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Critique

« 2+2=5 », de Raoul Peck : avec Orwell, comprendre le chaos du monde

24 février 2026 | Mise à jour le 20 février 2026
Par | Photo(s) : NEON
« 2+2=5 », de Raoul Peck : avec Orwell, comprendre le chaos du monde

Plan de "2+2=5", de Raoul Peck.

Une documentaire ? Un essai filmé ? Une dystopie d’autant plus cruelle qu’elle dit notre présent ? 2+2=5 de Raoul Peek est tout ça à la fois. Pour disséquer notre monde et les événements qui l’agitent, le cinéaste haïtien s’appuie sur un scalpel des plus acérés : l’écrivain britannique George Orwell, et son fameux roman 1984.

Quel regard Raoul Peck, cinéaste haïtien et citoyen engagé, pouvait-il porter sur un monde saturé de mensonges, fracturé par les extrêmes droites et ravagé par des conflits sans fin ? Après avoir ressuscité la figure d'Ernest Cole, photographe, et figure de lutte contre l'apartheid, il s'attaque à un autre éclaireur : George Orwell. Et le résultat n'a rien de rassurant.

Avec 2 + 2 = 5, le réalisateur de Je ne suis pas votre nègre revient en terrain miné. Peck ne se contente pas de convoquer Orwell : il l'utilise comme scalpel pour disséquer notre présent. Double langage institutionnalisé, mensonge érigé en méthode de gouvernement, novlangue omniprésente, surveillance numérique tentaculaire, guerre permanente comme moteur du capitalisme : tout y passe, sans anesthésie. Les euphémismes managériaux — ces « plans de sauvegarde de l'emploi » qui détruisent des vies — et les récits guerriers réécrits en « lutte contre le nazisme » ne sont que les symptômes d'un système qui s'auto-justifie en boucle.

Refuser le désespoir

Les États-Unis occupent le centre du tableau, mais Peck n'a pas besoin d'insister : les dérives autoritaires débordent partout. Ukraine, Gaza, Birmanie… les images s'enchaînent, non comme un catalogue de catastrophes, mais comme les pièces d'un même puzzle. Peck ne filme pas le chaos : il en expose la logique, les rouages. Plutôt que d'empiler les preuves, il remonte à la source : la vie d'Orwell, ses combats, la gestation et l'écriture de 1984. Le film devient alors une mise en perspective implacable, nourrie par une lecture de classe assumée. Et pourtant, malgré la noirceur du constat, il refuse le désespoir. La voix du comédien et metteur en scène Éric Ruf, grave et intemporelle, guide le spectateur à travers ce labyrinthe idéologique, lui laissant juste assez d'air pour comprendre — et ne plus pouvoir dire qu'il ne savait pas. On aura été prévenus. Cette fois, personne ne pourra prétendre tomber des nues.

2+2=5, documentaire de Raoul Peck, 1h59, sortie en salles le 25 février.