
58 lits de moins en 6 ans : à Laval, la psychiatrie publique en (grand) danger
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Patient sous dialyse (Photo d'illustration).
Gouvernance opaque, gestion financière instable, investissements immobiliers douteux, management erratique, dialogue social déloyal, gestion chaotique… Rien ne va plus dans la gouvernance de l'Aura. Cette association de loi 1901 est pourtant un acteur majeur de la dialyse de tous niveaux. Avec ses 13 établissements en région parisienne, ces quelques 900 salariés (dont 450 équivalents temps plein et autant de vacataires), l'Aura assure le suivi et les soins vitaux d'un tiers des 9 000 malades du rein recensés en Île-de-France (pour 57 000 en France). L'enjeu de sa pérennité est donc primordial pour les 1200 patients qui nécessitent d'un suivi médical constant et de qualité.
Rassemblée devant le siège d'Ivry-sur-Seine lundi 16 février, une centaine de salariés, qui s’étaient mis en grève à l'appel de la CGT, ont dénoncé haut et fort les défaillances de gestion et de gouvernance qui ont abouti, en décembre, à la cessation de paiement puis, en janvier, au placement en redressement judiciaire de l'Aura. Devant la mobilisation, la directrice générale a annoncé son départ, tout comme le président du conseil d’administration.
Déterminés à faire toute la lumière sur les gabegies de gestion qui ont conduit à une telle situation délétère, les grévistes ont décliné leurs exigences : la mise en place d'une gouvernance saine et compétente ; la démission du conseil d'administration actuel (une requête au moins en partie satisfaite donc) ; sa substitution par des administrateurs judiciaires compétents pendant la période d'observation de six mois avant l'éventuelle liquidation ; l'accompagnement du CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle) afin de redresser la situation et d'assurer la pérennité de l'Aura.
Ils demandent encore qu’une transparence totale soit faite sur la situation financière et les projets en cours, l'arrêt immédiat des décisions unilatérales, la co-nomination avec les administrateurs judiciaires d'un directeur général de transition, le gel de toute réorganisation et de tout projet de plan social, la protection effective de la santé des salariés.
« Nous n'avons plus aucune confiance dans notre conseil d'administration, ni dans la nouvelle direction générale en poste depuis quelques semaines à la suite du départ de la précédente, à peine un mois après son arrivée », affirme Frédéric Brizé, délégué syndical CGT et secrétaire du CSE.
Il faut dire que les failles et errances de gestion sont si graves en soi et si lourdes de conséquences – pour les patients et les salariés – que la revendication portée par le syndicat n'en apparaît que plus légitime. Exemples en vrac : la cessation de paiement de décembre résulterait, notamment, de placements immobiliers pour le moins hasardeux et très mal contrôlés réalisés pendant la crise sanitaire Covid, en toute opacité vis-à-vis du CSE. À l'arrivée, deux bâtiments d'une valeur estimée à 3 millions d'euros au moment de leur acquisition n'en vaudraient plus que 500 000 chacun aujourd'hui, et pour cause : « Ils sont devenus inexploitables faute d'avoir réalisé les travaux nécessaires », indique Frédéric Brizé.
Autres signes de mauvais augure : une crise sanitaire, éclate en 2024 dans le cadre de travaux de réorganisation de locaux. Des travaux si mal maîtrisés qu'ils ont provoqué une aspergillose (une infection dont les symptômes peuvent évoquer l’asthme, une pneumonie, une sinusite ou évoluer rapidement en maladie systémique). « À la suite de l'alerte lancée par le médecin hygiéniste, les travaux ont dû être suspendus jusqu'à fin 2024 », précise Frédéric Brizé. « On sentait bien qu'il y avait des problèmes, alors en juin 2025, on déclenche une expertise sur l'exercice 2024. Problème : la restitution ne nous est rendue qu'en novembre et c'est là qu'on découvre que les cotisations Urssaf ne sont plus versées depuis le mois d'août ».
Pour ne rien arranger à ce chaos, la direction refuse systématiquement de répondre aux questions posées par les élus du CSE et leurs représentants, dans les instances, au sujet des investissements immobilier, ou encore sur la valse des licenciements et des recrutements au sein de l'équipe de direction qui se succèdent à fréquence vertigineuse depuis 2024. Ou encore, sur la perte significative de personnels à l'issue de la crise Covid et du fameux « Quoi qu'il en coûte ». Il risque d'en coûter très cher aux salariés qui craignent de payer le prix de cette gouvernance défaillante et du fardeau de ces errances.
Il risque d'en coûter cher également aux patients de l'Aura qui, en cas de liquidation de l'association, n'auront d'autre choix que de s'en remettre au secteur lucratif pour assurer leurs soins vitaux. « Nous redoutons cette perspective de basculement de l'associatif non-lucratif dans le privé lucratif. Nous espérons que des repreneurs se manifestent », ajoute Frédéric Brizé. Soutenu dans sa démarche par les salariés, y compris par le corps médical, la CGT Aura n'exclut pas de nouvelles séquences de mobilisation dans les semaines et mois à venir.

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