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IMMIGRATION

Nouvelles restrictions à la solidarité à Calais

2 octobre 2020 | Mise à jour le 2 octobre 2020
Par | Photo(s) : Fiora Garenzi / AFP
Nouvelles restrictions à la solidarité à Calais

Entre aout et octobre 2020 (et très certainement les mois qui suivront), de nombreux camps de réfugiés ont été évacués et détruits dans le nord de la France notamment à Calais et Dunkerque. À la même période, le gouvernement français a interdit aux organisations non gouvernementales de distribuer de la nourriture aux réfugiés. Le harcèlement par les forces de l’ordre ne cesse d’augmenter avec le Brexit arrivant en décembre.

Le préfet du Pas-de-Calais a interdit « toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires » qui serait effectuée par une association non mandatée par l'État dans le centre-ville de Calais, en dépit de besoins vitaux. Alors que la Défenseure des droits, Claire Hédon, dénonce les « conditions de vie dégradantes et inhumaines » des exilés, la solidarité se poursuit.

« Avec cette nouvelle atteinte aux droits des exilés de Calais, l'État entend sanctionner la solidarité envers celles et ceux qui fuient la guerre, les persécutions et la misère économique alors qu'aucune réponse pérenne d'accueil et d'accompagnement n'est offerte. » Dans un communiqué, la Ligue des droits de l'Homme (LDH) a ainsi réagi à la décision prise le 10 septembre dernier par le Préfet du Pas-de-Calais d'interdire jusqu'à la fin du mois « toute distribution gratuite de boissons et denrées alimentaires » qui serait effectuée par une association non mandatée par l'État dans le centre de Calais, en dépit de besoins vitaux.

Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à l'issue d'une rencontre à Calais avec la maire, Nathalie Bouchart (LR), en avait fait la demande au préfet.

Le 30 septembre, la préfecture du Pas-de-Calais a prolongé et étendu cette interdiction. Le nouvel arrêté préfectoral s'étend jusqu'au lundi 19 octobre et englobe de nouvelles zones.

Acharnement contre les exilés

Une telle volonté de la mairie de Calais, soutenue par le ministre, n'est pas nouvelle. On se souvient qu'en 2017, déjà, elle avait pris des décisions en ce sens, annulées en 2019 par le tribunal administratif de Lille.

En mars 2017, le juge des référés avait estimé que « la maire de Calais avait porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir, à la liberté de réunion et, en faisant obstacle à la satisfaction par les migrants de besoins élémentaires vitaux, au droit à ne pas subir des traitements inhumains et dégradants consacré par l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales », rappelle la LDH.

« Conditions de vie dégradantes et inhumaines »

Alors que Calais reste un point de passage pour les exilés (principalement Afghans, Érythréens, Irakiens, Iraniens et Soudanais) cherchant à se rendre au Royaume-Uni, après avoir dû fuir la guerre, les désastres écologiques ou la misère imposée, la Défenseure des droits, Claire Hédon, s'est rendue sur place les 22 et 23 septembre et a rencontré, notamment, associations et autorités.

Le 24, elle a dénoncé les conditions de vie « dégradantes et inhumaines » des migrants à Calais.

Pour la Défenseure des droits, « la volonté d'invisibiliser les exilés à Calais conduit à ce que plus aucun abri ne soit toléré : les personnes — entre 1200 à 1500, selon plusieurs informations croisées — dont des femmes avec des enfants en bas âge, parfois des nourrissons, et des mineurs non accompagnés, dorment à même le sol, cachés sous des buissons, quelles que soient les conditions climatiques, parfois avec une couverture donnée par les associations ».

Elle dénonce aussi le fait que « les exilés sont chassés de leurs lieux de campement tous les deux jours par les forces de l'ordre. » et décrit « un état d'épuisement physique et mental », alors que « ces méthodes intimidantes complexifient encore leur prise en charge par les associations».

Selon le communiqué, « l'accès à la nourriture, à l'eau et à l'hygiène est difficile et complexe. Les installations sanitaires réparties dans différents lieux, loin des zones de vie, sont très insuffisantes, avec un seul point d'eau (deux robinets) ouvert 24 h/24. (…) Certains exilés n'arrivent pas à manger tous les jours ».

La Défenseure des droits est particulièrement préoccupée par « la situation des femmes et des enfants » : « Le manque de structures spécifiques pour les femmes les rend particulièrement vulnérables face à l'exploitation sexuelle et aux violences. Les mineurs non accompagnés, dont certains n'ont que douze ou quatorze ans, sont également en danger et la proie de réseaux. »

Et d'insister : « Au moment même où la Commission européenne propose d'abolir le règlement de Dublin, la Défenseure des droits souhaite que les discussions s'ouvrent enfin sur les voies légales de l'immigration et exhorte les pouvoirs publics à ne pas s'obstiner dans ce qui s'apparente à un déni d'existence des exilés qui, présents sur notre territoire, doivent être traités dignement, conformément au droit et aux engagements internationaux qui lient la France ».

Solidarité

La solidarité se poursuit cependant. La LDH et 12 autres organisations ont saisi en urgence le tribunal administratif de Lille, le mercredi 16 septembre, pour demander la suspension immédiate de cet arrêté préfectoral. Mais le tribunal administratif de Lille et le Conseil d'État ont refusé respectivement le 22 et le 25 septembre de suspendre cette décision.

Les associations de solidarité organisaient, samedi 26 septembre,  une manifestation dans la ville pour dénoncer les conditions de vie des exilés et l'interdiction de leur distribuer des repas dans le centre-ville.

Le 29, les forces de l'ordre démantelaient de nouveau un campement, où vivaient environ 800 migrants, la plus importante opération de ce type depuis l'évacuation de la « Jungle » en 2016.

Quant au nouveau maire (LR) de Briançon, commune proche de la frontière franco-italienne, il a exigé la fermeture d'un centre d'hébergement d'urgence.

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