaux « la hausse de rémunération des hauts dirigeants de l'entreprise crée forcément un contraste cruel avec l'austérité salariale mise en œuvre depuis plusieurs années pour la très grande majorité des employés. »
L'éditorialiste de Nouvelle République du Centre Ouest affirme aussi que le salaire de Tavares « n'est pas exagéré assurent les experts. Il demeure très inférieur, par exemple, à celui des footballeurs que certains de ses détracteurs applaudissaient sans doute hier soir. Qui a le plus mouillé le maillot ? »
« Pendant que 1 % de la population empile les dividendes, l'humanité se partage les restes », déplore Jean-Louis Hervois dans La Charente libre qui a trempé sa plume dans le même encrier que L'Alsace Raymond Couraud dans l'Alsace : « L'énormité du salaire de M. Tavares est quasiment inconcevable, avec ses 14 000 euros par jour. Après ça, allez expliquer aux Français qu'il leur faut se serrer un peu plus la ceinture pour permettre aux patrons de relancer la mécanique économique. Il n'y a pas pire message, même si beaucoup de chefs d'entreprise sont très loin du mirobolant patron de PSA. » Sans grande surprise le Figaro sous la plume de Bertille Bayart précise que « l'inflation de la rémunération de Carlos Tavares correspond à des performances impressionnantes chez PSA, dont le plan de redressement a été réalisé bien plus vite qu'attendu, en deux ans seulement ».
Le salaire du patron français est en outre « deux fois moins que celui de Mercedes ou de Fiat, et trois inférieur à ceux de Ford ou de l'autre Carlos de Renault-Nissan », rappelle Alain Dusart dans L'Est républicain. Une manière comme une autre de nous nous dire que tout cela n'est que tempête dans un verre d'eau…
COMME DES LIONS… LE FILM
Si Carlos Tavares se taille la part du lion, il en est d'autres, en l'occurrence, les anciens salariés de l'usine PSA d'Aulnay-sous-Bois qui se sont battus Comme des Lions durant deux années contre la fermeture du site qui employait plus de 3 000 personnes, dont près de 400 intérimaires.
Un film, sorti au niveau national le 23 mars, rend hommage à ce combat en le rendant visible. Comme des Lions est visible en salles et fait l'objet de projections souvent suivies de débats avec la réalisatrice Françoise Davisse. Les dates de ces projections sont à consulter sur leur site.